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par Dalal Mawad - publié le Samedi 12 Décembre à 16:27

Une nouvelle approche dans l’enseignement de l’histoire du Liban






Beyrouth – Récemment, j’observais quatre jeunes hommes en train de déjeuner non loin de la rue Bliss, nommée d’après le Dr. Daniel Bliss, missionnaire américain et fondateur de l’Université américaine de Beyrouth dont les bâtiments donnent sur cette rue. La conversation de ces jeunes tournait autour de la politique et des élections au sein de la communauté estudiantine, puis ils discutèrent de la guerre civile. Ils n’avaient qu’une vingtaine d’années et pourtant, ils parlaient de la violence comme d’une chose banale, et leur discussion reflétait la haine et la méfiance existantes entre les communautés de confessions différentes.

Ces garçons sont représentatifs de la jeune génération libanaise, qui n’a pas de mémoire collective des quinze années de guerre civile, parce que l’histoire contemporaine du Liban est enfermée dans un livre verrouillé dont personne n’a la clef.

Comment pourrait-on bâtir un avenir commun si nos jeunes ne connaissent pas leur passé ? Comment pouvons-nous nous réconcilier et parvenir à une paix civile alors que l’histoire enseignée continue à exclure les autres et que les faits sont au service de l'idéologie, et non de la vérité ?

Selon l’Accord de Taïf de 1989 qui mit un terme à la guerre civile, le Liban était censé harmoniser ses manuels d’histoire et d’instruction civique. Or, deux décennies plus tard, l’Etat libanais continue à octroyer aux écoles la liberté de choisir leurs propres manuels d’histoire. Or ces ouvrages n’abordent pas la période d’après 1950, qui suivit la première guerre israélo-arabe, et chacun d'entre eux présente un point de vue différent à propos des événements historiques de cette époque. Par exemple, certains diabolisent le mandat qui confiait à la France une tutelle sur le Liban à la fin de la première guerre mondiale. D’autres font le contraire. Les écoles choisissent généralement les livres d’étude en fonction de leur affiliation religieuse et politique.

De nombreuses voix se sont élevées ces dernières années en faveur de l’adoption d’un manuel commun. En 1997, un comité s’est notamment constitué afin d’élaborer un manuel et un programme uniformisés, mais sans succès. L’absence d’un livre d’histoire commun s’explique principalement du fait que les différends entre les communautés n’ont pas été résolus et par le manque de consensus entre les communautés religieuses du Liban à propos des différentes interprétations des événements passés. Autrement dit, les Libanais ne sont pas capables de s’accorder sur une version unique.

Nous devons changer notre approche par rapport à la rédaction d’un livre d’histoire commun. Chercher à imposer une vue partagée de l’histoire et le recours à une méthode conventionnelle, imposant une seule interprétation représentant « la vérité » n’est pas réaliste dans le contexte libanais. Au Liban, chaque communauté est attachée à sa culture, à sa mémoire et à ses propres martyres. Chaque parti politique a sa façon particulière d’aborder l’histoire.

Mais en fait, pourquoi devrions-nous rechercher une seule version dans un pays dont le passé est fait d’histoires de différentes cultures et communautés ? Ne serait-ce pas là une négation de l’identité plurielle du pays ?

En revanche, nous pourrions élaborer un ouvrage apolitique, dépourvu de toute notion idéologique, rapportant simplement les faits chronologiques, les chiffres et les événements : « Il faut d’abord connaître les faits puis les déformer à notre aise », disait Mark Twain.
Les faits, leurs causes et leurs conséquences pourraient alors être décrits selon des illustrations et des sources émanant des différentes communautés ou factions impliquées dans un épisode particulier. Un tel ouvrage pourrait faire appel à une méthode comparative qui additionnerait les points de vue historiques. La présentation de différentes optiques mettrait en lumière les points communs, les différences et les contradictions – ce qui laisserait aux étudiants un espace pour l’analyse et la discussion.

Ceux-ci pourraient alors bénéficier enfin d’un processus d’apprentissage constructif, qui les distancierait des idéologies et de toute émotion, leur permettant de développer un sens indépendant de la critique par rapport aux événements. Le fait d’adopter une approche tenant compte de divers points de vue permettrait aux étudiants d’enrichir leur compréhension de la réalité, les encourageant à respecter la diversité et à comprendre les distorsions et les stéréotypes auxquels ils étaient incités à adhérer auparavant.

Certains pays européens ont adopté cette approche dans l’enseignement de l’histoire. On peut citer en exemple le projet « Southeast European Joint History », qui rassemble un groupe d’historiens et de chercheurs des Balkans dont le but est d’encourager la compréhension interculturelle et d’en finir avec les clichés largement répandus ainsi que les interprétations historiques nationalistes et ethnocentriques. Ce groupe a réussi à élaborer quatre manuels d’histoire, à partir de documents et de points de vue provenant de onze pays de cette zone géographique. En avril 2009, le Parlement européen a demandé aux responsables de l’éducation concernés d’adopter les manuels issus du projet. La Grèce a été la première à en autoriser l’utilisation dans ses écoles secondaires.

La forme est tout aussi importante que le fond quand il s’agit d’enseigner l’histoire. Robert Stradling, ancien professeur d’histoire de l’Université du Pays de Galles, le souligne justement dans son livre Multipersectivity in History Teaching : A Guide for Teachers (Tenir compte des différents points de vue dans l’enseignement de l’histoire : guide pour les enseignants) : « Le degré selon lequel les différents problèmes pourront être résolus, en particulier les difficultés d’apprentissage liées à la prise en compte de plusieurs points vue, dépendra de la façon générale dont l’enseignant aborde l’histoire et la manière dont les étudiants y sont préparés. »

Les professeurs d’histoire devraient être formés de façon à : pouvoir gérer la prise en compte de points de vue différents et de sujets sensibles, fournir de bonnes recommandations de lecture, comme des articles de presse donnant différents point de vue, organiser des débats entre les étudiants et promouvoir leur sens critique.

Dans le domaine de l’histoire, le recours à une approche qui tient compte de différents points de vue peut s’avérer une tâche complexe. Or dans un pays comme le Liban, la recherche de la vérité est un processus dynamique de dialogue continu, de communautés qui s’ouvrent les unes aux autres et qui partagent leurs histoires.

L’approche qui tient compte de plusieurs points de vue dans l’enseignement de l’histoire est la meilleure lorsqu’il s’agit de bâtir une mémoire collective dans laquelle nos enfants puiseront différentes histoires, sans oublier cependant les faits appris dans les chapitres de leurs livres.

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* Dalal Mawad est une journaliste libanaise indépendante, également coordinatrice pour la jeunesse et membre de l’exécutif du Parti écologique au Liban. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), avec l’autorisation du Daily Star.

Source: Daily Star, 20 novembre 2009, www.dailystar.lb
Reproduction autorisée.


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Rectificatif



Dans l'édition du 20 novembre dernier, une erreur s'est glissée dans l'article de Raouf Ebeid, Les femmes arabes en mouvement. Au paragraphe 5, il fallait lire : "... que les femmes ne pouvaient pas se couvrir le visage avec le niqab." Et non pas: "... que les femmes pouvaient choisir de ne pas porter le niqab". Veuillez nous excuser de cette erreur entièrement involontaire.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=268...


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