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Avec le Brexit, la question d'une réunification de l'Irlande resurgit

Rédigé le 29/05/2018
AFP


Londres - Le casse-tête de la frontière irlandaise après le Brexit, toujours irrésolu, a amplifié le soutien au maintien dans l'Union européenne en Irlande du Nord et fait resurgir la question d'une réunification entre cette province britannique et la république d'Irlande voisine.

Lors du référendum de juin 2016 sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, l'Irlande du Nord avait voté à 56% en faveur du maintien dans le giron européen - mais à l'échelle nationale, le Brexit était sorti gagnant avec 52% des voix.

Ce soutien a considérablement crû depuis, selon une étude menée par la Queen's University Belfast, qui a sondé plus de 1.000 Nord-Irlandais: 69% d'entre eux pensent aujourd'hui que leur pays devrait rester dans l'UE.

"Il devient de plus en plus clair que le soutien au maintien monte et monte en Irlande du Nord", a commenté Colin Harvey, de la Queen's University, lors d'une conférence organisée à Londres par le centre de réflexion "The UK in a Changing Europe".

"Je pense qu'il serait extrêmement périlleux et dangereux d'ôter toute signification à ce soutien", a-t-il ajouté.

Contrairement à l'Ecosse, qui s'est également prononcée contre le Brexit, l'Irlande du Nord pourrait techniquement demeurer au sein de l'UE en se prononçant par référendum pour la réunification avec l'Irlande voisine.

La possibilité d'un référendum sur le rattachement au voisin du sud est prévue dans l'accord de paix du Vendredi saint qui avait mis fin, en 1998, à trente ans de conflit entre unionistes majoritairement protestants et républicains catholiques. Concrètement, le pouvoir d'appeler à une telle consultation revient à Londres, lorsque le gouvernement britannique estimera qu'une majorité est favorable à la réunification.

Selon l'étude de la Queen's University, 47% des répondants sont favorables à un tel référendum après le Brexit, que seul le parti républicain Sinn Fein a jusqu'ici appelé de ses voeux, même si seuls 21% soutiennent une réunification.

Le désir de réunification est plutôt faible au sein de la communauté protestante, tandis que l'opinion catholique est plus divisée et "fortement dépendante" de l'issue des négociations de sortie avec Bruxelles, selon l'étude.

Alors que le gouvernement britannique veut tourner le dos à l'union douanière européenne et au marché unique, 61% des Nord-Irlandais veulent au contraire y rester. Un Brexit dur, combiné à un ralentissement économique, rendrait la perspective d'une unité irlandaise "particulièrement attirante" pour les catholiques de la province.

Jeremy Corbyn, le chef du Parti travailliste, principale formation de l'opposition, soutient l'unité irlandaise mais il en a minimisé la probabilité, lors d'une visite à Belfast en mai.

Theresa May semble en être moins convaincue. Selon The Times, la Première ministre a reproché au très eurosceptique député Jacob Rees-Mogg, membre comme elle du Parti conservateur, d'être naïf en pensant que l'Irlande du Nord voterait pour son maintien dans le Royaume-Uni en cas de référendum. "Ce n'est pas un risque que je suis disposée à prendre", lui aurait-elle rétorqué.

Comme l'UE, Mme May est opposée à l'instauration d'une frontière dure entre les deux Irlande après la sortie du Royaume-Uni de l'UE en mars 2019, de crainte de fragiliser l'accord de paix. Mais son gouvernement n'a pas encore avancé de solution concrète pour respecter cet engagement.

Les Britanniques ont accepté d'intégrer dans l'ébauche d'accord de retrait de l'UE l'option d'un "espace réglementaire commun" incluant l'UE et l'Irlande du Nord, au moins jusqu'à ce qu'une solution satisfaisante soit proposée.

Des eurosceptiques britanniques ont accusé le gouvernement irlandais d'exagérer le problème de la frontière irlandaise et d'user de son rôle clé dans les négociations sur le Brexit pour poursuivre son "agenda caché" en vue d'une réunification de l'île.

A Londonderry, ville frontalière au coeur des troubles sanglants passés, la députée Sinn Fein Elisha McCallion a estimé que la restauration de contrôles frontaliers affecterait sa vie. "Mon enfant fréquente quotidiennement une crèche de l'autre côté de la frontière. Je dois traverser informellement la juridiction entre le nord et le sud six ou huit fois par jour", a-t-elle dit à l'AFP.

La réunification serait la seule solution, selon elle: "Le Brexit a insufflé une nouvelle dynamique dans les conservations. Les gens parlent régulièrement d'unité".