Le Maroc, un cauchemar pour les pays pétroliers ?

Le Maroc, un cauchemar pour les pays pétroliers ?

Rédigé le 06/08/2019
Larbi Amine

New York : Le Maroc fait mûrir plus rapidement la technologie solaire et son modèle économique, au risque de réduire l’attrait mondial pour les hydrocarbures.



En mai dernier, le Maroc a lancé la construction d’une nouvelle centrale d’énergie solaire, Noor Midelt, pour un montant de 780 millions de dollars.

Selon le magazine texan, spécialiste des affaires énergétiques, Petroleum Economist, cette centrale marocaine est historique, car sa technologie résout le plus gros problème de l'énergie solaire: Comment produire quand le soleil se couche?

En effet, Noor Midelt qui sera construite par un consortium industriel, dirigé par la France, combine deux technologies solaires qui lui permettront de générer de l'énergie de jour et de nuit.

'UN MONDE AVANT ET UN MONDE APRES NOOR MIDELT'

Noor Midelt, qui devrait commencer à produire en 2022, intégrera les technologies photovoltaïques et CSP (Concentrated Solar Power ou centrale solaire thermodynamique à concentration). 



Pendant la journée, deux centrales photovoltaïques, qui transforment la lumière en énergie, généreront 420 MW. Après le coucher du soleil, deux centrales CSP qui après avoir capté durant la journée, la chaleur solaire pour chauffer un sel liquide à plus de 400 c°, prennent le relais et produisent 380 MW. 

Noor Midelt sera bâtie par EDF (France), Masdar (Émirats arabes unis) et Green of Africa (Maroc).

Selon le magazine énergétique américain,  Noor Midelt est un événement déterminant pour le futur du marché énergétique mondial. Le Maroc par son plan solaire fait passer ce secteur à l'âge adulte, au point, indique le mensuel américain,  que Mustapha Bakkoury, directeur de l’agence marocaine pour les énergies durables, ‘Masen’, a eu raison de déclarer :

Il y aura un monde avant et un monde après Noor Midelt. 

De son coté, le turc Fatih Birol, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie – AIE, a salué 'une technologie pionnière' et 'un impressionnant bilan du royaume en matière de développement des énergies solaires'.

UN CAUCHEMAR POUR LES PAYS PETROLIERS

La réussite de l’énergie solaire au Maroc n’est pas que technologique, relève Petroleum Economist, c’est aussi une réussite éco-financière.

Le Maroc a su profiter de l’émergence mondiale du grand souci climatique et qui a poussé nombreuses instances politiques et financières internationales à destiner de larges portions de leurs fonds, au financement des énergies renouvelables.

Ainsi, les énergies renouvelables au Maroc, sont financées par nombreux bailleurs de fonds comme la Banque africaine de développement, le Fonds pour les technologies propres, la Commission européenne, la Banque européenne d'investissement, l’Agence française de développement ou la Banque mondiale.

Le chemin est tout tracé et le modèle est précieux pour tous les pays qui souhaitent marcher sur les pas du Maroc et lesquels, comme le royaume, veulent mettre fin à leur dépendance des fournisseurs étrangers de pétroles et de gaz.

C’est là un fait énergétique aux retombées géopolitiques majeures. Il y a une surabondance de l’offre pétrolière et gazière dans le monde. Et des pays comme ceux de l’OPEP se battent pour réduire l’offre et stimuler la demande afin de soutenir les cours, qui représentent pour la plupart de ces pays, leur unique ressource financière.



Alors si les pays importateurs se mettent à imiter le Maroc et profiter de leur soleil et leur vent pour ne plus dépenser leurs deniers en achat d’hydrocarbures de l’étranger, il risque d’y avoir de plus en plus de pétrole sur le marché et les prix s’enfonceront encore plus.      

Le Maroc réussit et son modèle brille. Et c’est loin d’être une bonne nouvelle pour nombreux pays pétroliers dans le monde.