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Le silence coupable d’Alger

Rédigé le 04/12/2018
Wissam El Bouzdaini

Nasser Bourita et Abdelkader Messahel. Des démarches pour établir le contact avec l’Algérie.

MAIN TENDUE DE RABAT

Depuis le 6 novembre, l’Algérie garde le silence pour ne pas avoir à répondre à la demande marocaine d’un mécanisme de dialogue et de concertation conjoint pour mettre fin au conflit du Sahara marocain.

C’est le moins que l’on puisse dire: l’Algérie est au pied du mur. Depuis le discours de la Marche verte du 6 novembre 2018, où le roi Mohammed VI lui avait fait sa proposition d’un mécanisme de dialogue et de concertation conjoint pour régler les différents différends bilatéraux dont celui autour Sahara marocain, la voisine de l’Est est pressée de toute part par la communauté internationale.

Celle-ci la pousse instamment à accepter cette proposition, en ce qu’elle permettrait de mettre fin à un état de fait qui mine la construction du Maghreb depuis 43 ans. Car tout le monde sait aujourd’hui qu’il n’a jamais été question, tout au long de ces années, que du Maroc et de l’Algérie, bien que cette dernière nie sa responsabilité dans la genèse et le développement du conflit. Pendant plusieurs jours après le discours royal, les dirigeants algériens ont gardé le silence, pour seulement fustiger dans les médias une «offre douteuse dans sa forme et suspecte de par son contenu» et «un non-événement qui ne mérite pas de réponse formelle» -propos tenus par une source autorisée dans un article publié le 10 novembre par le journal électronique Tout sur l’Algérie et qui n’ont jamais été démentis, ce qui les rend vraisemblables.

Mais il était clair qu’ils voulaient simplement noyer le poisson car ils sont bien conscients qu’en acceptant la proposition du Maroc et de son Roi, ils allaient de fait reconnaitre la véritable nature du conflit autour du Sahara marocain. La parade qu’ils ont trouvée? Convoquer un sommet des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et, ainsi, ne pas avoir à traiter seul à seul avec le Royaume.

Noyer le poisson

L’Algérie a à ce titre saisi, le 22 novembre 2018, le secrétaire général de ladite organisation, en l’occurrence Taïeb Baccouche. Une initiative à laquelle, en soi, le Maroc n’est pas contre, mais qui, aux yeux du Royaume, n’apporte pas de réponse à la proposition marocaine. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, n’a d’ailleurs pas manqué de le faire savoir à l’ambassadeur d’Algérie à Rabat, qu’il a reçu en audience au siège de son département lundi 26 novembre 2018. Selon le communiqué publié dans la foulée par le cabinet du chef de la diplomatie, l’état de léthargie dans lequel se trouve l’UMA est essentiellement dû à la nature d’après lui «anormale» des relations entre le Maroc et l’Algérie, lesquelles ne peuvent par conséquent être traitées que dans le cadre d’un dialogue bilatéral, «direct et sans intermédiaires ».

«Le Maroc n’a pas d’objection de principe quant à la tenue d’une réunion du conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UMA. Le Royaume a, d’ailleurs, réagi de manière constructive à la proposition formulée par la Tunisie pour tenir une retraite des cinq ministres maghrébins des Affaires étrangères. Néanmoins, le Maroc ne peut que douter que cette 35ème réunion ministérielle puisse parvenir à des résultats tangibles, différents des 34 précédentes, en l’absence d’une bonne préparation et d’un dialogue direct responsable entre deux États membres de l’UMA,» a-t-il indiqué.

Le ministère des Affaires étrangères a également révélé l’existence de plusieurs démarches pour établir le contact avec l’Algérie à niveau ministériel, qui finalement auront été vaines. Tout porte à croire qu’il ne faudra donc pas compter sur Alger pour débloquer la situation. Un état de fait loin d’être idéal alors que la capitale algérienne doit justement s’assoir à table avec le Maroc, les 5 et 6 décembre 2018 dans la ville de Genève, en Suisse, pour une conférence pour le règlement du conflit du Sahara marocain.

Des démarches vaines

Le Conseil de sécurité, qui avait prorogé de six mois le 31 octobre 2018 le mandat de la mission de paix des Nations unies dans les provinces sahariennes (MINURSO), semble décidé à en finir avec la situation sur le terrain, qui maintient un statu quo invivable pour tous. Il devrait logiquement faire pression sur l’Algérie pour qu’elle cesse son jeu de dupes et participe à régler le problème du Sahara marocain au même niveau qu’elle a contribué à le créer et à l’alimenter. La résolution par laquelle il a acté le prolongement de la MINURSO fait d’ailleurs mention de cette dernière comme partie prenante au même titre que le Maroc et le mouvement séparatiste du Front Polisario, ce qui est une première en plus de quatre décennies.

La fin de l’hypocrisie

Contrairement à son prédécesseur, Christopher Ross, proche de l’Algérie depuis son passage en tant qu’ambassadeur dans le pays à la fin des années 1980 et auquel le Royaume avait d’ailleurs retiré sa confiance en avril 2012, l’actuel envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU au Sahara marocain, Horst Köhler, semble pour l’instant plutôt neutre malgré quelques maladresses diplomatiques dans les premiers mois de sa nomination, et il avait avoué mieux comprendre les choses suite à la tournée qu’il avait effectuée au Maghreb fin juin-début juillet 2018.

Difficile de miser sur une fin proche du conflit tant les espoirs ont été déçus, mais cette fois il est permis au moins de croire en la fin de l’hypocrisie et que tout le monde reconnaisse enfin la vraie nature du conflit saharien, qui a moins trait à une guerre de libération qu’aux visées hégémoniques d’un pays, en l’occurrence l’Algérie…









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