La Charia précoloniale plus tolérante

La Charia précoloniale, était-elle plus tolérante que celle d’aujourd’hui ?

Rédigé le 30/05/2019
Larbi Amine

New York : La charia dans le Maroc précolonial, était une charte éclairée de justice pour tous ensembles, musulmans et juifs.



La charia en islam, représente diverses normes et règles doctrinales, sociales, cultuelles et relationnelles édictées par la révélation. Elle codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman, ainsi que les interactions sociales. Le niveau, l’intensité et l’étendue de son pouvoir normatif varient considérablement sur les plans historiques et géographiques.

Selon la chercheure américaine, Jessica Marglin, professeure des religions à l’école ‘Dana and David Dornsife College of Letters, Arts and Sciences’ de la ‘University of Southern California’, la Charia ne peut être considérée comme un bloc législatif unique, immuable et rigide.

Au contraire de ce que suggèrent certaines images stéréotypées, produites en occident et dans certains pays musulmans, comme l’Arabie et plus récemment Brunei, la charia, explique Pr Marglin, est une tradition complexe, avec de multiples interprétations :

La charia s'est développée en un corpus tentaculaire de textes et de sources d'autorité, souvent assez indépendantes de l'État.

La charia, a-t-elle ajouté, est plus une accumulation de jurisprudences qu’une référence à un texte de loi originel statique. Les juristes musulmans ont pris des décisions différentes quant au mandat de la tradition dans une affaire donnée, bénéficiant ainsi de la formidable diversité législative qu’offrent les quatre écoles sunnites de droit islamique et la multitude des courants chiites.

UNE CHARIA PRECOLONIALE PLUS TOLÉRANTE 


Pr Jessica Marglin, qui a effectué plusieurs travaux de recherche, sur le droit musulman et ses évolutions historiques, et qui a signé récemment, à ce sujet, un article sous le titre, ‘Harsh punishments under Sharia are modern interpretations of an ancient tradition’, a indiqué que vu sa caractéristique de code ouvert aux multiples interprétations et s’adaptant facilement aux circonstances diverses, la charia était une loi plus tolérante, durant la période   pré-moderne.

Plus encore, elle permettait, du faite de sa grande ouverture, de cohabiter avec d’autres sources de législation, notamment en matière de droit pénal.

Les tribunaux de la charia se concentraient d’avantage sur des questions telles que les contrats, les dettes, le mariage, le divorce, les hypothèques et autres questions de droit civil de tous les jours. 

Jessica Marglin, en dit :       

Mes propres recherches sur le droit dans le Maroc précolonial montrent que tout le monde - musulmans et juifs - utilisait les tribunaux de la charia, qui visaient principalement à veiller à ce que les débiteurs paient leurs dettes.

Cela était en partie dû au fait que la charia, en matière de crimes, exigeait des normes de preuve très élevées au point que les condamnations étaient presque impossibles.

C’est le cas dans les délits comme l’adultère où l’accusation d’homosexualité. La charia, pour toute inculpation, exige les témoignages de quatre témoins en même temps et une kyrielle d’autres types de preuves, généralement impossibles à produire.

Donc, contrairement aux idées reçues et aux tristes tableaux peints de l’Islam, en occident et à cause des méfaits de certains pays du golfe et des groupes radicaux comme daech ou Al Qaida, la charia n’est pas, les décapitations à tout va et les milices de la bonne vertu, cravachant les passants dans les rues.

QUAND LA POLITIQUE S’EN MELE



Alors que s’est-il passé pour que l’image de la charia, à l’époque contemporaine, soit si dégradée et que sa pratique soit si associée à la violence et l’intolérance ?

Pour Jessica Marglin il y a une seule réponse à cette question: L’Islam politique.

Selon elle, la pratique de la charia s’est raidie lorsque certains courants musulmans du 20e siècle, ont voulu y appliquer une interprétation moderne. 

Des groupes idéologiques comme les frères musulmans, radicaux comme Al Qaida et Daech, et des Etats musulmans postcoloniaux, comme certaines pétromonarchies du golfe, en mal de légitimité étatique-nationale, ont politisé l’Islam pour se légitimer. Et ils ont ainsi détourné la charia, par le biais de lectures volontairement rigoristes, voire violentes, afin d’asseoir leurs pouvoirs. 

Ce qu’ils appellent un retour aux valeurs originelles de l’Islam, conclut Jessica Marglin, est en fait,

une approche particulièrement moderne du droit islamique, typique de l’islamisme .