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par Abbas Barzegar - publié le Vendredi 17 Décembre à 06:00

Vulnérabilité des jeunes musulmans : le défi de la contre-radicalisation

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Atlanta (Géorgie) – Beaucoup d'entre nous sont encore abasourdis par l'étrange nouvelle de l'arrestation, survenue le 25 novembre dernier, de Mohamed Osman Mohamud, un citoyen américain d'origine somalienne, âgé de 19 ans, après qu'il ait tenté de faire exploser une bombe à Portland, dans l'Oregon, lors de la cérémonie de la mise en lumière de l'arbre de Noël. Sans tenir compte des questions relatives à la nature de l'implication du FBI dans cette affaire, il apparaît qu'en dépit des centaines de millions de dollars consacrés aux programmes de contre-radicalisation aux Etats-Unis, en Europe et dans les pays à majorité musulmane à travers le monde, de jeunes Américains en apparence équilibrés soient, une fois de plus, prêts à exécuter un effroyable acte de violence.

Si les stratégies visant à empêcher la violence terroriste sont supposées être efficaces, il nous faut examiner avec attention leurs forces et leurs faiblesses.

Tandis que les voix d'Oussama ben Laden et d'Ayman al-Zawahiri se sont estompées, ce nouveau mouvement de jeunes à risque trouve son inspiration dans les propos tenus par des gens comme l'idéologue religieux Anwar al-Awlaki. Malgré leur petit nombre et le manque de partisans traditionnels, les extrémistes comme Anwar al-Awlaki influent de manière disproportionnée sur le discours relatif aux relations islamo-occidentales. La plupart du temps, en effet, leurs actes de violence font les manchettes des journaux et offrent des arguments aux opportunistes politiques déterminés à rendre les relations entre le monde musulman et le monde occidental encore plus compliquées.

Dans un effort visant à lutter contre l'influence des idéologues extrémistes, un groupe de dirigeants musulmans à travers le monde est apparu, menant d'actives campagnes pour arracher l' « islam » du « terrorisme musulman ». Ils cherchent à faire comprendre que ces actes de violence sont non seulement odieux sur le plan moral mais qu'en plus ils violent ostensiblement les principes et le droit islamiques.

Il y a quelque mois, par exemple, un groupe international d'érudits musulmans s'est rassemblé à Mardin, en Turquie, pour réfuter publiquement la terrible fatwa (opinion juridique non contraignante) du religieux Ibn Taymiyyah du XIVème siècle qui dicte le recours à la violence contre les dirigeants non-musulmans. A plusieurs reprises, les extrémistes ont eu recours à ladite fatwa pour justifier leurs actions.

De même, plus tôt au cours de l'année, l'érudit Mohamed Tahir ul-Qadri a publié une fatwa de 600 pages dans laquelle il condamne « le terrorisme islamiste ». Se fondant sur des sources et méthodologies traditionnelles, les universitaires comme Mohamed Tahir ul-Qadri espèrent briser le monopole que les idéologues violents ont imposé autour du discours sur les relations entre le monde musulman et le monde occidental.

Les gouvernements, les groupes civiques et les dirigeants musulmans à travers le monde ont soutenu ces efforts de plusieurs manières. Au Royaume-Uni, par exemple, la Radical Middle Way et la Foundation Quilliam ont cherché à instruire le public sur l'islam, tout en favorisant une identité islamo-britannique pour les jeunes. Elles ont entrepris cette tâche avec l'aide d'éminents chefs musulmans comme Hamza Yusuf et Abdul Hakim Murad.

S'il faut applaudir ces efforts, beaucoup néanmoins n'ont pas répondu aux attentes du fait de leur orientation largement non-politique. Si la déradicalisation des jeunes musulmans potentiellement violents et la dissuasion de l'extrémisme religieux sont les objectifs poursuivis, comment ces approches peuvent-elles atteindre leur audience cible sans offrir une soupape de sécurité valable dans le monde profondément perturbé que nous connaissons aujourd'hui? Comment un tel programme peut-il influencer le contestataire et le rebelle et empêcher l'extrémisme?

Pour la plupart des gens, il est évident que les actes de violence, commis par des groupes comme Al Qaïda et leurs sbires locaux, sont d'origine politique enveloppés d'une idéologie religieuse. Aujourd'hui par exemple, les frappes de drones mal orientés au Pakistan qui tuent des innocents parmi les femmes et les enfants et l'oppression apparemment sans fin des Palestiniens rendent les jeunes musulmans furieux. L'Afghanistan et la Somalie, aujourd'hui points chauds des terroristes, n'ont d'Etat que le nom depuis deux générations. Dans ces pays, les jeunes n'ont connu que les conflits sociaux, la guerre et les promesses non tenues de la communauté internationale.

Ces conditions difficiles alimentent l'extrémisme. Néanmoins, les programmes de contre-radicalisation évitent souvent les conversations politiques directes et délicates. En revanche, ils accordent une importance excessive aux sujets comme le testament multiculturel de Cordoue en Espagne, les enseignements spirituels des sages soufis et les réalisations scientifiques de l'islam médiéval.

Les dirigeants musulmans et leurs alliés au sein des gouvernements et de la société civile ne doivent pas se contenter de simplement encourager le modèle du « bon musulman » et de favoriser les actes dignes du bon citoyen, comme la charité et les services à la communauté. Ils doivent se rendre compte que les histoires de waterboarding et les images d'Abu Ghraib auront une influence bien plus grande sur la formation des perceptions politiques des jeunes musulmans que les mots de paix du président Barack Obama ou les déclarations interreligieuses des clercs musulmans.

Si les dirigeants musulmans sont supposés guider les jeunes vers une cause religieuse opposée à la violence et à l'extrémisme, ils doivent aussi être encouragés à dire la vérité en matière d'injustice politique, véritable facteur alimentant l'extrémisme. En ignorant cet appel, les dirigeants musulmans et leurs alliés ne seront pas seulement considérés, par leur audience cible, comme de simples marionnettes au service des gouvernements occidentaux mais ils feront tomber de force ces masses mécontentes dans le monde obscur de l'extrémisme du cyberspace et dans les bras d'individus comme al-Awlaki.

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*Abbas Barzegar est professeur adjoint d'islamologie dans le département des Etudes religieuses à la Georgia State University et co-auteur de l'ouvrage intitulé Islamism: contested Perspectives on political Islam (Stanford University Press, 2009). Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 17 décembre 2010, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=289...


Tagué : cgnews

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