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Jawad KERDOUDI - publié le Mercredi 6 Février à 15:40

Visite de Hollande au Mali Quels enjeux ?




Le 11 Janvier 2013 François Hollande Président de la République française avait pris la décision d’une intervention militaire au Mali. Cette intervention faisait suite à la prise par les islamistes de la ville de Konna à 700 km au Nord de Bamako, et à l’appel du Président malien Dioncounda Traoré, dont le sud du pays était menacé par des terroristes islamistes. Cette décision était également conforme à la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant une opération militaire au Nord du Mali.



Jawad Kerdoudi Président de l’IMRI*
Jawad Kerdoudi Président de l’IMRI*
En trois semaines, l’armée française aidée de soldats maliens a stoppé l’avancée des islamistes, et reconquis plusieurs villes du Nord du Mali dont Gao, Tombouctou ainsi que l’aéroport de Kidal. Malgré leurs promesses, les armées africaines de la CEDEAO n’ont pas participé à cette première opération militaire. De son côté, l’Union européenne tout en approuvant l’intervention française au Mali n’a pas envoyé de soldats au Mali.

Quant aux Etats-Unis, ils ont fourni des renseignements à la France, et mis à sa disposition des moyens de transport et de ravitaillement en vol. La non-intervention armée de l’Union européenne et des Etats-Unis peut s’expliquer par le fait qu’ils considèrent que la France est la plus habilité à intervenir en Afrique pour des raisons historiques et militaires (présence de bases militaires françaises en Afrique). Les 3.500 soldats français aidés de 1900 africains, par des frappes aériennes, des parachutages, et le déploiement de véhicules blindés, ont pu chasser les islamistes vers le Nord du Mali.

Le 2 Février 2013, François Hollande a décidé de se rendre au Mali pour féliciter l’armée française, et rencontrer les dirigeants et la population malienne. Son périple d’une journée lui a permis de visiter Sévaré, Tombouctou, et Bamako la capitale. Il était accompagné de trois ministres : affaires étrangères, défense, mais aussi développement pour montrer que l’action de la France n’est pas uniquement sécuritaire. A Tombouctou, il a tenu à visiter l’Institut où sont conservés des manuscrits millénaires, dont certains ont été détruits par les islamistes. Il y a lancé un appel aux pays africains pour assurer la relève de l’armée française, et incité le peuple malien au dialogue et à la réconciliation. Il a mis en garde les militaires contre les exactions et la violation des droits de l’homme vis-à-vis de la population civile.

A Bamako, dans le discours à l’Ambassade de France, François Hollande a rappelé que le motif de l’intervention militaire française était le combat contre le terrorisme et la sauvegarde de la stabilité du Mali et de toute l’Afrique de l’Ouest. Il a ajouté que la France restera le temps qu’il faudra mais n’a pas vocation à rester. Il a indiqué que le terrorisme a été repoussé, chassé, mais n’a pas encore être vaincu. Il a enfin avoué qu’il venait de vivre la journée la plus importante de sa vie politique. Durant sa visite au Mali, François Hollande a reçu les remerciements chaleureux des dirigeants maliens, ainsi qu’un véritable triomphe de la part de la population malienne qui n’a pas ménagé ses vivas et lui a offert des cadeaux symboliques.

Les enjeux de cette visite de François Hollande au Mali sont multiples. Il a tout d’abord tenu à féliciter sur place l’armée française pour son intervention efficace. Il a lancé un appel aux Etats africains de CEDEAO pour assurer la relève. Ceci est très important, car la France ne peut pas maintenir un corps expéditionnaire au Mali pendant des mois, étant donné le coût financer et politique. On peut regretter depuis le déclenchement de la crise du Mali en Janvier 2012, la passivité des autorités africaines à réagir concrètement à cette crise. Le CEMOC commandement régional intégré qui était constitué de l’Algérie, de la Mauritanie, du Niger et du Mali n’a entrepris aucune opération sur le terrain.

De même, la CEDEAO malgré de multiples promesses a été incapable de mettre rapidement sur pied une force armée combattante. Un autre solution à l’ordre du jour actuellement, consisterait au déploiement de « Casques bleus » de l’ONU dans la région. En tous cas, après le départ des français, une présence armée étrangère serait nécessaire pour stabiliser le pays. Le Président français a demandé aux dirigeants maliens d’initier le dialogue et la réconciliation.

Ceci est également très important, car même après l’éradication des terroristes islamistes, se posera le problème des revendications des Touaregs qui souhaitent l’indépendance de l’Azawad. Certes comme il l’a dit lui même, le travail n’est pas terminé et beaucoup d’efforts sont encore nécessaires. Un autre enjeu sensible est le sort des sept otages français enlevés dans le Sahel, et qui se trouveraient au Nord-Est du Mali. Deux scénarii sont possibles : le plus heureux serait la libération de ces otages par les terroristes pour sauver leur vie, le pire serait l’exécution des ces otages par les ravisseurs pour se venger de l’intervention française. Dernier enjeu enfin : la position de la France en Afrique. Sans vouloir rechigner sur la vocation humanitaire de l’intervention française, cette dernière a également pour but de protéger les intérêts et la population française vivant en Afrique occidentale.

Force cependant de constater que cette intervention militaire de la France au Mali est un succès personnel pour François Hollande. Il a balayé l’image d’un responsable politique faible et indécis qui lui était accolée. Cette intervention lui a permis d’acquérir le statut d’un Chef d’Etat respecté tant en Europe que dans le monde. Il est difficile pour le moment d’évaluer l’impact de cette intervention sur la politique intérieure française tant les problèmes de l’Hexagone sont multiples et variés. Les prochains sondages de popularité donneront un indice utile à ce sujet.

* Président de l’Institut Marocain des Relations Internationales (IMRI)
Source : Syndication Marance.info (La Chronique de l'IMRI )



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