Les toilettes sèches ou comment faire ses besoins en mode bio!

Par Malika Mojahid

Faire ses besoins sans utiliser l’eau : C’est l’objectif des toilettes sèches qui représentent véritablement une révolution douce dans la valorisation des déchets humains pour en faire une précieuse source de fertilisants.

Si environ 20% de l’eau potable d’un foyer est utilisée pour charrier urines et matières fécales, très vite mélangées aux eaux domestiques et de ruissellement, ces toilettes ont la particularité de ne pas utiliser l’eau, contribuant ainsi à la préservation des ressources hydriques, de plus en plus rares, et à leur utilisation rationnelle.

Mais comment elles fonctionnent ? Il s’agit de latrines totalement étanches et isolées du milieu extérieur. Chaque toilette comporte deux cuvettes séparatrices d’urines et des fèces et chaque cuvette contient deux trous, l’un pour l’urine et l’autre pour les selles, explique à la MAP Mohamed Yacoubi Khebiza, président de l’association marocaine de biotechnologie microbienne et de protection des ressources naturelles (Microbiona), qui a installé en 2013 des toilettes sèches pour la première fois au Maroc dans la province d’Errachidia.

« Les déchets liquides et solides sont donc séparés. Les déchets solides tombent dans un local aéré et présentant un accès à l’extérieur qui sert pour récupérer le fumier, tandis que les urines sont stockées dans des réservoirs branchés aux toilettes », précise M. Khebiza.

Concernant les deux trous réservés aux selles, on ne peut en utiliser qu’un seul à la fois, pendant que les déchets se trouvant au fond de l’autre sont en train de sécher, note M.Khebiza, qui est également professeur à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech.

Ainsi, après usage, au lieu de tirer une chasse d’eau, il faut simplement verser de la terre dans l’ouverture, pour qu’ils sèchent plus rapidement », a expliqué le professeur.

Une fois que les déchets solides sont secs, au bout d’un mois environ, on récupère le fumier qui est directement utilisé comme fertilisant naturel, relève-t-il.

Quant aux déchets liquides, ils passent par une phase de décantation, qui permet de séparer les impuretés de l’urine. Seul le surnageant est utilisé, il est injecté dans le système d’irrigation des jardins, qui fonctionne au goutte-à-goutte.

Mais… est-ce que ces toilettes ne sentent pas mauvais ? « Non, il n’y a aucun problème d’odeur, ni de contamination fécale des sols agricoles et des cultures par la suite, contrairement à ce qu’on pourrait penser », rassure M. Khebiza.

Les toilettes sèches permettent la préservation des ressources en eau et des sols, en limitant les rejets polluants dans le milieu récepteur et en assurant l’assainissement du milieu et l’amélioration de la qualité de vie et des conditions sanitaires, à travers l’éradication ou la diminution des maladies transmissibles par l’eau.

Dans les égouts, les eaux usées sont contaminées par les germes et bactéries fécales et deviennent des pollutions, dont les stations d’épuration tentent de détruire sans parvenir à tout éliminer.

Ainsi, les toilettes sèches contribuent à la conservation des écosystèmes naturels ainsi que leur biodiversité aquatique et à la valorisation des déchets d’origine humaine en agriculture selon une démarche agroécologique.

Cependant, le bon fonctionnement de ces toilettes peut être bloqué soit par le manque de suivi et d’entretien des latrines ou encore par une mauvaise utilisation, et surtout la « contamination des déchets » solides par l’urine ou encore par l’eau de lavage, fait remarquer M. Khebiza.

Selon l’acteur associatif, l’installation de ces toilettes, qui peut se passer en ville qu’en campagne, à l’extérieur qu’à l’intérieur des habitations, répond soit à des motivations écologiques en relation avec le développement durable ou encore constitue une alternative face à l’absence des latrines et de tout système d’assainissement et de traitement des eaux usées dans les zones rurales.

Il existe différents types et modèles de toilettes sèches en fonction du contexte socio-économique (coût, niveau d’entretien, zones urbaines, zones rurales, espaces disponible, …), précise M. Khebiza.

Cependant, cet objectif de généralisation des toilettes sèches au Maroc ne serait atteint que si les autorités s’intéressent à l’approche et l’incluent dans les programmes nationaux et locaux de gestion de l’environnement et de l’assainissement, estime le professeur chercheur.

Les actions pilotes entreprises dans les oasis du Maroc devraient servir d’exemple pour mieux convaincre de la faisabilité de l’approche, indique M. Khebiza soulignant qu’une meilleure connaissance et une intégration du projet dans les programmes nationaux reste indispensable.

En effet, les toilettes sèches peuvent constituer une solution à la problématique du manque des toilettes publiques et une alternative pour les marocains qui se rabattent sur les toilettes des cafés ou font leurs besoins dans la rue.

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