Comment négocier avec son enfant ?

Comment négocier avec son enfant ?

Rédigé le 29/07/2019
Adam Sfali

New York : Des experts de la négociation internationale, économique et diplomatique, donnent leurs avis.

 



Négocier un contrat commercial de plusieurs milliards de dollars, ou négocier l’issue d’un conflit militaire de plusieurs décennies, pourraient s’avérer beaucoup moins éprouvant qu’une négociation avec son enfant de 5 ans, qui refuse de manger ou de s’habiller pour aller à l’école et dont le seul mot ‘stratégique’ qu’il prononce est : ‘Non’.

Il est plus aisé de négocier avec un homme d’affaire aussi coriace soit-il, ou un ennemi avec lequel on s’est entretué pendant plusieurs années, parce que dans ces cas là, l’autre partie possède une vision large de ses intérêts et a un degré élevé de conscience de soi, ce qui n’est jamais le cas de la plupart des enfants.

Michael Wheeler, expert en négociation internationale et professeur à la Harvard Business School, et Deepak Malhotra professeur à Harvard, qui avait conseillé le gouvernement colombien lors du processus de négociation de la paix avec les rebelles FARC, ont donné quelques techniques à utiliser lors d’une négociation avec son enfant qui ne veut pas manger son repas, sortir en voiture ou aller à l’école.

Selon les deux experts, si lors d’une négociation économique ou militaire il est utile d’établir un rapport de force, de poser des ultimatums ou de se livrer à des manipulations psychologiques, face à son enfant, la démarche devrait être radicalement autre.

Un enfant de 4 - 5 ans peut être très intelligent, mais ceci ne veut en rien dire qu’il a une pleine conscience de ses intérêts. Les parents doivent prendre en compte, que pour les enfants, la lutte de pouvoir, fait partie de leur processus de croissance psycho-émotionnel. Et donc, s’y opposer par des injonctions qui supposent une obéissance, peut être vécu par eux comme une agression.

Aborder un enfant pour le pousser à faire quelque chose, comme manger, s’habiller ou sortir, nécessite de la part des parents une préparation minutieuse. Il faut, expliquent les deux experts américains, que chaque négociation avec son enfant, puisse se dérouler dans une atmosphère paisible. Les parents ne doivent jamais s’irriter et devraient veiller aussi à ne pas stresser leur enfant, avec des voix tendues et des gestes colériques, tout comme Il faut aussi éviter trop de douceur ou trop de câlin lors des négociations.

Et puis, indique les deux experts, il faut prudemment conduire l’enfant à comprendre le principe : ‘Je vous donnerai ceci si vous faites cela’. Mais sans trop y exagérer, car l’enfant pourrait par la suite se mettre à refuser de faire quoique ce soit juste pour obtenir une contrepartie.

L’idéal serait de permettre à l’enfant de participer à l’élaboration de quelques détails. Par exemple on peut imaginer la conversation suivante :

- Mon enfant tu dois t’habiller pour qu’on puise aller faire nos courses .. Quand on sera sur place, que pense-tu qu’on devrait faire ? Aller boire des boissons dans un café ou louer des vélos pour faire une ballade aux alentours ? -

Associer l’enfant à la prise de décision est une option quasi stratégique pour rompre le refus systématique qu’il peut adopter, indique les deux experts.                       

Participer à la prise de décision peut aider les enfants dans leur processus de croissance émotionnelle. Les enfants par exemple, peuvent décider s'ils préfèrent des poires ou des pommes au dessert. Un enfant à l'école primaire peut participer au choix des activités parascolaires…

Si les parents disent - se brosser les dents - et que les enfants demandent - Pourquoi? -, La réponse - Parce que je le dis - envoie une méta-communication indiquant qu'il s'agit d'une demande arbitraire et que l'obéissance est le résultat souhaité.

Non, concluent les deux experts américains, 

il est utile d’expliquer à l’enfant, le plus simplement possible, les raisons de chaque décision.