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Venezuela, quels scénarios après la réélection de Maduro ?

Rédigé le 22/05/2018
AFP


Caracas - Après la réélection contestée de Nicolas Maduro, l'horizon s'assombrit un peu plus au Venezuela, déjà englué dans une grave crise où la population doit affronter une pénurie généralisée d'aliments et de médicaments.

Tensions internes, nouvelles sanctions et approfondissement des problèmes économiques: voici les scénarios qui se profilent dans ce pays pétrolier.

Plus fracturée que jamais entre fidèles du gouvernement et opposants, la société vénézuélienne devrait être le théâtre de nouvelles tensions dans les prochains mois.

L'opposition a promis de "renforcer la pression". Mais quelle stratégie adopter après près de 20 ans de chavisme, la doctrine politique créée par Hugo Chavez, prédécesseur de Nicolas Maduro de 1999 à 2013 ?

La première chose à faire pour les adversaires du président socialiste réélu sera de parvenir à s'entendre, après la candidature d'Henri Falcon, qui a pris ses distance avec la Plateforme de l'unité démocratique (MUD), principale coalition d'opposition qui avait décidé elle de boycotter le scrutin.

"Falcon n'a pas pu vaincre Maduro ni la MUD. Son rejet de l'élection est tardif. Va s'ouvrir le temps des reproches et les tentatives pour capitaliser sur l'abstention", estime le politologue Luis Salamanca.

Côté gouvernement aussi, une "implosion" demeure le "principal risque" pour Maduro, si davantage de cadres chavistes se sentent cernés par les très probables futures sanctions internationales, juge l'analyste Luis Vicente Leon.

Le président peut compter sur le soutien de l'armée, mais "la crise est tellement sévère qu'elle pourrait provoquer des tensions au sein de l'alliance civile et militaire au pouvoir ou une rupture sociale plus importante", prévient le centre International Crisis Group.

L'analyste Benigno Alarcón anticipe lui une radicalisation de la politique du gouvernement, tandis que Diego Moya-Ocampos, du cabinet IHS Markit (Londres), n'écarte pas de nouvelles manifestations qui pourraient conduire le gouvernement à recourir à la "répression".

Le Venezuela apparaît chaque jour un peu plus isolé sur la scène internationale.

Chili, Panama, Costa Rica, Groupe de Lima (une alliance de pays d'Amérique et des Caraïbes), Royaume Uni: depuis l'annonce des résultats dimanche, la liste de pays ne reconnaissant pas la légitimité de ce scrutin s'allonge.

Les Etats-Unis, le Canada et l'Union européenne avaient dénoncé par avance ce scrutin.

Les 14 pays du Groupe de Lima, qui ont annoncé lundi le rappel de leurs ambassadeurs au Venezuela, vont "coordonner des actions pour que les organismes financiers internationaux et régionaux n'octroient plus de prêts au gouvernement du Venezuela".

Le scrutin n'a pas respecté "les normes démocratiques minimales", a estimé le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy. Madrid va étudier avec l'UE des "mesures opportunes" et "continuer de "travailler pour soulager les souffrances des Vénézuéliens".

"Un accroissement des sanctions américaines semble inévitable", particulièrement dans le "secteur pétrolier", selon le cabinet Capital Economics, basé à Londres. Les Etats-Unis achètent un tiers du brut vénézuélien.

Washington ne s'est pas fait attendre: Donald Trump a signé lundi un décret, dont la portée exacte reste difficile à évaluer, visant à réduire la capacité du régime de Caracas à vendre ses actifs. Le vice-président américain Mike Pence a qualifié le scrutin de "farce".

La quasi totalité des responsables gouvernementaux, y compris M. Maduro, sont déjà visés par des sanctions de l'UE ou de Washington.

"Cet isolement, conjugué à l'effondrement de la production de pétrole, l'hyperinflation, l'aggravation de la pénurie et les conséquences d'une dynamique sociale fragile, vont continuer à miner la capacité de Maduro à préserver les privilèges des principaux acteurs (au Venezuela), rendant difficile sa survie au-delà de l'année prochaine", anticipe le cabinet Eurasia Group.

Pour le politologue Michael Penfold, la forte abstention de dimanche a mis en évidence "l'effondrement du système chaviste", qui n'a pas résisté "face au mécontentement de la population contre Maduro".

Selon l'institut de sondage Venebarómetro, 76% des Vénézuéliens désapprouvent sa gestion, lassés par les pénuries de nourriture, de médicaments, ou d'électricité, conjuguées à la hausse de l'insécurité.

Le Venezuela est confronté à la pire crise de son histoire: en 2018, le FMI anticipe une chute du PIB de 15% et une hyperinflation à 13.800%, plus élevée au monde. Sa production de pétrole est à son plus bas niveau depuis 30 ans.