« Le travail, c’est la santé ». Telle est la devise

Peut-on parler d’une psychologie de la santé appliquée dans le contexte professionnel Marocain ?

EL BOUANANI Omar
EL BOUANANI Omar

S’il y a, aujourd’hui, une perspective convoitée par les approches et les pratiques de la psychologie du travail et des organisations en tant que discipline d’intervention et d’accompagnement, c’est bien la réalisation d’une meilleure adéquation entre un climat sain dans l’organisation, un fonctionnement optimal du travail et le bien-être du personnel.
Dans le contexte dynamique Marocain de la production et des services où règne une concurrence croissante, les organisations fixent à leurs membres (personnel, collaborateurs..) des objectifs qu’ils sont tenus d’atteindre. De ce fait, ces derniers sont confrontés à un rythme de travail trop élevé du fait de la surcharge de travail qui leur est confié. Ainsi, leur vie tant professionnelle que familiale se retrouve affectée.
En effet, le travail, qui était autrefois source de bonheur et d’épanouissement, devient dès lors une contrainte et une source de problèmes de divers ordres, d’où l’apparition d’une nouvelle catégorie de facteurs responsables de malaises et définis entant que « risques psychosociaux » dans le champ de la santé au travail.
Selon le code du travail marocain, publié dans le journal officiel n° 5210 du jeudi 06 Mai 2004, l’hygiène et la sécurité des salariés constituent un titre principal dans le cadre réglementaire. Ce dernier, incite à l’optimisation des conditions d’hygiène et de la salubrité nécessaires à la santé ainsi que l’amélioration de la sécurité des salariés à travers la mise en œuvre d’un ensemble de dispositifs de protection.
Ajoutant que la santé psychologique au travail repose indispensablement sur l’habileté d’un salarié de faire face avec flexibilité, souplesse, harmonie, et efficacité aux différentes situations difficiles. En effet, elle est influencée par trois facteurs mis en jeu à savoir :
Les facteurs relatifs au contexte du travail : la charge et l’exigence du travail, l’usage des dispositifs communicationnels, la répartition des tâches, la transparence de culture et des valeurs ainsi que l’autonomie et la reconnaissance. Ceux d’ordre individuel : la personnalité, les antécédents organiques, la prédisposition, la vulnérabilité, les dimensions affectives etc. et ceux qui sont liés au contexte social provenant des rapports sociaux à savoir les amis, la famille et la communauté. Bien entendu, c’est bien dans ce point que réside la vieille question de gestion de l’équilibre entre vie privée et celle professionnelle.
Certains employés estiment consacrer trop de temps à leur travail au point de ramener leurs dossiers à domicile et ne pas pouvoir passer du temps avec leurs proches ou plutôt établir un planning journalier stable donné. Inversement, la vie privée peut affecter la sphère professionnelle et là nous pouvons citer le cas le plus significatif : Celui de certaines femmes qui s’épuisent à essayer d’identifier parallèlement les deux rôles, à savoir celui de mère et celui de salariée notamment lorsqu’elles confrontent un tas d’événements perturbateurs tels que le divorce, la violence conjugale ou le décès de leurs conjoints ce qui génère par la suite toutes formes de mal-être (stress, anxiété, dépression, burn-out, conduites addictives, homicide et suicide, etc.) principalement associés à des coûts importants d’absentéisme, une baisse de performance, des congés de maladie et l’occurrence de quelques manifestations du turnover.
Dans ce sens, la grande souffrance se déclenche quand le salarié perçoit les attentes de son rôle familial comme opposées avec celles de son rôle professionnel et vice versa.
NB. il ne fait aucun doute qu’il est difficile d’avoir une idée ciblée et précise sur ce phénomène dans notre pays du fait de la pauvreté des études et de l’incertitude sur la fiabilité des données statistiques surtout que la majorité des recherches manquent de la continuité, de pérennité et de la transition à l’action mais cette problématique reste toujours présente et répandue fréquemment chez certains secteurs organisationnels publics et semi-publics qui adoptent encore des styles managériaux directifs voire classiques.
Pratiquement parlant, l’intervention face à ce genre de situation doit s’inscrire dans une logique préventive de long terme visant l’implication de l’ensemble d’acteurs (DG, responsables et collaborateurs) dans les différents programmes d’accompagnement, de sensibilisation et de psycho-éducation, afin d’acquérir les meilleurs possibilité de contrôle, d’ajustement et d’adaptation telles la résilience, les habitudes positives de vie comme l’exercice physique régulier, la méditation, la relaxation ce qui renforce plus ou moins directement la santé psychologique plutôt que la maîtrise des situations difficiles.
Au bout du compte, les risques psychosociaux apparaissent comme une réalité préoccupante en milieu professionnel. Ils peuvent avoir des conséquences, tant sur le plan personnel que collectif, ainsi que sur le rendement professionnel.
Il s’agit de problématiques qui nécessitent une intervention assez immédiate, notamment de la part des psychologues du travail, en termes d’actions de diagnostic et de pronostic. Ainsi, il s’avère utile de sensibiliser les organisations et les mettre en situation pour savoir gérer ces risques et de diminuer leurs intensités en optant vers l’amélioration du climat du travail et l’assurance du bien-être des salariés afin de pouvoir stimuler leur engagement.

 

 

EL BOUANANI Omar
Psychologue du Travail au sein du Centre Hospitalier Universitaire Mohammed VI de Marrakech.

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