Le décès d’Idya : quand l’indécision rencontre la déficience

Idya est un joli mot qui sonne doucettement comme une note de musique proposée par une goutte d’eau qui tombe au petit matin dans une oasis de Tinghir. Idya, c’est un sourire qui illumine le visage d’une petite fille de trois ans. C’est un mot ancien (Idea) qui renvoie à une forme accomplie, aux concepts d’idée et d’idéal ; celui de justice et d’égalité. Mais dans un village de Tinghir, le nom Idya renvoie à un drame humain et symbolise l’échec de tout un système sanitaire, économique et social, indigne de notre époque.

« Idya est morte mardi à Fès à 9 heures du matin à 470 km de Tinghir (…). On assassine nos enfants ». Cette phrase terrible condense tout le drame qui a frappé dans sa chair la famille d’Idya. Elle exprime la colère et la douleur d’un homme qui pointe avec force les injustices et les exclusions dont sont victimes, au-delà de Tinghir, les habitants de centaines de villages enclavés et ignorés des sphères de décision et de pouvoir.

La colère est certes mauvaise conseillère. Nul doute, il y a dans ce pays, terre de contrastes et de lumières, des femmes et des hommes d’honneur, de sagesse et de devoir. Des instituteurs fidèles à leurs métiers, des administrateurs consciencieux et des médecins respectueux de la déontologie médicale telle que l’avait enseignée il y a des siècles (IVe siècle av. J.-C.) un médecin grec, Hippocrate. Mais, tant que des Idya meurent à Tinghir ou ailleurs faute de soins, tant que des femmes enceintes décèdent sur des chemins caillouteux et impraticables ou aux portes d’un hôpital public, misérable et en décrépitude, tant que des enfants meurent du froid et de la faim là-haut dans l’Atlas, point de retenue pour dénoncer les « planqués » et les incompétents, fussent des Ministres, des parlementaires ou élus locaux. Point de réserve pour leur signifier que leur vision, leur gestion et leur politique fallacieuse ne génèrent que de l’injustice et de l’inégalité entre les êtres et les territoires.

Le pays a perdu plus de cinq mois à cause de gens obstinés, de politiciens habiles manœuvriers et de luttes insensées pour des strapontins ministériels. Mais finalement, toute raison gardée, à quoi sert tout ce tralala si en 2017 les notions de bonne gouvernance, d’équité et d’égalité des marocains devant la loi, de justice économique et sociale, ne sont que des slogans vides de sens ?  A quoi rime toute cette agitation qui accompagne la formation du gouvernement puisque tous ces Ministères, (Santé, Equipement et Transport, Aménagement du territoire national, éducation), tant convoités par les écuries partisanes, ont montré, dans un passé récent, les limites de leur efficacité au service de l’intérêt général et failli à leur mission principale : désenclaver et développer des territoires, soigner et créer les conditions propices pour une éducation de qualité et un emploi digne ? A quoi servent tous ces chefs de partis, ces Ministres, ces parlementaires, ces autorités territoriales et régionales si des villageois souffrent de l’isolement, de l’oubli, du froid et de la faim ou meurent dans nos montagnes et nos campagnes faute de soins ?

Que la petite fille Idya soit bénie et qu’elle repose en paix.

Mais, que ce nouveau drame humain serve à tous de leçon. Qu’il soit transcrit et cité comme le symbole de l’échec d’un modèle de gouvernance, décalé, exclusif, approximatif et autocentré (on prend les mêmes et en recommence), qui n’a plus lieu d’être.

Mohammed MRAIZIKA
Docteur en Histoire (EHESS-Paris)
Diplômé de Philosophie Morale et Politique (Sorbonne IV)
Consultant en Ingénierie Culturelle. Conférencier. Auteur, CIIRI-Paris

 

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