Piratage électoral : les services américains publieront un rapport la semaine prochaine

Auditionnés par le Sénat, le directeur du renseignement américain et le directeur de la NSA n’ont livré que peu d’informations nouvelles.

Le directeur du renseignement américain James Clapper s’est dit « encore plus convaincu » aujourd’hui de l’implication totale du gouvernement russe dans les piratages qui ont visé, pendant la campagne électorale américaine, le Parti démocrate. Le 7 octobre, un document signé par le Federal Bureau of Investigation (FBI), la Central Intelligence Agency (CIA) et la National Security Agency (NSA) affirmait déjà avec « un grand degré de certitude » que la Russie a commandité et exécuté ces piratages, se fondant notamment sur des rapports d’analyses effectués par des entreprises privées.

M. Clapper, qui était auditionné jeudi 5 janvier par une commission sénatoriale, en compagnie de l’amiral Michael Rogers, directeur de la NSA, n’a donné aucune explication sur les raisons qui le poussent aujourd’hui à « réaffirmer avec encore plus de force » le rôle joué par la Russie. Mais il a dit que de nouveaux éléments ont été découverts par les services de renseignement, et qu’ils seraient rendus publics la semaine prochaine.

« Aucune manière d’estimer l’impact »

Interrogés sur l’impact de ces piratages, les deux hauts responsables du renseignement ont dit qu’il était impossible de savoir si, ni à quel point, la publication des courriels du directeur de campagne de Hillary Clinton et du Comité national démocrate, qui organisait les primaires du parti, a influé sur l’élection présidentielle.

« [Les pirates] n’ont pas modifié le décompte des votes. Nous n’avons aucune manière d’estimer l’impact qu’ils ont pu avoir sur les choix que les électeurs ont faits », a expliqué M. Clapper, qui s’est refusé à dire s’il considérait qu’un piratage visant à changer le résultat des élections peut être considéré comme un acte de guerre.

Le directeur du renseignement et le directeur de la NSA ont également évoqué une action d’ampleur concertée de la part de la Russie, qui ne se limite pas aux piratages mais qui comprend aussi « des opérations de propagande et de désinformation plus classiques » ; ils ont cité nommément le réseau Russia Today.

Réponse aux critiques de Donald Trump

Le président des Etats-Unis élu Donald Trump a réaffirmé le 4 janvier que la Russie n’est pas à l’origine de ces piratages, s’appuyant notamment sur les déclarations de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, qui affirme n’a pas avoir reçu les documents que le site a publiés de la part de la Russie – sans en apporter la preuve.

Le 4 janvier, M. Trump s’en est directement pris aux services de renseignement de son pays, faisant mine, sur Twitter, de s’étonner du report d’une réunion d’information à laquelle il devait assister sur les piratages – qu’il dit être de « prétendus piratages russes » – et se moquant des services de renseignement – intelligence, en anglais, signifie aussi bien « intelligence » que « renseignement ».

Invité à réagir à ces critiques à peine voilées, alors que M. Trump a dit à plusieurs reprises qu’il souhaite réformer totalement l’organisation des services de renseignement, M. Clapper s’est borné à dire qu’il est « important [pour la sécurité des Etats-Unis] que le grand public ait confiance dans ses services de renseignement ». Le directeur du renseignement a même pris les devants en faisant, personnellement, amende honorable.

« Nous sommes humains, nous commettons des erreurs »

Confronté à une question sur la différence entre les rapports des services de renseignement sur les piratages et le rapport qui affirmait en 2002 que l’Irak possédait des armes de destruction massives, M. Clapper s’est brièvement départi de sa réserve habituelle.

« Mes empreintes digitales étaient sur ce document il y a treize ans, j’avais participé à sa rédaction. Depuis, nous avons changé beaucoup de choses dans nos manières de faire. Quoi que vous pensiez de la communauté du renseignement, nous sommes une communauté qui apprend de ses erreurs. Nous sommes humains, nous commettons des erreurs, et il y en aura d’autres. Mais entre ce qui s’est passé en 2002 et ce qui se passe aujourd’hui, dans notre manière de fonctionner, c’est le jour et la nuit. »

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