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Guerre de 1914-18: les soldats marocains "dans toutes les grandes batailles"

Rédigé le 01/11/2018
AFP


Mi-Août 1914, Bordeaux. Tirailleurs marocains simulant une attitude de combat pour la photo. Coll. P.Vachée.

Tirailleurs ou sphahis, engagés volontaires depuis leur campagne pour devenir des éléments de choc sur le front: les soldats marocains des troupes coloniales françaises ont participé à toutes les grandes batailles de la Première Guerre mondiale, raconte à l'AFP Jean-Pierre Riera, professeur d'histoire au lycée Lyautey de Casablanca.

Il est le co-auteur de l'ouvrage "Ana! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales".

 

Q: Quelle a été la contribution des soldats marocains dans la Première Guerre mondiale?

R: 40.000 soldats vont être engagés, soit environ 7% des troupes coloniales engagées aux côtés de la France. Il y a deux types de soldats marocains en 1914-18: les tirailleurs, qu'on appelle au début de la guerre les Régiments des chasseurs indigènes à pied, et les Régiments de chasseurs indigènes à cheval (les spahis). Il n'y a pas de service militaire au Maroc à l'époque, donc ce sont des engagements volontaires dans un premier temps. Ce sont des jeunes hommes issus majoritairement de la campagne. Ils ne savent pas évidemment ce qui les attend, comme tous les soldats qui participent à cette guerre. Une prime d'engagement est donnée pour les attirer. La solde qu'ils vont toucher est inférieure à celle des soldats français. Comme on a besoin de beaucoup d'hommes, il est évident qu'il y a aussi des recrutements plus ou moins forcés, mais toujours dans des effectifs relativement modestes.

 

Q: A quelles batailles ont-ils participé?

R: Les soldats marocains sont engagés dans toutes les grandes batailles de la Première Guerre mondiale. Les tirailleurs, dès qu'ils arrivent en France, majoritairement à Bordeaux, sont lancés le 5 septembre dans la première phase de la bataille de la Marne, dans des combats très difficiles. Ils participent à la poursuite des Allemands dans ce qu'on appelle la course à la mer, toujours vers la fin 1914. En 1915, ils sont engagés dans deux très grandes offensives françaises, en Artois et en Champagne. En 1916, ils participent à la bataille de Verdun, et en 1917, on les retrouve lors de la célèbre bataille du Chemin des Dames. L'année 1918, les tirailleurs marocains sont en appui pour essayer de limiter les dégâts quand les Allemands commencent à avancer vers Paris. Les troupes marocaines participent ensuite aux batailles qui vont permettre de libérer le territoire, occupé par les Allemands.

On compte 26% de pertes chez les soldats marocains. Les pertes, ce sont les morts, blessés et disparus. Chez les soldats français, c'est environ 24%. C'est relativement similaire. Les pertes sont bien plus importantes chez les tirailleurs que chez les spahis. Pourquoi? Parce que ce sont des troupes de choc, envoyées au combat en première ligne dans toutes les grandes offensives. Ce sont véritablement des troupes d'élite, qui ont un pouvoir de rupture, qui peuvent briser le front. Et donc les pertes sont automatiquement très élevées. Il ne s'agit pas de chair à canon: s'ils sont envoyés en troupes de choc, c'est parce que ce sont d'excellents soldats. Et d'ailleurs, il y a des pertes en officiers et sous-officiers français extrêmement importantes.

 

Q: Quelles traces ces soldats ont-ils laissé dans la mémoire collective au Maroc?

R: Les informations qu'on peut avoir sur ces combats et sur la mémoire de cette période viennent surtout des archives militaires, des journaux de marche des régiments qui suivent, jour après jour, les déplacements des troupes. On a très peu de documents écrits, parce que ces hommes qui venaient des montagnes du Maroc ne savaient ni lire ni écrire. En France, il y avait bien des traducteurs qui permettaient aux soldats d'écrire des lettres à leurs familles. Mais là aussi, il y avait une censure, comme elle pouvait exister chez les soldats français. Il y a peut-être eu des soldats qui ont raconté, quand ils sont rentrés au pays, mais cette mémoire orale a, hélas, disparu.