Le Maghreb a plus besoin d’oppositions fortes que de gouvernements

SWP : Le Maghreb a plus besoin d’oppositions fortes que de gouvernements

Rédigé le 03/06/2019
Larbi Amine

Berlin : ‘‘Les approches occidentales sur le Maghreb souffrent d’un malentendu sur ce que signifie la stabilité dans cette région et risquent de la miner activement.’’



La stabilité dans les pays du Maghreb n’est plus une affaire de gouvernements centraux puissants. Mais désormais une nécessité d’avoir des oppositions politiques fortes et crédibles, capables de canaliser les colères populaires, de négocier des sorties par le haut aux crises et de porter des alternatives viables.   

C’est ce que prône le très influent think tank allemand, ‘Stiftung Wissenschaft und Politik – SWP’.

Le SWP, qui conseille le gouvernement fédéral et le Bundestag (parlement) allemands, ainsi que l’UE et l’OTAN, avait produit à ce sujet, une note d’analyse, intitulée ‘Keine Stabilität in Nordafrika ohne Opposition (Aucune stabilité en Afrique du Nord sans oppositions)’.

Dans cette note, signée par l’expert du SWP, le chercheur en sciences politiques, Max Gallien, a été soutenue une thèse selon laquelle, les puissances  internationales, entendre le BOA - le bloc occidental-atlantiste - comprenant l’UE et les USA, se tromperaient sur leur politique extérieure adoptée vis-vis du Maghreb, en vue d’en assurer la stabilité.

Le Maghreb voisin de l’Europe est perçu, de principe, comme une source de menaces. Et la triste histoire libyenne et ce qu’elle a engendré pour l’UE, comme menaces sécuritaire et migratoire, confirme cette image du Maghreb menaçant.

Pour parer à ces risques, l’occident investit, indique le SWP, dans la promotion de gouvernements maghrébins forts, capables de tenir le statut-quo et d’assurer la sécurité. Or, plaide le think tank allemand, c’est là une politique fausse qui finirait par faire exploser la région maghrébine. Pourquoi ?


DES MOUVEMENTS DE PROTESTATION PLUS DIFFUS ET SANS LEADERS

Selon le SWP, surgissent ces dernières années, en Tunisie, en Algérie et au Maroc, des mouvements de protestations d’un genre nouveau. 

Les réseaux sociaux aidant, les explosions protestataires, socio-économiques au Maroc et en Tunisie et politiques en Algérie, prennent des ampleurs considérables et une caractéristique très dangereuse, de ne pas être encadrées politiquement et dans leurs organisations, par des partis d’oppositions crédibles.

En effet, relève le SWP, au Maghreb, les partis d’oppositions n’existent presque plus, faute de crédibilité et d’assisses populaires. Du coup, s’alarme le centre allemand, en cas de grogne populaire, les gouvernements maghrébins ne trouvent plus d’interlocuteurs crédibles avec qui négocier, ce qui menace, à l’avenir, de faire envenimer les situations de crises, au point d’en arriver aux chaos.

Les perspectives économiques sont instables dans toute l'Afrique du Nord. Si la communauté internationale est véritablement intéressée par la stabilité de cette région, elle devrait se focaliser moins sur la manière de créer des gouvernements forts que sur la protection des espaces dans lesquels une forte opposition représentative peut émerger.

Et le SWP de conclure,

La répression exercée par les États maghrébins sur les mouvements d'opposition ne devrait plus être considérée par l’occident comme un coût nécessaire à la stabilité, mais plutôt comme l'élimination de partenaires essentiels pour la négociation d'un changement.