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Regards croisés sur l’art : de l’imaginaire himalayen d’Abigail Rai à la renaissance d’un chef-d’œuvre de Renoir

L’univers visuel d’Abigail Rai, illustratrice et dessinatrice de bande dessinée installée au Royaume-Uni, ne ressemble à aucun autre. Il est le fruit direct d’une enfance itinérante, marquée par des paysages changeants s’étendant du Népal aux sommets de l’Himalaya. C’est dans ce terreau fertile qu’elle puise une inspiration inépuisable, mêlant la bande dessinée comme outil narratif à une esthétique singulière où se côtoient sérénité et scènes macabres. Ses œuvres, qui incluent aussi bien des planches de BD que des cartes de tarot, sont profondément redevables aux environnements ruraux, à la vie sauvage, ainsi qu’aux philosophies bouddhiste et hindouiste.

Dans ses illustrations fantastiques, le spectateur traverse des paysages apaisants et des moments de contemplation, pour soudainement se heurter à une imagerie horrifique évoquant la mort et le sang. Parfois, l’ambiance bascule vers l’humour, jouant habilement avec la riche mythologie des lieux qu’Abigail a habités. Ses projets sont intrinsèquement liés : son jeu de 30 cartes de tarot, accompagné du guide The Wandering World, emprunte directement ses thèmes et symboles à sa bande dessinée en cours, The Devourer.

L’artiste revendique une double filiation. D’un côté, elle s’inspire de pionniers ayant repoussé les limites de la narration en bande dessinée, tels que George Herriman, Milt Gross ou Machiko Hasegawa. De l’autre, elle rend hommage à l’art populaire, cherchant à émuler l’ingéniosité et les contraintes techniques de l’art traditionnel indien et tibétain, riches en récits picturaux. « Je suis principalement attirée par l’artisanat traditionnel et les activités réalisées à la main avec des matériaux naturels », confie Abigail. Une philosophie qui l’oriente naturellement vers des projets mettant au centre la nature, la communauté et une consommation éthique.

L’art du collage et de la couleur

Techniquement, Abigail Rai procède par assemblage. Elle dessine et peint chaque élément séparément avant de les réunir via un collage numérique. Cette méthode s’accompagne d’une palette de couleurs volontairement limitée, particulièrement adaptée à l’écran et à la risographie. Ses choix chromatiques tendent vers la simplicité des grands espaces : le vert vaste des champs, le bleu profond du ciel ou le blanc titanesque des montagnes, autant de choix qui dirigent le regard vers des personnages fascinants.

L’ancrage personnel est omniprésent. « L’un de mes personnages dans The Devourer est inspiré du mythique Yéti ainsi que de mon chien d’enfance, nommé Yeti, que ma mère avait trouvé errant dans les montagnes », raconte l’illustratrice. Son œuvre n’hésite pas à faire des clins d’œil à la pop culture occidentale, évoquant par exemple le lapin tueur des Monty Python à travers un petit chien attaquant des soldats romains. C’est ainsi qu’elle fusionne mythes existants et interprétations intimes pour forger sa propre mythologie.

Sauvegarder l’héritage impressionniste à la Fondation Barnes

Tandis que certains artistes construisent de nouveaux mondes, d’autres s’attellent à préserver la lumière des maîtres du passé. À Philadelphie, la Fondation Barnes vient de réaccrocher l’un de ses trésors après une absence remarquée. La Famille Henriot, une huile sur toile de Pierre-Auguste Renoir achevée vers 1875, a regagné les cimaises, plus éclatante que jamais.

L’œuvre avait été retirée de la vue du public l’année dernière pour subir une réhabilitation indispensable. Ce tableau impressionniste met en scène trois personnages et deux chiens à poils longs se prélassant dans une forêt. La composition est dominée par une jeune femme en robe blanche fixant le spectateur, Henriette Henriot, l’un des modèles favoris de Renoir, tandis qu’à sa droite, un homme semble la dessiner. Il s’agit d’Edmond Renoir, le frère du peintre.

Cette toile fait partie des 181 peintures de Renoir accumulées par Albert C. Barnes au cours de sa vie, faisant de sa fondation le détenteur de la plus grande collection d’œuvres de l’artiste au monde. Acquise auprès du marchand d’art Étienne Bignou en 1935 pour la somme de 50 000 dollars – ce qui équivaudrait aujourd’hui à environ 1,17 million de dollars –, l’œuvre trône habituellement au-dessus d’une porte dans la salle principale du musée.

Une restauration technique minutieuse

Selon les informations rapportées par WHYY, La Famille Henriot était depuis longtemps dans le viseur des restaurateurs. En février 2025, l’équipe a enfin transféré le tableau vers le laboratoire de conservation. Le diagnostic était clair : une couche ancienne de vernis résineux avait altéré les couleurs au fil du temps. Ce voile oxydé avait transformé les nuances bleues et grises d’origine en teintes jaunâtres et verdâtres, trahissant la vision initiale du peintre.

Plus inquiétant encore, l’analyse microscopique a révélé que la peinture commençait à se séparer de la toile et de la couche de base, un processus de détérioration connu sous le nom de « micro-écaillage ». L’intervention des experts a permis de stabiliser l’œuvre et de lui rendre sa chromie originelle, offrant aux visiteurs une redécouverte totale de cette scène pastorale.