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Farahnaz Zahidi - publié le Samedi 5 Octobre à 16:49

Violence au Pakistan : la solution passe par la collaboration et non pas par le soufisme






Farahnaz Zahidi
Farahnaz Zahidi
Karachi – L’idée de contrer les actes de violence – tels que l’attentat-suicide de l’Eglise de Tous-les-Saints à Peshawar – à travers une croyance, une philosophie ou une idéologie est difficile à accepter. Pourtant, ces dernières années, de plus en plus de Pakistanais se réfugient dans le soufisme, considérant ce mouvement mystique comme la solution à l’extrémisme.

Le soufisme est souvent défini comme un courant mystique ou spirituel islamique, mais c’est là une définition trop simpliste, car il s’agit d’une école de pensée plus vaste et plus profonde que cela. Ce qui est certain, c’est que ce mouvement véhicule un véritable message d’amour, de paix et de tolérance.

Mais constitue-t-il une vraie solution face à la violence de l’extrémisme qui sévit actuellement au Pakistan ? Est-il le chaînon manquant dans le processus de paix interne dont nous avons tant besoin ? En cette période de troubles, de nombreux Pakistanais se réfugient dans la pensée des saints soufis, pour qui servir l’humanité est la façon la plus sûre de se rapprocher de Dieu. L’adhésion aux croyances profondes de nos saints fait naître l’espoir dont on a tant besoin. Cependant, penser que la philosophie soufie est l’antidote à l’extrémisme dans notre pays est peut-être trop simpliste, surtout lorsqu’on recourt à cette philosophie pour contrer des interprétations plus strictes de l’islam, auxquels certains aspirent aujourd’hui.

Au Pakistan, pays complexe et loin d’être monolithique, nous sommes désormais en présence de deux camps : celui des fidèles qui pratiquent la religion et se réfèrent à la jurisprudence islamique de manière conservatrice et celui des partisans de la spiritualité. Cette polarisation a tendance à s’accentuer. Elle entraîne aussi les Pakistanais, dont l’opinion est plus modérée et qui n’appartiennent à aucun des deux camps tout en respectant les deux, dans une position de minorité et d’isolement.

Le problème est qu’en réalité, aujourd’hui, les adeptes du soufisme et les pratiquants conservateurs sont désormais considérés comme adversaires.

L’ironie du sort est que, de par leur attitude, certains « nouveaux » adeptes du soufisme – qui est avant tout un mouvement de tolérance - creusent encore plus le fossé existant avec ceux qui pratiquent l’islam de manière stricte.

Cette attitude est d’ailleurs contradictoire avec le message fondamental du courant mystique et risque de faire passer ces adeptes à côté du message essentiel du soufisme, qui consiste à essayer de comprendre l’autre tel qu’il est et d’accepter tous les êtres humains comme ils sont, indépendamment de leur ethnicité, de leur langue, de leur caste et même de leur religion.

La situation pourrait évoluer un peu si les adeptes plus modérés du courant soufi reconnaissaient les efforts et les mérites de certains responsables musulmans éclairés de l’islam classique, comme ceux du Conseil de l’Idéologie islamique (CIL). Cet organe constitutionnel chargé de donner des avis juridiques conformes à la religion musulmane au gouvernement pakistanais a récemment fait preuve d’une grande souplesse sur plusieurs questions. Maulana Tahir Ashrafi, qui est membre de ce conseil, a notamment pris, par exemple, l’initiative d’établir des passerelles entre les différents segments de la société, en proposant de modifier les lois sur le blasphème et d’introduire des mesures fermes contre les fausses accusations.

L’imam Ghazali, juriste, théologien et mystique persan du 11ème siècle, avait vu juste à l’époque, en jouant le rôle d’intermédiaire entre les fidèles de l’islam orthodoxe et les soufis. Et les deux écoles de pensée avaient alors pu développer une compréhension mutuelle, grâce à l’imam, qui avait su se servir des pratiques établies de l’islam pour réconcilier le soufisme et le courant orthodoxe, et recourir aux principes soufis pour enrichir la théologie classique.

Utiliser la philosophie soufie comme bouclier contre la violence revient à mettre l’autre camp en porte à faux et dans une position défensive. Il serait plus judicieux de se réconcilier et de collaborer. Si cette solution ne suffit pas à elle seule, elle constitue néanmoins un premier pas vers la paix.

*Farahnaz Zahidi est une journaliste et rédactrice pakistanaise. Elle s’intéresse particulièrement aux domaines des droits humains, de l’égalité des sexes, de la construction de la paix et de l’islam. Elle travaille en ce moment comme rédactrice des publications pour le quotidien pakistanais The Express Tribune. Elle a également un blog. Son travail de photojournalisme peut être visionné ici.


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