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Le sud de l'Espagne s'alarme de l'audace des narcos

Rédigé le 18/05/2018
AFP


Madrid - Saisies record de cocaïne, débarquement de haschich en plein jour, affrontements avec la police... le sud de l'Espagne s'alarme de l'audace croissante des trafiquants de drogue qui fait même craindre l'émergence d'un véritable cartel.

Depuis des mois, chaque semaine apporte son lot de confrontations entre les forces de l'ordre et les trafiquants dans la province de Cadix, dans l'extrême sud du pays.

La province, séparée des côtes marocaines par la dizaine de kilomètres du détroit de Gibraltar, concentre 40% des saisies de stupéfiants en Espagne, principale porte d'entrée de la drogue en Europe.

Un hôpital attaqué pour libérer un trafiquant blessé et arrêté, des patrouilles policières chargées par une voiture-bélier, des agents caillassés, des échanges de tirs pendant les opérations anti-drogue...

"L'escalade de violence des trafiquants ne fait qu'empirer. Il y a de plus en plus d'épisodes d'agressions" contre les forces de l'ordre, témoigne Juan Encinas, représentant du syndicat de gardes civils AUGC dans la province de Cadix.

Le ministre de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido multiplie des visites dans la région et assure que l'Espagne ne sera pas "dominée par les narcotrafiquants". Le gouvernement a envoyé des renforts d'une cinquantaine d'agents, insuffisants selon les syndicats.

Preuve selon lui de l'efficacité des forces de l'ordre, M. Zoido a annoncé que fin avril, les saisies de cocaïne dans la zone du détroit avaient déjà atteint le total de 2017 (11,8 tonnes) et celles de haschich plus de la moitié de l'année précédente (145 tonnes).

Le 22 avril, les autorités ont effectué à Algésiras la saisie de cocaïne la plus importante de l'histoire de l'Espagne: 8,7 tonnes dans un bateau provenant de Colombie.

Pour les syndicats, ces chiffres révèlent surtout que de plus en plus de drogue entre en Espagne. Ils estiment que seuls 20% des stupéfiants sont détectés.

Les habitants laissent éclater leur colère: jeudi, ils ont manifesté à Algésiras après deux nouveaux drames, l'agression à coups de bâtons et de bouteilles de neuf gardes civils à la sortie d'un restaurant et la mort d'un enfant de neuf ans dans une collision entre deux bateaux liés au trafic.

Selon les syndicats, 30 gangs de trafiquants opèrent dans cette région et emploient directement plus de 3.000 collaborateurs.

Parmi eux, "Los Castañas", considéré comme le plus important, et le clan du Marocain Abdellah El Haj surnommé "le Messi du haschich".

"Ces clans avaient toujours été rivaux, mais ils commencent à faire des opérations conjointes il n'est pas absurde de penser qu'un authentique cartel de la drogue pourrait émerger", avertit Juan Fernandez, porte-parole national de l'AUGC.

Le ministre Juan Ignacio Zoido nie catégoriquement cette possibilité, ainsi que plusieurs experts consultés par l'AFP.

"La différence entre un cartel et un groupe criminel, c'est qu'un cartel a déjà colonisé la zone et son pouvoir de pénétration dans les institutions est fort", ce qui n'est, du moins pour l'heure, pas le cas, assure le criminologue Ricardo Magaz.

Le problème est "sérieux et s'aggrave", dit-il néanmoins.

Les syndicats n'ont aucune preuve "qui permette de dire" que des mafias de Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, sont implantées dans la région comme l'avance la presse colombienne, assure Juan Encinas.

Le sud de l'Espagne est un terreau propice pour les trafiquants. Il est proche du Maroc, grand producteur de haschich. Algésiras, premier port espagnol, est très lié à l'Amérique du sud d'où provient la cocaïne. Et le taux de chômage dépasse 30%.

"Un adolescent qui fait semblant de pêcher et donne l'alarme quand un hélicoptère ou une patrouille partent peut gagner 1.500 euros" en une journée, explique Juan Fernandez. "Pour décharger de la drogue, c'est le double. Pour conduire une voiture encore plus, pour piloter un bateau encore plus..."

Le trafic est "de moins en moins perçu comme un délit et de plus en plus comme un mode de vie", dit-il.

Les syndicats de forces de l'ordre exigent au moins 300 agents supplémentaires, un durcissement des peines et davantage d'opportunités d'emploi pour les jeunes.