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Panama: 2018, l'année du renforcement des relations avec la Chine pour relancer l'économie

Rédigé le 17/12/2018
MAP - Abdelmoughite SABYH


Panama - Dans une ambition de relancer son économie et de donner un coup de pouce aux grands projets en cours de réalisation, le gouvernement panaméen a œuvré durant l'année 2018 à tirer profit de la volonté de la Chine de faire du Panama sa plateforme logistique pour développer son commerce, ses investissements et sa diplomatie en Amérique Latine.

La Chine est d'ores et déjà le deuxième client du Canal de Panama, autrefois chasse gardée des États-Unis et aujourd'hui pièce essentielle dans la stratégie de Pékin pour étendre son influence en Amérique Latine.

Les atouts du Panama dans cette stratégie sont sa stabilité politique, sa position géographique, son canal, ses infrastructures portuaires et aéroportuaires, son économie dollarisée et un système financier en croissance annuelle de 5%, fort d'une centaine de banques.

Le président panaméen Juan Carlos Varela, qui a rompu l'année dernière avec Taïwan pour établir des relations diplomatiques avec Pékin, a saisi l'occasion de la visite officielle du chef de l'Etat chinois, Xi Jinping, au Panama pour procéder à la signature d'une vingtaine d'accords bilatéraux en matière diplomatique, commerciale, d'infrastructures, de tourisme, de coopération pour le développement et de commerce maritime. Ces accords s'ajoutent à une vingtaine d'autres conclus auparavant entre les deux pays, dans les domaines économique, commercial, migratoire, douanier et de l'éducation.

"En seulement un an et demi, les relations bilatérales ont connu un fort essor", s'est félicité le président Xi Jinping, pour qui le Panama et la Chine ont engagé une "coopération pour construire en commun la +Nouvelle route de la soie+".

L'initiative de la "Nouvelle route de la soie", une stratégie d'investissements chinois à l'étranger, étendue cette année à l'Amérique latine, est considérée par beaucoup d'analystes comme visant l'expansion de l'influence de Pékin au niveau mondial.

Outres les 43 accords bilatéraux qui ont été signés, la Chine négocie un Traité de Libre Commerce avec le Panama, qui espère bien engranger des millions de dollars d'investissements de Pékin en infrastructures. Déjà, des entreprises chinoises ont remporté de juteux marchés.

A travers cette nouvelle dynamisation de la coopération économique avec la Chine, le gouvernement panaméen veut donner un coup de pouce à son économie, largement affectée par la hausse du dollar et la grève du secteur de la construction ayant provoqué des retards dans la réalisation de plusieurs projets d'infrastructures, des pertes financières de centaines de millions de dollars et une revue à la baisse des prévisions de croissance de 5,6 % à 4 %.

L'économie du Panama a été également impactée par la baisse des investissements directs étrangers, qui n'ont pas dépassé 2,32 milliards de dollars, soit une baisse de 13,2 % durant les premiers mois de l'année, ce qui a eu des répercussions directes sur le marché du travail, avec une augmentation du taux de chômage de 6%.

L'année 2018 a été aussi marquée par la crise qui ronge le système judiciaire que le Panama n'arrive toujours pas à surmonter en raison du désaccord persistant entre le gouvernement et l'opposition concernant la composition de la Cour suprême.

En effet, le Comité parlementaire dominé par l'opposition, tarde encore à approuver les nominations de deux juges proposés par le président Juan Carlos Varela pour occuper les deux postes vacants à la Cour suprême depuis fin 2017. Le Parlement a rejeté en janvier dernier les nominations de deux juges femmes proposés par le président.

Selon Sergio Galvez, président du Comité en charge des nominations aux hautes fonctions, tels que les juges de la Cour suprême, l'approbation des nominations proposées par le président ne peut avoir lieu avant la fin de l'année en cours, ce qui signifie la poursuite du vide juridique jusqu'à l'année prochaine.

Dans la même veine, les poursuites entamées à l’encontre de l'ancien président, Ricardo Martinelli (2009-2014) dans une affaire d’écoute illégale sur quelque 150 personnes, dont des hommes d'affaires, des journalistes, des responsables de la société civile et des membres de l'opposition au cours de son mandat, ont mis à nu la crise du pouvoir judiciaire, suite à la controverse sur la compétence de la Cour suprême de statuer ou non dans cette affaire surtout après la démission de l’ancien président de son poste de vice-président du Parlement centraméricain immédiatement après son extradition, en juin, par les autorités américaines. La démission impose le transfert du procès aux tribunaux de droit commun et la poursuite en état de liberté.

Après de nombreux appels, la défense de l'ancien président a obtenu en début de mois, une décision des juges de la cour suprême attestant de la non compétence de celle-ci à poursuivre Martinelli et le transfert du dossier à une juridiction de droit commun. Une décision qui a suscité de vives critiques de la part des acteurs de droits humains et de la société civile, qui ont estimé que cette situation favorise l'impunité et met en doute l'indépendance du pouvoir judiciaire.

En cette fin d’année, les Panaméens aspirent à une amélioration économique qui se reflétera sur leur niveau de vie et l’amorce d’une nouvelle ère politique en exprimant leur volonté lors des élections générales prévues en mai prochain pour notamment élire un nouveau président du pays.