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Carie Lemack - CGNEWS - publié le Lundi 28 Avril à 11:31

Victimes du terrorisme, unissez-vous !




Carie Lemack : Washington – Je n’aurais jamais cru que le président de la Mosquée de Brixton puisse devenir mon ami intime.



Abdul Haqq Baker est un musulman pieux qui partage sa vie entre la Grande- Bretagne et l’Arabie saoudite – lui et sa femme, qui a adopté la burka, cette robe qui couvre le corps de la femme tout entier, de pied en cap. Moi, je suis une Américaine chaussée de hautes bottes de cuir et qui ne se rappelle même plus la dernière fois qu’elle a assisté à un service religieux.

Séparément, nous avons chacun combattu les extrémistes d’Al-Qaeda. Ensemble, nous reconnaissons tous les deux que l’on n’arrêtera pas les terroristes aussi longtemps que nous n’aurons pas dépassé les stéréotypes et l’ignorance, et que nous n’aurons pas renoncé, au nom de l’humanité que nous partageons, la seule chose qu’exploitent les extrémistes d’Al-Qaeda et ses adeptes – le soutien passif à leur tactique de violence.

Le mois dernier, à l’occasion de la Quatrième Journée européenne des victimes du terrorisme, l’Union européenne a appelé la société et les institutions européennes à “réfléchir à la manière de traiter et de prévenir la menace terroriste et à une meilleure protection de la sécurité de l’ensemble des citoyens”.

Tout comme Abdul Haqq et d’autres au sein de la communauté musulmane en Europe, je pense très souvent à la manière de traiter le terrorisme. Après la mort de ma mère, tuée par les terroristes d’Al-Qaeda le 11 septembre 2001, j’ai passé des années à prôner, avec des membres d’autres familles victimes du 11 septembre, des réformes pour contrer le terrorisme aux Etats-Unis. Ces temps-ci j’ai commencé à travailler à un projet qui m’a permis de rencontrer des victimes d’Al-Qaeda dans le monde entier.

L’objectif est de restaurer la condition humaine des victimes d’Al-Qaeda et de leurs familles, de leur donner une voix alors que le monde entier n’entend que la voix d’Osama ben Laden et de ses séides.

Ces voix témoignent des sombres réalités du terrorisme, de la douleur, de la souffrance et du manque total de reconnaissance. Elles feraient revenir n’importe quel candidat terroriste de tout sentiment de noblesse ou d’envie de martyr qui pourraient le pousser à des actions infligeant tragédie et chaos à des victimes partout dans le monde.

Même après des années de travail avec les victimes du terrorisme je ressens encore le pouvoir de ces voix.

Lorsque j’ai rencontré pour la première fois, l’année dernière, les victimes et les familles endeuillées, le 7 juillet 2005, par les attentats à la bombe contre des bus et le métro à Londres, ma famille venait tout juste d’être informée qu’un pied de ma mère avait été identifié dans le tas de décombres du World Trade Center, plus de cinq ans après l’attentat.

J’ai trouvé un réconfort et une compréhension auxquels je ne m’attendais pas dans ces récits de gens qui me sont totalement étrangers – une Anglaise qui a reçu les restes, en petits morceaux, de son fils, assassiné sur la ligne de Piccadilly, et un survivant du 7 juillet dont les pieds ont été récupérés dans l’épave où il avait perdu ses jambes.

De fait, j’ai trouvé auprès de ces gens davantage de réconfort qu’avec la plupart de mes amis et voisins américains qui n’ont jamais eu à affronter la terrible décision d’organiser ou non des obsèques chaque fois qu’une partie d’un corps est retrouvée.

Il y a une malheureuse unité qui rassemble les victimes du terrorisme, même lorsque nos opinions politiques et religieuses diffèrent. Cette unité nous donne du pouvoir.

En travaillant ensemble, les victimes d’Al-Qaeda peuvent affaiblir le soutien passif dont bénéficient les terroristes dans leur voisinage et dans les communautés où leur message de haine et destruction peut persuader ceux qui manquent d’amour et d’espoir que la réponse est dans la violence.

Sous la direction et avec le soutien du président de la Mosquée de Brixton, Abdul Haqq Baker, ce pouvoir commence à porter ses effets.

Les victimes des attentats du 7 juillet et 11 septembre et les membres de leurs familles, doivent continuer à parler, à la Mosquée de Brixton, aux enfants des écoles, aux mères, aux pères et aux membres de la communauté de la réalité d’être victime du terrorisme.

Notre espoir est que ces discussions jetteront de la lumière sur les expériences de chaque groupe, en produisant de la compréhension et en surmontant les idées toutes faites.

Si, dans l’Union européenne comme ailleurs dans le monde, on parle sérieusement d’empêcher le prochain attentat d’Al-Qaeda, alors il nous faut dépasser les actions et les politiques gouvernementales, pour nous demander ce que nous pouvons faire en tant que citoyens du monde.

Tendons la main aux victimes d’Al-Qaeda dans le monde musulman aussi bien, où, tout compte fait, il y en a, malheureusement, beaucoup trop.

Nous devons faire en sorte que l’on n’y entende pas seulement des voix exprimant de la sympathie ou de l’indifférence à l’égard de la violence et de la haine, mais, aussi et surtout, celles des personnes qui ont connu directement l’expérience de la souffrance causée par le terrorisme. Ces voix sont de nature à déconsidérer le message d’Al-Qaeda mieux que n’emporte quel décret d’un gouvernement ou proclamation internationale.

La défaite d’Al-Qaeda et de ses fidèles requiert autre chose que des missiles et des mandats. Elle exige des amitiés et des alliances inattendues, tout à fait comme celle qui me lie à Abdul Haqq. Faisons-leur honneur aujourd’hui, et engageons-nous à les étendre toujours plus.

* Carie Lemack est la cofondatrice de “Familles du 11 septembre”.


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