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Combattre le ‘djihadisme salafiste’ par la force armée. Une perte de temps ?

Rédigé le 05/06/2018
Larbi Amine - LeMag

New York : ‘’Cet ‘ennemi’ est une doctrine qui unifie, sans besoin de coordination. C’est un mouvement mondial qui s'auto-organise, ce qui signifie qu’user de la force armée contre lui est une bataille perdue.’’ 



En février 2018, Abdelhak Khiame, le patron marocain du Bureau central d'investigations judiciaires – BCIJ, déclarait à la MAP, que son service a 

‘’démantelé 49 cellules terroristes, dont 44 liées directement à Daech et arrêté 772 personnes, depuis sa création en 2015.’’

Et avant le BCIJ, c’était la DGST pour le renseignement et la DGSN pour l’action, qui annonçaient quasi hebdomadairement, les démantèlements de grosses dizaines de cellules terroristes et de plusieurs centaines de membres radicalisés, qui tentaient d’intenter des attentats terroristes au royaume.

La lutte contre cette mouvance, qui prit de l’ampleur après 2011, ressemblait, et ce serait toujours le cas, à une course pour assécher un puits sans fond, dont les émanations pestilentielles, demeurent nocivement ininterrompues.

Cette expérience marocaine de lutte contre le terrorisme renseigne que la guerre par la force armée, contre cette mouvance, serait une perte de temps, d’efforts et de moyens, puisque les courageux policiers et gendarmes marocains, luttent contre un ennemi qui ne cesse de se régénérer.

Selon une experte américaine, spécialiste du terrorisme moyen-oriental, il est faux de croire que le terrorisme est un ensemble de groupes qu’on peut vaincre en les démantelant ou même en les écrabouillant sous les bombardements aériens ou d’artillerie lourde.

En effet, Katherine Zimmerman, experte au think tank US, ’American Enterprise Institute – AEI’ a signé à ce sujet, une tribune au magasine américain de renom, Foreign Affairs, dans laquelle, elle a adressé des recommandations à l’administration américaine et à ses alliés dans la guerre contre le terrorisme, parmi lesquels, le Maroc occupe un rang majeur.   



Dans son article intitulé, ‘The Never-Ending War on Terror’, Katherine Zimmerman a expliqué que l’ennemi dans la guerre contre le terrorisme, est 

‘’une doctrine qui unifie, sans besoin de coordination. C’est un mouvement mondial qui s'auto-organise, ce qui signifie qu’user de la force armée contre lui est une bataille perdue.’’ 

Pour Zimmerman, croire qu’une police, une gendarmerie ou une armée  performante, sont à même de vaincre le terrorisme, c’est se duper et faire courir de gros risques à son Etat, sa société et ses populations.

Même la fameuse guerre des idées, théorisée par la CIA dés 2003, qui consiste à lutter contre le radicalisme par des constructions idéologiques, s’est révélée, dit l’experte américaine, insuffisante.

L’ennemi, dit-elle, est ce qu’elle a appelé le ‘djihadisme salafiste’, dont daech ou Al Qaida, ne sont que d’éphémères récipients exécutifs, jetables au besoin et provisoires selon le contexte.

Pour mener guerre contre cette doctrine, il faut agir, certes sur ses paravents organigrammiques, mais aussi œuvrer à l’extirper des têtes, notamment par des mix stratégiques englobant : droit sociaux, sécurité socio-économique, éducation, libertés et droits politiques.

Katherine Zimmerman explique que pour qu’un Etat puisse vaincre les menaces terroristes chez lui, il doit commencer par se tenir droit lui-même : cesser d’être injuste envers ses populations, effacer toute cause de griefs populaire à son encontre, qui pousserait des gens normaux en quête de justice, à se radicaliser.

L’experte appelle les Etats à promouvoir des démocraties décentralisées, afin que l’action étatique soit au plus prêt des populations et puisse répondre rapidement à leurs besoins. 

La guerre contre le terrorisme, conclut Katherine Zimmerman, si elle n’est pas politique démocratique, socio-économique et droit-de-l’hommiste, ne serait  qu’une 

‘’lutte sécuritaire sans fin et hyper-budgétivore, dans l'attente d'une victoire qui pourrait ne jamais arriver.’’