Energies renouvelables : Une course poursuite pour rattraper le temps perdu

Energies renouvelables : Une course poursuite pour rattraper le temps perdu

Rédigé le 28/06/2019
MAP


Tunis - Après plus de six ans de blocage, la Tunisie semble plus que jamais déterminée à rattraper le grand retard qu'elle a accusé en matière de mise en œuvre de son plan national de promotion des énergies renouvelables.

Le déclic a commencé en 2017, date depuis laquelle le pays s’est doté d’une législation et d’une procédure cadrée pour la fabrication et la vente d’énergies renouvelables. En même temps, deux appels d’offres ont été lancés pour la réalisation de projets d’une capacité de 264 Mégawatts (MW), dans le cadre du système des permis et d’un autre pour la mise en place de 1000 MW, dont 500 MW d’énergie solaire photovoltaïque et 500 MW d’énergie éolienne.

Confrontée à la raréfaction de ses ressources pétrolières, à la baisse de l’activité d’exploration et de forage, suite au départ des compagnies major, à l’aggravation de son déficit commercial, dont le tiers provient des importations énergétiques, la Tunisie s’est trouvée acculée à engager, sans tarder, son Plan Solaire qui fixe un objectif de 30% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique à l’horizon 2030.

Le développement des énergies durables est devenue une option inévitable, dans ce sens que par son biais il sera possible pour le pays de réduire sa dépendance énergétique, de diminuer le coût de l’énergie et baisser l’exposition de la balance de paiement à la fluctuation du prix du pétrole.

Il s’agit également d’une option stratégique pour la Tunisie qui accuse un grand retard vis-à-vis du Maroc qui a réussi à accomplir une importante longueur d’avance avec la réalisation du complexe Noor, l’une des plus importantes réalisations dans le monde avec une capacité de 2.000 MW prévue en 2020.

L’accélération relative observée depuis 2018 dans la mise en œuvre du programme national des énergies renouvelables a été motivée par de nombreuses exigences objectives. En effet, l’évolution du mix énergétique du pays laisse dubitatif. Le pays est entré, depuis quelques années, dans un cycle déficitaire en énergie provoqué par un déséquilibre croissant entre une demande en forte hausse et une production en net déclin, notamment au niveau des énergies primaires.

Entre 2010 et 2018, la production d’hydrocarbures a chuté de 42%, passant de 6,7 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) à 3,9 Mtep seulement. Concomitamment, le déficit commercial du secteur s’est multiplié par 12 et les subventions de l’énergie par trois. Bien plus, le nombre de permis d’exploration a baissé de 52 en 2010, à 21 en 2018. Quant au taux de dépendance énergétique, il a aussi été multiplié par 3 fois, passant de 19% à 47%.

Le pays, devenu net importateur des hydrocarbures, importe la moitié de ses besoins avec une facture de plus de 2,7 milliards de dinars en 2018 (1 euro=3,30 dinars).

Pour l’ancien ministre tunisien de l’Industrie, de l’Energie et des Mines, Kamel Ben Naceur, la Tunisie risquerait une pénurie totale de production pétrolière dans 10 ans.

L’autre facteur à l’origine de l’électrochoc observé par le secteur des énergies renouvelables, se réfère au bilan actuel plutôt morose, avec 97% de l’électricité produite à partir du gaz naturel importé et un déficit énergétique responsable du tiers du déficit de la balance commerciale.

Disposant actuellement, à la fois, d’une vision et d’une stratégie, la Tunisie a pour ambition de produire 30 % de son électricité en énergies renouvelables, dont un peu plus de la moitié via le solaire.

Le programme tunisien d’énergie renouvelable qui permettra la mise en place d’ici à 2030, de 3500 MW de centrale de renouvelables devrait ramener la part des énergies renouvelables de 3% aujourd’hui à 12% en 2020 et 30% en 2030.

Ce programme qualifié d’ambitieux, mais possible exigera néanmoins des acteurs concernés publics et privés d’accélérer le processus de mise en œuvre du Programme Solaire Tunisien pour atteindre ces objectifs.

Selon certains économistes, cet appel semble être entendu d’autant plus qu’un programme d’accélération des projets de production d’électricité à partir des énergies renouvelables (2017-2022), prévoit l’augmentation des capacités de 200 MW à 1 000 MW, pour les projets lancés en 2018, dans le cadre du régime des concessions (secteur privé) ainsi que l’accélération de la mise en œuvre du Programme Solaire Tunisien par la réduction des délais.

A la faveur de ce programme d’accélération, la capacité totale additionnelle à court terme devrait passer de 1000 MW à 1840 MW pour les projets déjà lancés en 2018, ce qui représenterait environ 22% dans le mix énergétique à l’horizon 2022, contre 2,4% en 2018. Il faut noter que ce programme qui a mobilisé un investissement additionnel de l’ordre de 2 milliards de dollars prévoit une composante maîtrise de l’énergie à travers un Programme solaire photovoltaïque social qui prévoit notamment le remplacement des lampes à incandescence par des lampes LED, l’Isolations des toitures des logements "Promo-Isol", la rénovation du réseau d’éclairage public et un programme d’installation solaire photovoltaïque dans les bâtiments publics.

Pour le ministre tunisien de l’Industrie et des PME, Slim Feriani, "aujourd’hui, avec la vitesse où vont les choses, nous pourrons accélérer l’atteinte de cet objectif. Nous pensons pouvoir mettre les 3.500 MW en place bien avant 2030", une accélération qui ne rime pas tout le temps avec la levée de tous les obstacles ou l’existence d’une parfaite régulation du secteur.

L’ex ministre de l’Equipement, Hédi Larbi, pointe du doigt l’absence de politiques publiques cohérentes, des institutions organisées et des cadres compétents en matière d’élaboration et d’analyse des politiques publiques.

Pour lui, la volonté affichée de favoriser la transition vers le renouvelable est en train de rencontrer un sérieux écueil.

Il estime que la politique fixée dans ce domaine manque de clarté, soutenant que "la suppression en 2018 du ministère de l’Energie et des Mines qui avait tracé les contours d’une transition énergétique a complètement sapé l’espoir de redresser la situation".

D’une manière générale, la mise en œuvre de ce programme important nécessite plus que jamais l’élaboration d’un code des énergies renouvelables et la mise en cohérence de l’ensemble des législations ayant un lien avec le développement du renouvelable.

Il est question également, de créer un organisme de régulation pour les secteurs de l’électricité et du gaz, pour encadrer la coexistence de promoteurs privés d’énergie renouvelable, de producteurs indépendants d’électricité (IPP) et d’auto-producteurs.