Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Une veille informationnelle sur le festival international du film de Marrakech App #eMarrakech #FIFM2016... https://t.co/34xwOAAqjU



par Joyce S. Dubensky - publié le Mardi 28 Avril à 12:53

Une ressource cachée pour la diplomatie américaine






New York – Dans le discours et de plus en plus dans les actes, l'administration Obama montre sa volonté d'impliquer l'Autre, ce chaînon manquant dans la stratégie politique des Etats-Unis. De la Syrie à certains éléments des Taliban, l'administration Obama a cherché la discussion et l'engagement, non la marginalisation et l'exclusion.

L'administration a les moyens de mettre en oeuvre sa vision avec, entre autres, les nouveaux financements du Congrès, le soutien du public américain et l'appui qui lui a été témoigné à travers le monde.

Toutefois, au détriment de tous, elle a largement négligé une ressource à sa disposition: les pacificateurs religieux.

Ces pacificateurs religieux sont issus du clergé local et de laïques pour qui la religion est une source de motivation et un moyen concret pour rechercher la paix, la construire et résoudre les conflits. Une diplomatie tournée vers l'avenir, multidimensionnelle et ''intelligente'' doit soutenir les efforts de la diplomatie officieuse (celle des citoyens) et considérer ces personnes comme des alliés potentiels.

Les pacificateurs religieux sont déjà sur le terrain en Irak, en Afghanistan, au Nigeria, au Pakistan et dans d'autres zones de conflit, pour tenter de mettre fin à la violence et de construire une paix durable.

Grâce à leurs connaissances du milieu local, à leur appartenance à la communauté et à leur engagement à long terme, leurs conseils peuvent faire toute la différence lorsqu'il s'agit de réagir à certains conflits qui semblent aujourd'hui insolubles.

Quelques exemples pour illustrer ces propos.

Prenez Canon Andrew White, un ecclésiastique chrétien établi à Bagdad depuis 1998. Ayant compris l'influence de la religion dans la société irakienne, il a développé d'importantes relations avec des membres de chacune des religions et sectes, y compris avec ceux qui sèment la violence et le chaos. White sait que « là où la religion fait partie du problème, elle doit faire partie de la solution». Son action dans la région, depuis les « Baghdad Religious Accords » en 2004 jusqu'à la fatwa commune aux shiites et aux sunnites en 2008 (un avis religieux et légal) contre la violence, montre que lorsque les pacificateurs religieux sollicitent d'autres acteurs religieux, ils ouvrent de nouvelles voies vers la paix.

Au Nigeria, regardez l'imam Muhammad Ashafa et le pasteur James Wuye. En tant que chefs religieux, ils ont le pouvoir, les adeptes et la confiance.

Ils ont négocié des accords de paix durable, dont la fin de la crise ethico-religieuse du Zango Kataf de 1992 dans l'Etat de Kaduna, lorsque des émeutes ont éclaté entre chrétiens et musulmans. En outre, ils entretiennent les relations avec des locaux afin de prévenir un nouveau conflit par le biais, notamment, de la publicité à la télévision et à la radio qui vient renforcer le thème du respect. A travers leur Centre de médiation interreligieux, ils forment les femmes, les jeunes, les pasteurs et les imams à travailler côte à côte comme médiateurs, chacun rappelant les textes sacrés de l'autre en vue d'un rapprochement.

Dans tout le Pakistan, Azhar Hussain a formé des milliers d'administrateurs et de professeurs de madrassas (écoles religieuses) pakistanais et afghans enseignant les droits de l'homme et la résolution des conflits. Ces chefs locaux ont, à tour de rôle, pris d'énormes risques: ils ont négocié la libération des otages chrétiens coréens en 2007, tenu des ateliers de travail interreligieux avec les dirigeants chrétiens pakistanais et convaincu des membres des talibans de jouer un rôle positif dans le processus de pacification. Certains membres des talibans ont ensuite mené leurs propres ateliers de travail sur la paix, la réconciliation et sur la question de savoir comment l'islam peut être une force pour la paix.

Pendant de nombreuses années, différentes forces ont tenté d'utiliser les madrassas dans leurs propres intérêts, souvent à des fins violentes ou politiques. Ainsi que le montre l'action de Hussain, un véritable et respectueux travail avec des éducateurs dans des madrassas – institutions islamiques historiques et sacrées – et une volonté de voir leurs chefs comme de possibles alliés peut profondément changer la dynamique populaire et les relations entre le monde musulman et le monde occidental.

Obama et Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat américaine, affirment être prêts à « s'impliquer à nouveau énergiquement » au Moyen-Orient. Toutefois, un nouvel engagement dans la région, comme en Asie du Sud ou ailleurs, ne pourra porter ses fruits que si tous les acteurs sont présents à la table des négociations. Une telle situation jetterait les bases d'un changement réel et durable.

Ces quatre pacificateurs religieux, et bien d'autres comme eux, poursuivront leur action, que l'administration Obama fasse appel à eux ou non. Mais la rhétorique de la nouvelle administration donne de l'espoir et permet d'être plus largement entendue, à condition que la politique américaine soit révisée pour prendre en compte la dimension religieuse dans les relations internationales et la résolution des conflits. Tout dépend du sens que revêt réellement l'expression « diplomatie intelligente » pour les Etats-Unis.

Si l'on en croit le penseur politique français du XIX siècle, Alexis de Tocqueville, « les plus grands obstacles sont moins dans le pays qu'en nous-mêmes. Changeons nos méthodes et nous changerons notre destin.


               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 3 Décembre 2016 - 10:37 L’ETOILE D'OR ne sera jamais marocaine!?

Vendredi 2 Décembre 2016 - 16:17 Ousmane Sow : Le sculpteur qui vient des étoiles