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Légalisation du cannabis en 2018, les yeux du monde rivés sur le Canada

Rédigé le 18/12/2018
MAP - Khadija BENHADDOUCH


Ottawa - Le 17 octobre 2018, les yeux du monde étaient rivés sur le Canada, devenu ce jour-là le deuxième pays du monde après l'Uruguay (2013) et le premier Etat du G7 à légaliser la production, la distribution et la consommation du cannabis à des fins récréatives.

C'était une journée historique pour bien de monde: les consommateurs qui ont passé la nuit à guetter l’ouverture des boutiques pour être parmi les premiers clients du cannabis légal, les autorités et la police qui se sont mobilisés "pour que tout se passe dans de bonnes conditions", les journalistes canadiens et étrangers qui se sont déplacés sur différents points de vente en quête de témoignages et d’informations pour immortaliser cette nouvelle page de l’histoire du pays.

Applaudie par certains et décriée par d'autres, la décision du gouvernement fédéral de légaliser le cannabis avec l’objectif avoué de faire disparaître le marché noir n’a laissé personne indifférent, même à l’étranger.

En effet, le Mexique a assuré que la légalisation du cannabis, comme vient de le faire le Canada, est "une option très intéressante" pour mettre un terme à la violence que provoque le trafic de cette drogue douce dans le pays.

La Russie, pour sa part, a dénoncé cette initiative, qu’elle a qualifié d’"inacceptable, hypocrite" et contraire aux lois internationales et qui "provoquera certainement une hausse considérable de son trafic vers d’autres États".

"Nous sommes convaincus que cet acte législatif va à l’encontre de la juridiction internationale en matière de contrôle des stupéfiants", a accusé la diplomatie russe dans un communiqué diffusé par son ambassade à Ottawa.

La législation laisse aux 13 provinces et territoires la responsabilité d'en organiser la vente, avec à la clé des modalités différentes d'un endroit à l'autre. L'âge légal pour acheter du cannabis est fixé à 18 ans par la loi fédérale, mais le gouvernement québécois vient de le porter à 21 ans.

De même, les endroits où fumer est permis varient beaucoup d'une province à l'autre, voire d'une ville à l'autre ou d'un arrondissement à un autre. Dans certaines provinces, comme le Nouveau-Brunswick ou Terre-Neuve, les consommateurs ne pourront fumer que chez eux. D'autres, comme le Québec, ne l'interdiront que là où la cigarette est déjà bannie (bars et restaurants, établissements scolaires, aires de jeu).

Lors d’une entrevue de fin d’année avec la presse canadienne, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a affirmé que le principal problème découlant de la légalisation du cannabis est, pour l'instant, la pénurie de la substance.

"On passait de zéro à un marché complet, c'est sûr que [...] ça n'allait pas être parfait dès le début, mais je pense qu'on est sur la bonne voie", a-t-il dit, notant que le problème de disponibilité du cannabis allait se résorber "pendant les mois et peut-être l'année à venir".

En effet, la légalisation du cannabis s’est soldée par des pénuries dans tout le pays. Toutes les provinces ont manqué de produits de cannabis depuis trois semaines, car les producteurs n’ont livré qu’une partie de la quantité qui leur avait été commandée.

Les consommateurs de cannabis à travers le pays se sont heurtés à des portes closes de magasins ou des sites Internet en rupture de stock. D’est en ouest, les sociétés de vente de cannabis admettent ne pas avoir reçu les milliers de kilogrammes de marijuana attendus.

Au Québec, les succursales de la Société québécoise du cannabis demeurent toujours fermées du lundi au mercredi afin de gérer la pénurie de produits. Le bureau de la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a reconnu que "comme il s’agit d’un nouveau marché légal, nous savons que certains ajustements seront nécessaires. Toutefois, nous sommes convaincus que les producteurs pourront répondre à la demande au fur et à mesure que toute la chaîne d’approvisionnement gagnera en expérience", a fait valoir le porte-parole de la ministre, Thierry Bélair.

Les licences de production sont octroyées par le ministère de la Santé, qui en a délivré à environ 120 sociétés à ce jour. Les principales sociétés sont inscrites en Bourse et produisent déjà du cannabis à usage thérapeutique, autorisé depuis 2001. Les prix de vente fluctuent aussi d'une province à l'autre.

Toutefois, force est de constater que le cannabis rime avec emploi. En novembre, le taux de chômage a atteint 5,6%, soit 0,2 point de moins qu'en octobre et un plus bas depuis 1976, grâce à de fortes créations d'emplois suite à la légalisation du cannabis, selon l'Institut national de la statistique.

Légalisé sous sa forme récréative le 17 octobre, le cannabis est devenu "une source bourgeonnante" de travail en novembre, avec la création de 10.400 nouveaux emplois dans ce secteur, soit une hausse de 266% sur un an, a souligné Statistique Canada.