Criminalisation du sida. Le Maroc sur une bonne voie ?

Criminalisation du sida. Le Maroc sur une bonne voie ?

Rédigé le 10/06/2019
Adam Sfali

Londres : Un véritable travail pédagogique, auprès des magistrats et des policiers marocains, permettrait d’améliorer la situation en cette matière au royaume.



La criminalisation du sida concerne les affaires dans lesquelles une loi pénale générale ou spécifique, est appliquée pour inculper des personnes vivant avec le sida, pour des délits de non-divulgation de leur séropositivité à leurs partenaires, ou bien pour transmission du virus lors de rapports sexuels non protégés, de transfusions sanguines, ou même, dans certains cas extrêmes, d’une mère à son bébé.

Un réseau international portant le nom de ‘HIV Justice Network’, lutte contre cette criminalisation du sida et il vient de publier son 3e rapport mondial sur ce sujet, qui donne lieu à un âpre débat de part le monde, entre ceux qui défendent qu’une non divulgation de la séropositivité à un partenaire, peut être considérée comme un acte répréhensible de mise en danger d’autrui et que par conséquent elle devrait être punie, et ceux, en face, qui estiment que le sida est une maladie et non un crime et qu’il revient à un Etat et à la société d’opérer des programmes de sensibilisation et d’éducation, afin d’endiguer la propagation de l’infection loin de toute judiciarisation.

Dans son rapport intitulé, Advancing HIV Justice 3 : Growing the global movement against HIV criminalisation, HIV Justice Network a déploré une aggravation des volumes des cas de criminalisation du sida dans nombreuses régions dans le monde, notamment en Afrique.

Si certains pays comme le Maroc, appliquent leur loi pénale générale, à ces cas de figure, d’autres pays se mettent à légiférer des lois pénales spécifiques à la criminalisation du sida, en vertu desquelles, des peines lourdes peuvent être appliquées aux personnes séropositives qui ne divulguent pas leur infection à leurs partenaires, et il y a même des cas extrêmes de mères inculpées pour avoir transmis le sida à leurs bébés.



Selon ce rapport, il existe 15 points chauds de criminalisation du sida dans le monde : Biélorussie, Tchéquie, Nouvelle-Zélande, Canada, Suède, Russie, Taiwan, Ukraine, Australie, Suisse, Angleterre, Kazakhstan, USA, France et Italie.



ET AU MAROC ?

Selon HIV Justice Network, le royaume serait sur une bonne voie. Et la société civile y est pour beaucoup ainsi que grâce à des bonnes réactivités et disponibilités des autorités judiciaires et sécuritaires.

HIV Justice Network a indiqué dans son rapport, que le Maroc est en phase d’améliorer le traitement de ces cas en justice et en pré-justice, grâce au développement de jurisprudences à même de,

limiter l'application trop large de la loi, grâce à la reconnaissance des connaissances scientifiques actualisées relatives au VIH et sur les risques réels de transmission.

Le rapport note ainsi, que les magistrats et les policiers marocains interagissent à ce sujet avec la société civile, et un programme pédagogique a même été organisé, à leur bénéfice, par l’ALCS (Association de lutte contre le sida).

 



Grace à ces efforts, conclut le rapport, le Maroc figure dans une liste mondiale très restreinte de pays où la situation s’améliore, au coté de la Finlande, l’Allemagne, la Grèce et la Suède.