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ACET : Le Maroc devrait-il abandonner la culture du blé ?

Rédigé le 02/04/2018
Adam Sfali - LeMag

Casablanca : ‘’L'autosuffisance en blé est une perspective improbable, et les tentatives pour y parvenir seraient trop coûteuses’’.



Est-il économiquement utile ou justifiable que le Maroc investisse gros, dans la culture du blé? Qu’il s’agisse des financements ou de la mobilisation des terres arables et des ressources hydrauliques ?

Cette denrée est un produit de sécurité alimentaire et de consommation massive au royaume. Elle est aussi un élément majeur de sécurité sociale et de  stabilité politique.

Le Maroc, qui ne dispose pas d’une grande surface agricole utile (SAU), estimée seulement à 8700000 hectares, ce qui ne représente que 12,25 % de sa superficie totale, et contraint, malgré cela, à consacrer 55% de sa SAU à la culture des céréales.

Le résultat, très variable selon les conditions climatiques, demeure globalement faible. En raison de sa faible productivité, la production nationale de céréales ne couvre pas les besoins du pays, même lors des bonnes années.     

ABANDONNER LA CULTURE DU BLE ?

C’est ce que préconise le think tank ACET – African Center For Economic Transformation.

ACET est basé à Accra au Ghana. Il a été crée en 2008, par KY Amoako, ancien sous-secrétaire général des Nations Unies et chef de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique.

ACET a publié récemment un rapport intitulé ‘African Transformation Report 2017 -  Agriculture Powering Africa’s Economic Transformation’, dans lequel, il a évoqué le cas de la production céréalière au Maroc.



Se basant sur une étude de simulation réalisée par la FAO, ACET explique qu’il serait plus judicieux pour le Maroc d’entièrement abandonner la culture du blé, et de remplacer cette production par des cultures ayant plus de valeurs ajoutées, y compris à l’export, comme les fruits et légumes.

Pour assurer l’approvisionnement de ses marchés en céréales, le royaume, ajoute ACET, pourrait alors avoir les moyens de recourir aux importations. 

ACET explique :

‘’Au Maroc, les terres agricoles ne sont pas abondantes et la possibilité d'augmenter la production de céréales est limitée. L'autosuffisance en blé est une perspective improbable, et les tentatives pour y parvenir seraient extrêmement  coûteuses.’’

Et le think tank d’ajouter :

‘’Une étude de simulation suggère que si le Maroc devait atteindre l'autosuffisance en blé, les résultats seraient temporaires et le coût sur 11 ans serait de 16 milliards de dollars. Une meilleure stratégie serait de financer les importations de blé, en réorientant les terres agricoles vers des cultures de fruits et légumes, de grande valeur pour l'exportation.’’

ALLER A L’ENCONTRE DES OBJECTIFS DU PLAN MAROC VERT



Les céréales sont un produit politiquement stratégique au Maroc. Le royaume qui a lancé depuis plusieurs années, son Plan Maroc Vert pour développer son secteur agricole, consacre au sein de ce plan, un volet important pour les céréales.

Selon le ministère marocain de l’agriculture, les objectifs à l’horizon 2020, pour le secteur céréalier se présentent comme suivant :

1- Réduire la surface agricole consacrée aux céréales de 5,3 millions d'hectares, à 4,2 millions ha.

2- Augmenter la production de 5 millions T en moyenne par an, à 7 millions T.

3- Réduire les importations de 20%.

4- Et réaliser un chiffre d’affaire de 20 milliards de dirhams.


AFRICAN TRANSFORMATION REPORT 2017.pdf AFRICAN TRANSFORMATION REPORT 2017