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Essaouira : Des jeunes leaders euro-méditerranéens débattent de la réinvention de la transmission comme défi du monde contemporain

Rédigé le 06/10/2018
MAP


Essaouira - Les travaux de la 4è édition du Forum euro-méditerranéen des Jeunes Leaders (FEJL 2018), un événement placé, cette année, sous le thème «réinventer la transmission, un défi du monde contemporain», ont été ouverts vendredi à Essaouira.

Prévu jusqu'au 7 courant dans la cité des alizés, ce Forum est organisé par l’ambassade de France au Maroc, en collaboration avec la Fondation Anna Lindh, les associations «Essaouira-Mogador», et «Marocains Pluriels», et plus récemment la Fondation Sekkat.

La séance d’ouverture de ce rendez-vous annuel, qui réunit des personnalités reconnues issues de différents horizons, a été rehaussée par la présence notamment de M. André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi et président-fondateur de l’association Essaouira-Mogador, de l’ambassadeur de France à Rabat, M. Jean-François Girault, ainsi que d’autres personnalités.

Intervenant à cette occasion, M. André Azoulay a souligné la pertinence du thème de transmission qui a été choisi cette année et qui "fait miroir à ces défis auxquels nous sommes confrontés", notant que chaque fois qu’on se réunit, qu’on débatte, on n'a plus le droit d’être amnésiques.

'’Nous sommes dans un temps et dans un espace qui sont ceux de l’archaïsme, du repli, de la stigmatisation et du déni. Et Essaouira Mogador est à sa place pour en parler’’, a-t-il dit, rappelant : ‘’Nous avons fait le choix il y a très longtemps de ne pas être amnésiques. On l’a fait avant que ces défis et ces archaïsmes ne fleurissent’’.

Et de poursuivre qu’à Essaouira, parler de transmission c’est tout simplement parler de l’ADN qui est le nôtre ici. «On s’est efforcé de le faire dans nos familles, dans nos cercles les plus proches, mais je vais partager avec vous aussi une grande satisfaction, un grand bonheur : parce que cette approche qui était la nôtre, à quelques uns, elle est ici celle de tous ».

Dans ce sens, M. Azoulay a indiqué qu’Essaouira, de par sa diversité et son identité singulière, est bel et bien ce ‘’navire amiral’’ et cet espace de résistance à la fracture, à l’amnésie, à l’islamophobie et à l’antisémitisme.

‘’Cette diversité, qui fait la vraie unité quand elle converge, est aussi un espace de résistance parce que nous sommes aujourd’hui, chacun d’entre nous, en responsabilité, en situation et avec un engagement combien militant de dire non à la fracture, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, et de donner à chacune de nos civilisations, de nos spiritualités, de nos sensibilités, de nos personnalités la possibilité de s’exprimer et la volonté d’être partagées", a-t-il expliqué.

‘’Quand on est à Essaouira, on est responsable de cette transmission, on est responsable de cet héritage, des acquis qui sont les nôtres que nous avons voulus et que nous avons gagnés parce que nous avions cet enracinement dans la diversité’’, s’est-il félicité, mettant en exergue l’importance de ce forum en ce sens qu’il donne cette chance à tous ces jeunes venus des deux côtés de la Méditerranée à la fois de se retrouver, d’écouter, de critiquer, d’approuver et de commenter. ‘’C’est un espace ouvert sur les défis qui sont ceux de notre temps : des défis technologiques, des défis philosophiques et des défis moraux’’, a dit M. Azoulay.

‘’C’est à l’honneur du Maroc et la grande fierté aussi d’Essaouira d’abriter chaque année ces trois journées ouvertes avec ceux qui vont faire l’histoire de demain pour leur donner la possibilité d’en savoir un peu plus et aussi d’instruire les autres. Ce qu’il intervienne de leur façon à eux de penser le monde de demain’’, a-t-il conclu.

L’ambassadeur de France à Rabat, Jean-François Girault, a adressé ses vifs remerciements à M. Azoulay et à travers lui à l’association Essaouira-Mogador pour sa capacité de conviction, son énergie et sa détermination, ce qui a permis à ce rassemblement de prendre corps et d’être aujourd’hui dans son altitude de croisière.

‘’Ce Forum va offrir l’occasion de réfléchir, de confronter des idées, des opinions, des perceptions sur un thème qui est celui de la transmission et ce que veut dire la transmission’’, a fait savoir le diplomate français, notant que ‘’cette transmission est éternelle et doit continuer et surtout ne pas s’interrompre à un moment où le monde est en train de se refermer, où les nationalismes et les peurs créent des égoïsmes, où des barrières sont en train de s’élever alors que nous voulons justement faire de la Méditerranée un pont entre nos deux continents’’. 


Le FEJL se fixe pour mission «de former un réseau méditerranéen de jeunes décideurs, venus du Maroc, mais également d'autres pays du pourtour méditerranéen et d’encourager l’échange».

Ainsi, quelque 200 jeunes à fort potentiel sont réunis dans la cité des alizés autour de leaders français et marocains influents dans leurs domaines pour échanger sur les enjeux de la transmission de l’information et des savoirs et d’évoquer les questions du religieux, de l’engagement et des stéréotypes de genre.

En rapport avec le thème de cette nouvelle édition, les organisateurs tiennent à expliquer que «la transmission permet de créer le socle d’une identité de groupe. La famille, la tribu, la Nation… sont toutes nées de la transmission», estimant qu’il soit question d’adhérer à un modèle, à une idée, de réfuter un héritage moral, politique, éthique, la transmission est créatrice de sens, de durée et de cohésion.

Transmettre est la mission des parents qui élèvent leurs enfants, des professeurs qui les éduquent. C’est la mission de l’écrivain, du maître de musique, celle du cuisinier qui livre ses recettes, celle de l’artiste, du peintre, du danseur, du comédien, ont-ils relevé, faisant savoir qu’à l’heure du tout connecté, médias traditionnels et réseaux sociaux deviennent les vecteurs obligés d’un flux continu.

Et de poursuivre que grâce au développement d’internet et des réseaux sociaux, tout le monde a désormais la possibilité de transmettre ou relayer des informations, des savoirs, des opinions, des indignations, des modes, ou des engagements éthiques. «Nous avons donc basculé dans une ère nouvelle où tout ce qui est dématérialisable circule quasi instantanément, où se mêlent dans un chaos grandissant, nouvelles, idées, rumeurs, canulars, piratages entre autres».

Dans cette avalanche, comment choisir, comment se forger une opinion ? s’interrogent-ils, laissant constater qu’à une époque d’uniformisation culturelle de la planète, alors que les cultures et les modes de vie se standardisent et s’alignent sur le modèle occidental, on peut se demander sur l’avenir pour la transmission, c’est-à-dire ce qui nous rattache à un contexte culturel particulier et spécifique.

De même, "avec les progrès de l’individualisation, nos sociétés exaltent avec de plus en plus de force le sujet libre, autonome et responsable. Mais cet individualisme revendiqué ne va-t-il pas à l’encontre de l’idée de transmission d’un patrimoine collectif ?", s’interrogent-ils.

Et de relever que le grand paradoxe de notre époque réside dans le fait que malgré la révolution numérique, «nous traversons une crise de la transmission d’une ampleur sans précédent».

Outre Dar Souiri et l’Institut français d’Essaouira, le Forum euro-méditerranéen des Jeunes Leaders se tient, pour la première fois, à Bayt Al Dakira (Maison de la Mémoire), un lieu emblématique, qui se définit comme véritable espace de partage d'une mémoire commune et témoigne du passé judéo-musulman de la ville d'Essaouira.

Cet espace, rappelle-t-on, abrite le Centre de recherche international «Haïm Zafrani», dédié au dialogue interreligieux.

Au menu de ce forum figurent des tables rondes traitant de plusieurs thématiques: «Les enjeux de la transmission de l’information», «Le religieux où la transmission d’un idéal», «Quelle transmission possible à travers l’engagement?», «Les stéréotypes du genre à l’épreuve de la transmission», et «La transmission des savoirs».

Les participants à ce Forum seront au rendez-vous également avec une douzaine d’ateliers pour leur permettre d’échanger en «cercle plus restreint» sur des compétences concrètes, telle que «l’élaboration de projets», «l’utilisation des réseaux sociaux», «le décryptage de l’information», «la prise de parole artistique», «comment s’exprimer à travers une photographie», «comment décrypter l’information ?», «comment développer son potentiel via les réseaux sociaux ?», «comment déconstruire un discours radical», «comment faire de la jeunesse en Méditerranée une priorité politique ?».

D’autres ateliers porteront sur des questions en rapport avec «comment transmettre la culture?», «comment décrypter une caricature», «comment se réinventer grâce à l’esprit Start-up», et «comment s’approprier l’espace public?».

Le célèbre chanteur et parolier du groupe «Zebda», Magyd Cherfi, donnera le 6 octobre à la mythique Place El Menzah, un concert solo inédit au Maroc «Un Tour de Magie», gracieusement offert à tout le public.