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David Cortright - publié le Vendredi 5 Avril à 21:29

Washington-Kaboul: un partenariat pour la paix s’impose






Washington-Kaboul: un partenariat pour la paix s’impose
Notre Dame (Indiana) – Lors d’une conférence de presse donnée le 11 mars 2013 à Kaboul, le président afghan Hamid Karzaï a accusé les Etats-Unis de travailler avec les talibans afin de saper son gouvernement et de maintenir l’Afghanistan dans un état instable, à seule fin de justifier le maintien des troupes sur place. Accusation qui eut le don d’irriter Washington et qui fut promptement rejetée. Il n’en reste pas moins que l’indignation monte dans les milieux politiques et dans la société civile, qui voient les Etats-Unis agir au détriment des civils et de la souveraineté afghane.

Malgré ces difficultés, Washington et Kaboul pourraient raccommoder la brouille en abandonnant leur stratégie de guerre au profit d’une recherche de paix et de stabilité dans ce pays.

Il faut bien sûr rappeler que les deux gouvernements ont en commun de nombreux intérêts qui définissent leur partenariat. Dans une déclaration commune du 11 janvier 2013, les présidents Obama et Karzaï réaffirmaient leur engagement commun envers la recherche de la paix, la consolidation des institutions démocratiques et la création d’un pays sûr et stable, capable de se développer au plan économique et social.

Il est possible de réaliser ces objectifs partagés, encore faudra-t-il repenser radicalement l’éventuel règlement de paix et, surtout, ne pas lui opposer de résistance.

Les deux présidents ont déjà appelé de leurs voeux un règlement politique de la guerre. Tous deux souscrivent au principe d’une paix négociée, mais ni l’un ni l’autre n’y mettent beaucoup d’enthousiasme ni d’efforts pour se rapprocher des rebelles. Si les talibans et autres groupes rebelles étaient au départ favorables à des négociations de paix, ils ont depuis renoncé à ce processus, exigeant que les Etats-Unis, en vertu de leur promesse, relâchent les prisonniers talibans de Guantanamo.

Un modèle envisageable a été ébauché sur recommandation du Groupe de Crise International et de la RAND Corporation. Dans des rapports datant de 2011 et 2012, ces deux organisations recommandaient la création, sous la bannière des Nations Unies, d’une équipe de médiation de haut niveau acceptable par toutes les parties. L’ONU est probablement la seule organisation dotée d’une force politique suffisante pour parvenir à un accord de paix. Certes, ces rapports fixaient le délai d’application de ces recommandations au début de l’année 2013, mais il n’est pas trop tard.

Un processus de paix total pourrait commencer par des mesures de consolidation de la confiance à différents niveaux, aboutissant à un règlement politique négocié faisant intervenir toutes les parties prenantes dans le pays, y compris les minorités ethniques et la société civile.
Ces dernières devront être présentes dès le début, afin de créer une acceptation généralisée des conditions et d’augmenter ainsi les chances de réussite. Washington et Kaboul, de concert avec l’ONU, pourraient commencer à repérer les membres de l’équipe de médiation qui seraient acceptés de part et d’autre, et qui seraient capables de faire participer toutes les parties prenantes.

Si un accord de paix est obtenu, il aura besoin du soutien de forces de maintien de la paix de pays tiers. Le maintien de la paix, contrairement à un règlement de paix, suppose la présence d’une tierce partie neutre, généralement sous l’autorité des Nations Unies, qui peut créer sur place les conditions de la paix, à commencer par la vérification du retrait des combattants des zones de conflit, la surveillance des élections et l’acheminement de l’aide à la reconstruction. On a pu constater, dans le cadre d’autres règlements, Cambodge et Libéria en particulier, que la présence d’équipes de maintien de la paix neutres accroît considérablement les chances d’une paix durable.

Cette force de maintien de la paix pourrait être composée de troupes placées sous commandement musulman, ainsi que le souhaitent les talibans. En effet, une force de maintien de la paix sous commandement musulman aurait plus de chances de succès, vu l’intensité de l’hostilité envers les puissances occidentales qu’a suscitée l’histoire récente de l’Afghanistan. Les responsables indonésiens que j’ai sondés à ce sujet disent que Djakarta serait prête à jouer ce rôle, à condition que cette force soit placée sous l’autorité de l’ONU et bénéficie du consentement de toutes les parties afghanes.

En soutenant des négociations pour un accord de paix total sous l’égide des Nations Unies et en travaillant avec l’Indonésie et d’autres pays majoritairement musulmans pour créer une force intérimaire de maintien de la paix, Washington et Kaboul pourraient construire un partenariat plus stable et plus pérenne. Ils auraient tout à y gagner. Les Etats-Unis pourraient retirer leurs effectifs sans compromettre la sécurité de la région, tandis que l’Afghanistan y gagnerait en souveraineté et en espoirs de paix.

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* David Cortright est le directeur des Etudes Politiques à l’Institut Kroc d’études de paix internationale de l’Université de Notre Dame. Article écrit pour
Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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