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Rachid AMIN - publié le Jeudi 4 Février à 11:40

Une "organisation de la rareté" ? Les enseignantes-chercheures dans la gouvernance des universités




Aujourd’hui, nul ne peut nier que les effectifs féminins augmentent régulièrement dans différentes professions. Les femmes ont pu conquérir différents secteurs et domaines professionnels, même ceux qu’ont été réservés y a longtemps uniquement aux hommes. Nombreux sont les exemples qui montrent qu'aujourd’hui, les femmes ont effectivement réussi à s’imposer et à prouver leurs compétences, et à atteindre des résultats, dans certains cas, mieux que les hommes. Le secteur de l’enseignement supérieur ne fait pas l’exception, et le nombre de femmes chercheurs ne cesse d’augmenter lors des dernières années.



Rachid AMIN
Rachid AMIN
Partout dans le monde et depuis plusieurs années, l’enseignement supérieur a connu un développement et une évolution rapide. Plusieurs pays ont connu des avancées remarquables en ce qui concerne la création des établissements universitaires publiques et privées, suite à une prise de conscience de la contribution importante de l’enseignement supérieur au développement d’un pays. Les établissements d’enseignement supérieur ne sont plus considérés tout simplement comme des lieux de formation pour l’acquisition d’un savoir, mais ils ont aussi un rôle majeur à jouer dans la pertinence de la formation assurée, dans la modernisation de leur fonctionnement, ainsi que leur accompagnement au développement socio-économique des pays. Or, pour que cela reste possible, il est essentiel d’améliorer la qualité du système de l’enseignement, et cela dépend largement de son mode de gouvernance. Traditionnellement, l’enseignement supérieur dans la plupart des pays, était une activité dont la gouvernance se fait selon le modèle de gestion du secteur public. Depuis les années 1980, et avec la critique de l’efficacité et de l’efficience de la gestion du secteur publique, les mécanismes de gouvernance traditionnelle ont été remis en question, ce qu’a donné naissance à des réformes structurelles de gouvernance de l’enseignement supérieur à travers le monde et dans le continent africain (Maassen, 2003). La redéfinition de la relation Etat-établissement d’enseignement supérieur était au cœur de ces réformes. Plus concrètement, cela veut dire que l’Etat doit arrêter de contrôler et de gérer directement l’enseignement supérieur, tout en mettant en place des organes chargées de coordonner et de transférer le pouvoir aux établissements au lieu d’une gestion centralisée par un ministère. Au Maroc, la loi 01-00 a donné plus de prérogatives aux organes de gestion des universités, plus particulièrement au conseil d’université qui se positionne comme un véritable acteur de la vie universitaire, et qui délibère sur l’ensemble des questions concernant les missions et la gestion de l’université.

Selon les statistiques (2013/2014) du ministère de l’enseignement supérieur, le Maroc contient 117 établissements d’enseignement supérieur universitaire, 15 présidences des universités, et 6 instituts de recherche scientifique. Concernant l’effectif des enseignants permanents, il s’agit de 12332 enseignants du sexe masculin et seulement 3255 enseignants du sexe féminin. En parlant de gouvernance et suite à ces chiffres, le sujet de la place de la femme enseignante chercheure dans les universités marocaines et la gouvernance de ces dernières nous interpelle.
Aujourd’hui, nul ne peut nier que les effectifs féminins augmentent régulièrement dans différentes professions. Les femmes ont pu conquérir différents secteurs et domaines professionnels, même ceux qu’ont été réservés y a longtemps uniquement aux hommes. Nombreux sont les exemples qui montrent qu’aujourd’hui, les femmes ont effectivement réussi à s’imposer et à prouver leurs compétences, et à atteindre des résultats, dans certains cas, mieux que les hommes. Le secteur de l’enseignement supérieur ne fait pas l’exception, et le nombre de femmes chercheurs ne cesse d’augmenter lors des dernières années.

A travers cet article, nous cherchons à engager un débat sur le sujet de la place de la femme dans l’enseignement supérieur universitaire et plus particulièrement dans la gouvernance des universités, en se posant la question suivante : Compte tenu de la réalité et des statistiques, quelle place occupe effectivement la femme enseignante chercheure dans la gouvernance des universités marocaines ?

A travers une recherche documentaire, et en exploitant toutes les sources officielles d’informations, nous souhaitons apporter une réponse à cette question, dont l’objectif et de mettre en lumière une réalité qui mérite d’être discutée dans un contexte où le Maroc se positionne comme l’un des pays qui a fait de l’égalité des sexes un des principes inclus dans sa constitution et à respecter à tous les niveaux et dans tous les secteurs. A travers des cas, nous montrerons que des femmes ont pu montrer qu’il est judicieux de leur accorder la possibilité d’occuper des postes de décision et de pouvoir malgré que celles qui sont à la tête des établissements d’enseignement supérieur au Maroc sont rares, cela peut ouvrir un débat sur le leadership féminin au sein de l’université marocaine et voir si il n’ y a pas d’autres variables qui peuvent expliquer cette rareté notamment la capacité des femmes à revendiquer leurs droits pour occuper des postes de responsabilités, leurs capacités à assumer leurs rôles familiaux et professionnels où bien si des pratiques de discrimination existe dans ce sens.

Cette recherche se compose de deux parties. En premier lieu, nous allons traiter la gouvernance des universités marocaines, et en deuxième lieu nous parlerons de la place de l’enseignante-chercheure à travers des statistiques et certains cas des femmes qui ont occupé des postes de gouvernance dans des universités marocaines.

1- La gouvernance universitaire :
Le concept de gouvernance n’est pas récent. Etymologiquement parlant, le terme « gouvernance », dérivé de gouverner, est issu du latin gubernare, emprunté au grec kubernân. Ce mot fait référence au gouvernail ou à l’art de piloter un navire. Le mot « gouvernance » (art ou manière de gouverner) a été employé en ancien français comme synonyme de gouvernement pour faire référence à la maîtrise de l’embarcation, à la connaissance de la mer, des vents, des courants, etc. Aujourd’hui, « gouverner » se réfère au verbe maîtriser dans le sens où le gouvernement dirige les affaires publiques d’un État, l’oriente, le contrôle, lui donne une certaine forme de conduite par ses lois, par son pouvoir et par le respect de son autorité. Dans un contexte mondial marqué par des différentes crises financières, économiques, sociales, et politiques, le concept de gouvernance désigne désormais les nouveaux modes de pilotage et de régulation des structures et des institutions, modes de pilotage qui font appel à la participation des acteurs et à la responsabilité de tous les partenaires. On parle de gouvernance d’entreprise, de gouvernance internationale ou mondiale, de gouvernance locale, de gouvernance universitaire. Cette dernière désigne l’ensemble des processus qui visent la définition des objectifs (formation, recherche, service à la société), mais aussi le contrôle, l’évaluation et la gestion des établissements universitaires. On le constate aujourd’hui du fait que l’université, dans son fonctionnement comme dans sa gestion, n’est pas une simple structure d’autorité, mais elle est engagée dans un environnement local et mondial caractérisé par la concurrence et la recherche effrénée de financements. En plus de leurs missions traditionnelles, on demande aujourd’hui aux universités d’assurer une large accessibilité au savoir, et de participer au développement économique, culturel et social de leurs pays et régions tout en garantissant le développement de la recherche scientifique. L’université est aussi en quête de sens et sa gouvernance est diverse et doit nécessairement évoluer.

« La réforme des universités, qui implique un changement de gestion interne, est actuellement une tendance forte un peu partout dans le monde, contribuant par le fait même à la construction de l’espace mondial de l’enseignement supérieur. De plus, nous pouvons dégager de l’analyse des mutations actuelles qui caractérisent les études supérieures, une tendance à une gouvernance axée sur les résultats et, dans le secteur de la recherche, une gouvernance qui tient compte des besoins sociaux et économiques. Les impacts de la mondialisation, l’utilisation des nouvelles technologies, la compétitivité interuniversitaire, l’économie du savoir, l’internationalisation de l’éducation supérieure, sont quelques-uns des facteurs externes récents qui obligent les universités à procéder à des transformations internes de leur gestion et à une révision de leur rôle ». BATIONO, 2011

Le Maroc comme la plupart des pays, n’a pas échappé à cette tendance et la gouvernance de son enseignement supérieur a connu aussi une réforme.

1.1. Les raisons de la réforme de la gouvernance de l’université marocaine :

Pendant les années 90, l’enseignement supérieur au Maroc a connu une évolution rapide et une grande diversification suite à la création de nouveaux types d’établissements supérieurs universitaires. Avec les grands effectifs des étudiants, et au fil du temps, le rendement interne de ces établissements a été négativement impacté. Avant la réforme, la durée de la préparation de la licence qu’était de 4 ans, est souvent dépassée par les étudiants, et selon plusieurs études et rapports, plus de la moitié des étudiants inscrits quittaient le premier cycle sans qualification et sans diplôme. Comme étape indispensable à tout système d’enseignement, une réforme des cycles universitaires a été proposée suite à plusieurs études, pour instaurer une diversification du système de formation et une adéquation au marché de l’emploi. Les problèmes que ce secteur a connus peuvent se résumer en trois points :

- La faiblesse des formations à vocation professionnelle et technique : au niveau du secondaire, les élèves se dirigeaient plus souvent vers l’enseignement général, et en arrivant au baccalauréat ils se retrouvent avec un manque de qualification et de compétences pour accéder à l’enseignement universitaire. Et comme l’accès est limité et sélectif au niveau des formations universitaires techniques et professionnelles, la plupart des élèves s’orientent vers l’université ouverte pour la préparation d’une licence. Et là, les abandons et les redoublements sont nombreux ce qui affaiblit le rendement de l’université.

- L’insertion difficile des jeunes diplômés dans le marché du travail : la rupture avec la période où l’enseignement supérieur a servi à l’emploi dans le secteur public depuis 1980, avec la saturation de ce dernier, et l’absence d’un secteur professionnel en expansion suffisante pour absorber les jeunes diplômés.

- La centralisation excessive et la faible capacité de gestion : la gouvernance du système de l’enseignement supérieur était fortement centralisée (loi n° 1-75-102 du 25 février 1975) dans le sens où le recteur ne faisait qu’exécuter les décisions de l’autorité gouvernementale et les conseils ne disposaient pas de pouvoir décisionnel.
Pour remédier à ces problèmes et pour faire participer toutes les parties prenantes, la commission spéciale pour l’éducation et la formation a été créée en 1999, dont l’objectif est d’élaborer une charte de développement du secteur de l’enseignement, en prenant en compte les nouvelles mutations de la société marocaine. Suivant ce travail, la loi 01.00 a été adoptée au parlement le 30 mars 2000 pour la mise en œuvre des orientations de la charte.

1.2. Les axes de la réforme de la gouvernance de l’’université marocaine:

L’objectif de la réforme de la loi 01.00 était de faire des universités des établissements publics autonomes, ancrés dans un environnement régional, tout en assurant un rayonnement national et international. La réforme de la gouvernance concerne les axes suivants :

- La gestion pédagogique : les universités proposent, conçoivent et adoptent l’offre de la formation et l’organisation de l’enseignement.
- La gestion financière et administrative : chaque université est administré par un conseil d’université qui délibère sur toutes les questions relatives à la création de filières de formation et de structures universitaires, d’établissement et du répartition du budget et des moyens humains, ainsi qu’à la conception des stratégies de développement de l’université et de son ouverture sur l’environnement socio-économique.
Au niveau des établissements universitaires, l’administration est assurée par le conseil d’établissement sous la supervision du conseil d’université. Des commissions spéciales sont créées au sein du conseil d’établissement, comme la commission scientifique dont la mission est de proposer toutes les mesures concernant le personnel enseignant-chercheur notamment en ce qui concerne leur titularisation, leur suivi et leur discipline. Avec la réforme, un nouveau mode de désignation des présidents d’université et des chefs d’établissements est instauré. Il s’agit d’une procédure qui prévoit un appel à candidature et la présentation d’un projet de développement de l’université devant une commission. Une fois le candidat est sélectionné il est désigné pour une période de 4 ans renouvelable une fois. Le président est assisté de deux vice-présidents et d’un secrétaire général nommés par le ministère sur proposition du président. La même procédure est appliquée pour le choix du chef d’établissement, qui est également sélectionné après présentation d’un plan de développement de l’établissement. Il est assisté de deux vice-doyens ou vice-directeurs et d’un secrétaire général.
La réforme a apporté différents changements qui ont marqué les universités marocaines dans leur statut et fonctionnement. L’université dispose de son plan de développement qui s’inscrit dans le cadre des orientations nationales du développement du système d’enseignement supérieur. Cette évolution a touché le management et le fonctionnement des organes et structures de gouvernance de l’université et ses établissements.

2. Les femmes enseignantes-chercheurs : quelle place dans l’université marocaine et sa gouvernance ?

2.1. La place de la femme dans l’enseignement supérieur et sa gouvernance :

Durant les dernières années, il faut dire que le Maroc a réalisé d’importantes avancées en matière de droits des femmes, et de lutte contre les discriminations à leur égard. Ces avancées ont été consolidées en 2011 par l’adoption de la nouvelle Constitution qui consacre une série de mesures pour la réalisation de la parité et la prohibition des discriminations fondées sur le sexe. Ceci a été aussi renforcé par la création récente au sein de l’Institut Marocain des Administrateurs d’un Groupe de Travail, présidé par le Ministère des Affaires Générales et de la Gouvernance dont l’objectif est de renforcer la représentativité et la participation des femmes dans les organes de gouvernance les établissements et entreprises publiques et privées. Il est vrai que l’accès des femmes aux postes de responsabilité a évolué ces dernières années au Maroc, mais reste en deçà des normes internationales. Le rapport mondial sur l’écart entre les genres, publié par le Forum économique mondial (FEM) en 2013, a situé le Maroc à la 133e place sur 143 pays. Au niveau national, dans son étude en 2013 intitulée «Femmes marocaines et marché du travail : caractéristiques et évolution», le Haut Commissariat au Plan (HCP) nous apprend que sur une population active occupée de 10,5 millions en 2012, le Maroc compte 2,74 millions de femmes, soit un taux de féminisation de l'emploi de 26,1%. Le taux d'emploi féminin, quant à lui, ne représente que près du quart de la population féminine âgée de 15 ans et plus. Concernant le secteur public, l’étude du ministère de la Fonction publique et de la modernisation des secteurs publics sur l’accès des femmes à des postes de haute responsabilité dans l’administration, indique que seulement 16% des femmes fonctionnaires occupent des postes de haute responsabilité. 6% des secrétariats généraux des ministères sont détenus par les femmes alors que pour les inspecteurs généraux au sein des différents départements gouvernementaux, elles ne sont que 9%. Le nombre des directrices est de 63 (11%), contre 528 pour les hommes. Sur 300 nominations aux hautes fonctions, on ne compte que 38 femmes, soit 12,6%, bien loin de l’objectif de parité stipulé dans la Constitution, et concernant la représentativité des femmes au sein des instances de gouvernance, elle ne dépasse pas 7%.

Concernant la fonction publique en général, en 2013 les femmes ne représentent que 33,8%, et les hommes 66,2 %.

Si ces chiffres montrent une chose, celle-ci ne peut être qu’une preuve de la faible présence de la femme dans la sphère décisionnelle.

La répartition de l’effectif des femmes par département révèle une forte concentration dans six départements ministériels qui accaparent 91,4% du total. Le département de l’Education Nationale emploie à lui seul 60% des femmes fonctionnaires. Le département de la Santé occupe la deuxième position avec près de 14%, suivi par l’Intérieur pour une part de plus de 5%, alors que l’enseignement supérieur ne contient que 44% des femmes fonctionnaires avec 34,6% comme part des femmes dans le même secteur.

Selon les statistiques (2013/2014) du ministère de l’enseignement supérieur, le Maroc dispose de 3255 enseignantes permanentes face à 12332 enseignants comme il est indiqué dans le tableau ci-dessous.

Il faut dire que la situation de la femme au Maroc quant à sa place dans l’enseignement supérieur est aussi liée à un contexte mondial, puisque au niveau international seulement 30% des chercheurs sont des femmes, selon des statistiques de l'Unesco de 2014. De plus, parmi les hautes fonctions académiques, seul un poste sur dix est aujourd'hui attribué à une femme, selon une collecte de données conduite par le Boston Consulting Group dans 14 pays en 2013.

2.2. Les facteurs de la faible représentativité des femmes :
La gouvernance demeure essentiellement une affaire d'hommes au Maroc, ceci est un constat qui s’impose et qui nous pousse à se poser la question quant aux causes et aux facteurs qui sont derrière une situation pareille et si les femmes veulent vraiment assumer des responsabilités. Parmi ces facteurs nous citons :

- Inégalités des parcours professionnels : Pour avoir des perspectives de carrière, cela nécessite une estime de soi et un sentiment d’autonomie et de contrôle de son avenir professionnel, chose qui est inégalement partagée par les hommes et les femmes au Maroc.

- Le lien entre vie privée et vie professionnelle : En général les employeurs valorisent la disponibilité, alors que les femmes qui doivent s’occuper d’un ensemble des tâches domestiques sont souvent en difficultés pour être disponibles et mobiles comme les hommes : les réunions tenues à des heures tardives, des sessions de formation organisées loin du domicile, Les horaires de travail ont un effet direct sur l’accès des femmes à des postes de décision…etc. La maternité du fait qu’elle peut entraîner des ruptures de carrière, peut aussi avoir une incidence négative sur la carrière des femmes. Des études telles que celles réalisées par ONU-Femmes (2010), ont mis en lumière ce genre de problèmes complexes auxquelles les femmes font face pour concilier vie privée et vie professionnelle, ce qui nuit à leur carrière.

- Manque de volonté au niveau institutionnel : les femmes sont plus nombreuses à occuper des postes de responsabilité dans les ministères au sein desquels il existe une volonté affirmée de promouvoir les femmes que dans les départements ministériels où cette volonté n’existe pas.

- La crainte des décideurs responsables que les femmes puissent être entravées dans l’exercice de leurs fonctions par le poids des responsabilités familiales (Les perceptions que certaines fonctions sont plutôt masculines (directions techniques par exemple).

- La crainte intériorisée par les femmes elles-mêmes de ne pas pouvoir concilier vie privée et vie professionnelle et le refus de « sacrifier » leur vie familiale en l’absence de dispositions favorables.

- Les stéréotypes véhiculés : Le conditionnement des femmes comme des hommes relatif aux rôles et périmètres de chaque genre commence dès le plus jeune âge avec les stéréotypes véhiculés à l’école notamment à travers les manuels scolaires ou les discours et comportements des enseignants. De même, une éducation discriminante au sein de la famille (machisme, valorisation des fils, cantonnement des femmes à certaines tâches et rôles, modèles véhiculés par les parents…) jouent également un rôle.

- Les conjoints : les femmes peuvent aussi être freinées dans leurs carrières par des conjoints réticents à l’implication de leurs épouses dans l’univers professionnel.

- Un manque de modèles de référence, pour aider les femmes à se projeter dans certains rôles et fonctions de haut niveau.

- Un Etat et un secteur public qui ne montrent pas suffisamment l’exemple en matière d’égalité des genres.

- Une rareté des discours de promotion des femmes ou d’égalité des genres dans les médias

- Selon un rapport du haut commissariat au plan en 2014, environ 53% des femmes marocaines sont analphabètes

- L’insuffisance des mécanismes de promotion de la femme à tous les niveaux.

Ces obstacles et bien d’autres, font que la représentativité des femmes au sein des organes de gouvernance reste faible. Malgré tout, il existe bien évidemment des femmes qui ont su s’imposer, et qui ont montré que la femme peut, tout comme l’homme, assumer des responsabilités et réussir à atteindre des objectifs. La partie suivante, montre l’exemple des enseignantes chercheurs qu’ont réussir à tenir des postes de gouvernance au sein de l’université marocaine.

3. La gouvernance au féminin de l’université marocaine:

Parmi les femmes marocaines qui ont occupé des postes de responsabilités et qui on eu leur place dans a gouvernance des universités marocaines, nous citons :
- Mme Rahma Bourqia : est la première femme présidente d’université (Université Hassan II – Mohammedia 2002), la première femme membre de l’Académie du Royaume, et la directrice de l’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’enseignement. Elle est docteur en sociologie de l’Université de Manchester au Royaume Uni, Membre de l’Académie du Royaume du Maroc et Professeur visiteur et conférencière dans plusieurs universités américaines, arabes et européennes. membre de la commission royale chargée de l'élaboration du Code de la famille, et elle a contribué pendant des années à l’amélioration de la situation de la femme au Maroc.

- Mme Ouidad Tebbaa : a occupé le poste de doyenne de la Faculté des lettres et des sciences humaines de Marrakech. Elle a contribué à l’amélioration de la capacité d’accueil de la faculté en ajoutant de nouvelles salles de cours et d’amphithéâtres, comme elle a pu enrichir l’offre de formation en proposant aux étudiants une carte de formation à la fois riche et diversifiée, avec un réaménagement de l’ancienne bibliothèque de la Faculté d’une surface de 1200 m2 et l’agrandissement des salles existantes. Durant sa période elle a aussi doté la Faculté d’une nouvelle salle de conférences, d’un nouvel espace pour les enseignants, et la Bibliothèque a été installée dans ses nouveaux locaux et elle a été équipée d’un système de libre accès aux ouvrages avec un aménagement du Centre d’études doctorales.

- Mme Najia Hajjaj : doyenne de l'université de médecine et de pharmacie l'Université Souissi de Rabat.

- Mme Fatima Harrak : doyenne de l'Institut national des études africaines

- Mme Amina El Azmi : doyenne de la Faculté des sciences et techniques de Tanger

- Mme Sanae Reda : doyenne de la faculté de médecine dentaire de Rabat.

- Mme Jamila Houfaidi Settar : La doyenne de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales d’Aïn Sebaâ. Licenciée en sciences po, docteur d’Etat en droit à l’Université de Nancy, professeur titulaire de la Chaire Jean Monnet de l’Union européenne et diplômée du Collège des études fédéralistes d’Aoste. Présidente du Centre d’études euro-méditerranéennes (CEEMED), elle occupe divers postes d’enseignement et de recherche. Elle a été professeur-visiteur dans de nombreuses universités européennes (Belgique, France, Italie, Pologne,... Coordonnatrice nationale du pôle de compétence euro-méditerranéen, est mère d’un journaliste et d’un sociologue.

A l’Université Cadi ayyad de Marrakech, nous signalons aussi la représentation de la femme dans les organes de gouvernance, avec une enseignante au sein du conseil de gestion (1/10), et deux autres au sein du conseil d’université (2/65).

En dépit de leur nombre croissant, et malgré que les femmes représentent un peu plus de la moitié de la population marocaine (50,4% selon le HCP), elles restent largement minoritaires aux postes de décision et de gouvernance. Peut-on parler d’une gestion de la rareté des enseignantes-chercheures dans la gouvernance des universités marocaines ? Oui, et effectivement, il s’agit d’une représentativité faible de la femme dans ce secteur et ce sont les chiffres exposés dans notre article qui le confirme et les facteurs exposés l’expliquent. « Le plafond de verre » ainsi que d’autres causes, sont bien une réalité indéniable et concrète qui freinent la carrière des femmes et qui résiste à toute explication simple.

Certes, des progrès importants ont été réalisés en vue de promouvoir la place de la femme dans l’administration publique, et pour améliorer sa scolarisation, et ces progrès ont été possibles grâce à un engagement politique et aux pressions exercées par les mouvements et les associations des femmes. Des textes législatifs ont été promulgués, des programmes spécifiques ont été conçus, et la constitution reconnait le droit d’égalité des sexes et bannit toute discrimination dans ce sens, toutefois, des difficultés et des disparités subsistent. Améliorer cette situation exige des efforts de l’ensemble des parties prenantes, de l’Etat, des gouvernements, de la société, des mouvements et des groupes militant pour les droits de la femme, ainsi qu’au niveau de l’éducation et de l’enseignement. Dans ce sens, un ensemble de recommandations peuvent être proposées :
- Améliorer la scolarisation des jeunes femmes, et lutter contre l’abandon scolaire des filles et les encourager pour la poursuite des études supérieures.

- Appliquer des quotas à respecter dans le recrutement dans le secteur de la fonction publique.

- Mettre en place des mesures permettant aux femmes professionnelles de mieux concilier vie privée et vie professionnelle : (horaires des réunions, formation, crèches, moyens de transport, …).

- Mettre en œuvre un plan national de formation et de communication dont l’objectif de promouvoir l’égalité des entre les hommes et les femmes.

- Mettre en place des cellules spéciales et des délégués ministériels chargés de traiter des questions d’égalité des sexes.


- Accompagner les femmes dans le processus d’accès aux instances de gouvernance.

- Lutter contre les représentations sociétales et culturelles discriminantes : A l’école : revisiter les contenus éducatifs en les débarrassant des représentations sexuées discriminantes et encourager les filles à définir leurs ambitions.

- Dans les médias : mettre en avant les modèles, et assurer la visibilité du principe de parité en politique.

- Dans la sphère politique : assurer l’application du principe de parité en politique et associer davantage les femmes à toutes les réflexions stratégiques et encourager leur participation dans le domaine politique.

- À l’école et sur le lieu de travail, les filles et les femmes devraient bénéficier d’une formation pour apprendre à développer leur estime de soi, ce qui les aiderait à surmonter les obstacles posés par des normes liées au genre.

Les principaux obstacles et défis auxquels que le Maroc doit faire face consistent notamment à renforcer les efforts déployés en vue de faire de l’égalité des sexes une valeur fondamentale de l’administration publique et de la culture institutionnelle, en luttant contre les stéréotypes sexistes, tout en veillant sur l’amélioration des procédures relatives au recrutement et à la promotion pour instaurer plus d’équité et de transparence et de valoriser la place de la femme dans le monde universitaire et la recherche scientifique, et cela commence par l’amélioration de la scolarisation des filles et le fait de les encourager à poursuivre des études supérieurs.

En dernier lieu, il convient de dire qu’il est temps pour le Maroc de reconnaitre d’une manière plus claire et profonde la place que la femme mérite au sein de la société, et l’histoire montre que les femmes sont aussi compétentes que les hommes et en parlant de l’enseignement et la place de la femme dans la gouvernance des universités, il est important de ne pas oublier que la plus ancienne université dans le monde qu’est encore en activité, l’université Al Quaraouiyine a été fondée par une femme, Fatima al-Fihri, et elle est devenue un important centre d’enseignement estimé de tous et imposée comme l’une des premières universités dans le monde.



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