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Abderrahman Benhamza - publié le Vendredi 8 Janvier à 10:53

Y a-t-il une crise de l’art au Maroc ?






Abderrahman Benhamza
Abderrahman Benhamza
Une question qui sonne à l’oreille comme une vérité banale (un truisme), tant cela est ressenti fâcheusement par la majorité des artistes, grands et petits. Mais elle mérite d’être posée, ou reposée, ne serait-ce que par curiosité.

En la posant, nous ne pensons pas aux galeries qui ont fermé depuis longtemps, transformées par le hasard des circonstances en bonneteries, en quincailleries ou merceries locales ; nous ne pensons pas non plus à celles qui ne fonctionnent plus dans les règles et selon les objectifs tracés au départ : prise en charge du catalogue, du buffet, de la correspondance électronique ou par la poste, moyennant un pourcentage sur des ventes éventuelles, qui peuvent aller jusqu’à 40, services et impôts inclus ; ni aux galeries qui ne jouent plus leur rôle de défricheurs de talents, se contentant de s’occuper de leur écurie (si nous excluons celle d’almazar à Marrakech, qui se bat contre vents et marées, grâce au courage et à la pugnacité de son gérant M. Chalal).

Que se passe-t-il donc dans ce domaine il n’y a pas longtemps si prometteur ? Il y a dans l’air comme une sorte de saturation, d’étouffement. Même les collectionneurs, facteur incontournable de l’épanouissement à ce propos, semblent s’être retirés d’un territoire qu’ils croyaient vaste et fertile. Crise financière alimentée de soupçons internationalisés d’une donne commerciale (cela va de soi) dont les fils se sont emmêlés !? Seuls quelques noms souvent anciens, pris pour des valeurs sûres, continuent de trouver crédit auprès des amateurs. Ce n’est pas suffisant. L’argent comme moyen d’investissement et moteur de développement aurait-il changé son cours vers d’autres secteurs plus alléchants, comme l’immobilier par exemple ? L’œuvre d’art, quelle que soit son excellence, n’invite plus à délier la bourse des riches, qui n’y voient plus qu’un miroir aux alouettes. Pourtant, les expositions continuent leur train, celles de jeunes, de femmes, de vétérans, surtout celles collectives considérées plus confiantes paraît-il, compte tenu du nombre ( !) et moins risquées côté organisation et dépenses. Pourtant aussi, le ministère de la Culture réserve aujourd’hui une part non négligeable de son budget, allouée à la promotion de la chose artistique et culturelle, ce qui ne se faisait pas avant. Enfin, les ventes aux enchères se tiennent assez régulièrement et capitalisent à qui mieux mieux sur des profils solubles et des signatures avérées. Mais ça s’arrête là. Comme si l’histoire de la création était un dossier fini pour certains et que tout talent nouvellement déclaré dépendait, pour sa reconnaissance, de ce qu’en dira un avenir plus ou moins flou. Or, c’est souscrire à des idées peu éclairées et peu citoyennes que de toujours n’honorer que les noms ayant un parcours édifiant et une cote établie, partant c’est pousser les prétendants à la création à une prise de conscience malheureuse de l’inanité (possible !) de ce qu’ils font. Cela pourrait les conduire tout droit à la déception et au silence, ou à verser dans des pratiques picturales alimentaires sans surprise, donc à se changer en flatteurs bassement mercantiles au service d’une caste de nantis qui les achèterait par charité si ce n’est pas calcul, et cela est arrivé et continue de l’être, malgré les beaux discours critiques à motivation civique, formulés à leur sujet mais qu’une presse émasculée ne daigne pas recevoir comme ils le méritent, leur préférant des approches factuelles sans profondeur..

Une crise de l’art due non pas exactement à une situation économique en difficulté, mais surtout à ce qui n’arrête pas de se colporter au sujet de l’art, en-deçà comme au-delà des frontières et, de façon flagrante, aux changements d’humeur impayables des intermédiaires.

Où est passé cet engouement d’antan pour l’œuvre d’art, maintenant qu’il y a une plate-forme sociale positive qui met en valeur l’artiste et son statut ? Maintenant qu’il y a un musée national d’art contemporain : institution officielle de proximité et symbole de la vitalité de la création plastique au Maroc ? La crise de l’art dont nous parlons est une fausse crise d’argent, non de talent ni de tendances. L’achat des œuvres, même rares, continue de se faire, mais en vase clos, entre gens connaisseurs sous forme d’échanges avec bénéfice à l’appui. Par contre, la demande est quasiment nulle quand il s’agit d’expositions publiques où à peine deux ou trois pièces arrivent à trouver preneur, bien sûr après maintes tergiversations stressantes… Ce qui n’est guère encourageant. Il faut dire que, dans ce sillage, le goût n’y est plus tellement, qui enthousiasmait et tirait à conséquence. Même le mécénat, particulier ou d’Etat, semble démotivé ces derniers temps, s’il ne joue pas le jeu en débrouillant d’étranges allégations, pour s’excuser…

En attendant, l’ambiguïté règne sur un marché qui, abstraction faite de tout arrivisme, a pourtant montré les meilleures volontés du monde pour un bon démarrage, mais dont la fièvre est maintenant complètement retombée. C’est que les collectionneurs doivent sans doute revoir leurs comptes et, éthique oblige, doivent penser à trouver une solution à ce travers si tentateur et qui sévit, et qui s’appelle « la spéculation », une spéculation où le faux a fait un trou grand comme ça !



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