Le renseignement américain voit un risque de conflits accru

Washington – Le risque de conflits internes et externes va croître au cours des cinq prochaines années, à des niveaux jamais vus depuis la Guerre froide, en raison du ralentissement de la croissance mondiale, de la disparition progressive de l’ordre en vigueur depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la montée en puissance des nationalismes alimentée par l’anti-mondialisation, estime l’US National Intelligence Council dans un rapport publié lundi.

« Ces tendances vont converger à un rythme sans précédent en rendant plus difficile la gouvernance et la coopération et en modifiant la nature du pouvoir – en altérant fondamentalement le paysage mondial », peut-on lire dans ce document intitulé « Global Trends: Paradox of Progress ».

L’US National Intelligence Council (NIC, Conseil national du renseignement) regroupe des experts du renseignement américain et supervise l’élaboration des National Intelligence Estimates, des documents qui synthétisent le travail des 17 agences américaines de renseignement.

Le rapport publié lundi est le sixième volet d’une série d’études quadriennales du NIC. Ses conclusions énumèrent les facteurs susceptibles de dessiner un « avenir proche sombre et difficile », parmi lesquels figurent l’agressivité accrue de la Russie et de la Chine, les conflits régionaux, le terrorisme, la hausse des inégalités de revenus et le changement climatique.

Global Trends évite délibérément d’analyser les choix de politique américaine mais ce dernier rapport en date, publié moins de deux semaines avant l’investiture de Donald Trump, souligne les difficultés que le prochain président américain devra surmonter s’il veut tenir ses promesses d’améliorer les relations avec la Russie, de rétablir une relation économique équitable avec la Chine, de rapatrier des emplois aux Etats-Unis et de mettre fin au terrorisme. UN MONDE DE SPHÈRES D’INFLUENCE

Le NIC estime que la menace du terrorisme va augmenter au cours des prochaines décennies car de petits groupes ou des individus exploiteront « de nouvelles idées, de nouvelles technologies et de nouvelles relations ».

Un « Occident replié sur lui-même » et l’affaiblissement des droits de l’homme et des mécanismes de prévention des conflits encourageront la Chine et la Russie à contester l’influence américaine, ajoute l’étude.

Ces défis « n’atteindront pas le stade de la guerre ouverte mais porteront de grands risques d’erreurs de jugement », peut-on lire dans le document. « L’excès de confiance dans le fait que la force matérielle peut gérer l’escalade augmentera les risques de conflits entre Etats, à des niveaux jamais vus depuis la Guerre froide », juge le NIC.

Ces différences de valeurs et d’intérêts entre Etats et la quête de domination régionale favoriseront « un monde de sphères d’influence ».

Concernant la mondialisation et les progrès technologiques, le renseignement américain constate qu’ils ont permis d' »enrichir les plus riches » et de sortir des milliards d’humains de la pauvreté, mais aussi qu’ils ont « sacrifié » les classes moyennes occidentales et déclenché des réactions violentes contre la mondialisation.

Ces tendances ont encore été confortées par le plus large exode de migrants et de réfugiés en sept décennies, qui alimente des pulsions « nationalistes et anti-élites ».

« Le ralentissement de la croissance et les ruptures induites par la technologie sur les marchés du travail menaceront la baisse de la pauvreté et provoqueront des tensions intérieures dans certains pays lors des années à venir, alimentant ce même nationalisme qui contribue aux tensions interétatiques. »

Ces tendances seront encore accentuées par le contraste entre la réduction de la population active dans les pays riches et l’expansion de cette même population dans les pays pauvres, en particulier en Afrique et en Asie du Sud.

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