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Lowes Dickinson en 1916 : Si l’Europe était réellement démocratique, le Maroc aurait-il été envahi ?

Rédigé le 07/06/2018
Larbi Amine - LeMag

Londres : Une tribune militante, publiée en pleine première guerre mondiale, (1914 - 1918), condamnait une démocratie européenne imparfaite, qui privait les peuples de tout contrôle sur les politiques étrangères de leurs pays, et de se retrouver ainsi chair à canon, dans les complots guerriers de leurs élites.



Goldsworthy Lowes Dickinson (1862 – 1932) était un philosophe, politologue, écrivain humaniste et militant pacifiste, qui s’est battu toute sa vie, contre les dérives bellicistes et les militarismes revendiqués ou dissimulés, des puissances européennes, du début du 20e siècle.

En plein première guerre mondiale, soit en aout 1916, Lowes Dickinson signait, sur le magazine américain, fondé en 1857, ‘The Atlantic’, une tribune très militante, dans laquelle, il clamait que si l’Europe était réellement civilisée et démocratique, jamais ses gouvernants n’auraient provoqué une telle guerre meurtrière, ni avoir envahi des pays souverains, comme c’était le cas du Maroc en 1912.

Dans son article intitulé, ‘Democratic Control of Foreign Policy’, le philosophe anglais indique que les puissances européennes, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie ou la France,  qui se réclamaient de suprématismes raciaux,  démocratiques ou de civilisation, ont confisqué les droits démocratiques de leurs peuples, en les empêchant d’exercer le moindre contrôle sur les politiques étrangères de leurs pays.

On a vendu la fausse idée aux peuples que la démocratie, le vote et les élections ne peuvent concerner que les affaires intérieures, l’économie, les impôts, le commerce ou les services sociaux, disait Dickinson. On a trompé les peuples en leur faisant croire que la politique étrangère, est par essence compliquée et devrait être de la seule compétence des élites gouvernant,  sachant la comprendre et la maitriser.

Selon Lowes Dickinson, il s’agissait là, bien évidement d’un gros mensonge : la politique étrangère n’est jamais que le jeu de nations, se battant pour les mêmes choses : les terres, les mers, les ressources et les intérêts matériels, souvent confisqués au bénéfice de quelques privilégiés.

Il argumentait : l’invasion d’un pays comme le Maroc en 1912, s’agissait-il d’une affaire si compliquée que les peuples n’aient pas eu le droit d’y statuer par leur votes ?



Non, indique le philosophe anglais :

‘’Les Français voulaient annexer le Maroc. Les Allemands s'y sont opposés, principalement parce qu'ils s'intéressaient au commerce et aux ressources du pays. Les Britanniques étaient disposés à consentir à une annexion française, tant que la bande de côte en face de Gibraltar ne tomberait pas entre les mains des Français ou d'une forte puissance. Rien ne peut être plus simple que tout cela. Ce n'est pas un problème intellectuel du tout. C'est une dispute pour le pouvoir et l'influence.’’

Les peuples l’auraient facilement compris et n’auraient jamais consenti que des soldats soient envoyés mourir au Maroc ou plus-tard dans les tranchés européens, pour les intérêts des élites particulières.

Goldsworthy Lowes Dickinson a été l’un des premiers pères penseurs de la ‘société des nations’, l’ancêtre de l’ONU. Auteur de 
plusieurs ouvrages, il a fait du militantisme pacifiste, son combat jusqu’à son décès en 1932.