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Maghreb et Moyen-Orient. Pourquoi l’instabilité politique est-elle citadine ?

Rédigé le 17/07/2018
Larbi Amine - LeMag

New York : Misrata, Alep, Benghazi, Aden, Raqqa, Mossoul, Taiz, Hodeida… des villes devenues des métonymes tragiques pour les conflits, les guerres et le chaos.



Pourquoi la terreur post-printemps arabe est-elle un phénomène exclusivement urbain ? Pourquoi insurgés, révoltés, miliciens et autres terroristes, que les révoltes arabes de 2011, ont enfanté, préfèrent tuer et s’entretuer, seulement dans les villes ?

Alors que la plupart des conflits à grande échelle du 20ème siècle étaient principalement ruraux, les guerres anéantissant nombreux pays de la zone MENA, se déroulent presque exclusivement dans les villes et pas n’importe lesquelles.

Selon l’expert brésilien, Antônio Sampaio, chercheur au think tank américain, ‘The International Institute for Strategic Studies – IISS’ et qui étudie les liens entre l’urbanisation et les conflits, les insurgés et les terroristes du printemps arabes choisissent minutieusement leurs champs de bataille. C’est presque toujours, des grandes villes, de préférence des cités vastes et tentaculaires, ceinturées de pauvreté, de bidonvilles et quartiers insalubres où s’entassent pauvres et chômeurs, des jeunes démunis facilement embrigadables ou du moins pouvant servir de boucliers humains.

‘’Dans ces villes, les groupes armés trouvent plus facilement des moyens de se mêler à la population, de lever plus de fonds et d'enrayer la résistance gouvernementale.’’

LES VILLES PLUS RENTABLES POUR LES INSURGES



Les groupes insurgés qui terrorisent le monde arabe depuis 2011, ont opté dés le départ, pour des conflits longs, des guerres d’usures qui détruisent en profondeurs les Etats et les sociétés. Pour cela, les grandes villes en champs de batailles, émergent comme un choix stratégique pour eux.

En effet, explique Antônio Sampaio dans une tribune qu’il a signée dans la revue américaine, Foreign Policy, Pour entretenir un conflit long contre un gouvernement, s’implanter dans une grande ville permet de bénéficier des réseaux souterrains qui peuvent y exister et ainsi pouvoir se faire financer par les différents trafics illicites, drogues, armes, traites d’être humains …

Ca a été le cas à Mossoul où daech trafiquait du pétrole, des antiquités et des  armes. A Syrte, les miliciens font toujours trafics de drogues, d’armes et d’être humains. Ou à Karachi, la mégapole pakistanaise qui sert de port principal à l'héroïne qui finance l'insurrection en Afghanistan.

LES VILLES ARABES, PROPICES AUX CONFLITS  



Les conflits et les groupes armés qui les animent sont désormais intégrés dans l'infrastructure et la population des villes arabes.

La croissance démographique rapide, souvent imputée à la violence urbaine, n'est qu'une partie de l'explication, indique l’expert brésilien.

Parmi les autres facteurs attrayants pour les acteurs armés, endémiques et externes à la ville, citons la faible présence de l'État dans les périphéries tentaculaires et la disponibilité des économies criminelles souterraines.

Selon Antônio Sampaio, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ont connu une urbanisation rapide et non gérée au cours de la seconde moitié du XXe siècle, la proportion de citadins passant de moins de la moitié en 1980 à près de 60% en 2000.

Ces agglomérations tentaculaires, mal faites à la base et qui ont aussi, presque toutes, grossies très mal, étaient devenues des zones minées par les tensions politiques et sectaires.

Antônio Sampaio indique que pour les pays provisoirement encore stables dans la région, il est urgent que les gouvernements y agissent par des politiques de la ville, qui minimiseraient ou  au mieux effaceraient les risques déflagrationnistes de ces cités poudrières.      

‘’L'urbanisation des conflits et de l'insurrection signifie que les gouvernements doivent être conscients de l'urgence de réhabiliter les services urbains. Le sous-développement à long terme alimentent les tensions locales et augmentent le risque de conflits, au grand bénéfice des groupes armés.’’