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Amani Batakji - CGNEWS - publié le Samedi 15 Mars à 10:53

Une école libanaise ouvre une fenêtre sur le monde




Amani Batakji : “Si vous ne surfez pas sur la vague du changement, elle vous engloutira.” (Anon.)



Saïda (Liban) – Paradoxalement, sans doute, le décor du changement au Liban se situe dans le cadre de la petite ville méridionale et méditerranéenne de Saïda. Souvent considérée comme un fief du conservatisme musulman, elle a pourtant donné naissance à une école novatrice et hardie qui a su communiquer à d'autres écoles de la région sa soif de s'ouvrir sur le monde extérieur.

Le lycée Houssam Eddine Hariri, qui accueille les élèves de la maternelle au secondaire, a pour ambition de conférer à ses élèves une connaissance approfondie de l'islam ainsi que les outils de réflexion critique qui leur permettront, connaissant mieux le monde, de mieux servir leur communauté. Pour ce faire, le lycée a adopté un programme scolaire international qui reprend les meilleures pratiques en cours, les associant pour créer un curriculum ambitieux pour les enfants. Ce programme est fourni par l'Organisation du Baccalauréat International (OBI), sise à Genève.

C'est à bon escient que j'emploie le mot "hardie". Située à deux heures en voiture de la frontière sud du Liban avec Israël, elle a trop souvent été le témoin des conflits entre ces deux pays.

De plus, cet établissement met sa mission au service d'une communauté conservatrice: donner aux élèves la connaissance de leur héritage afin qu'ils puissent fonctionner dans la société en tant que penseurs critiques et citoyens actifs. Dans une communauté de cette nature, le principe du changement et de l'ouverture vers l'Occident peut constituer un point d'interrogation. De ce fait, chaque fois qu'elle envisage un programme de mise en réseau ou d'affiliation à des organisations internationales ou occidentales, l'administration, contrainte de s'engager en terre inconnue, doit convaincre la communauté conservatrice pour laquelle elle travaille du bien fondé de sa démarche.

Dans la dernière partie de la déclaration de mission de l'Organisation du Baccalauréat International, on peut lire:

"Ces programmes encouragent les élèves de tous pays à apprendre activement tout au long de leur vie, à être empreints de compassion, et à comprendre que les autres, en étant différents, puissent aussi être dans le vrai."

Au vu des antécédents islamiques "conservateurs" de notre communauté et de notre école, cette phrase a soulevé un débat passionné au sein du conseil d'administration. Pourquoi "les autres" seraient-ils "dans le vrai"? Faut-il alors que nous renoncions à nos principes, et que nous enseignions à nos enfants que les enfants d'autres religions peuvent être dans le vrai?

Les fatwas (opinions juridiques islamiques) ne se discutent pas, si l'on en croit une opinion musulmane extrême et extrêmement répandue. L'islam serait la seule voie vers le salut. Il n'est donc pas aisé d'introduire une vision pluraliste qui intégrerait "les autres", tout en préservant notre identité religieuse propre dans son état actuel.

Dans les pays arabes du Golfe, et à mesure que ce programme se généralise, ce débat passionné est source de dissensions profondes dans les conseils d'administration de certains établissements, et des plus renommés. Cette recette de changement veut que l'école révise ses programmes, forme son personnel aux dernières trouvailles pédagogiques et fasse état de progrès tangibles.

En regardant de plus près cette déclaration, notre école y a vu une autre explication: l'occasion de diffuser nos opinions à travers le monde dans le cadre d'un échange culturel à double sens. Si d' "autres" peuvent être dans le vrai, alors "nous", avec nos particularités et nos complications culturelles, pouvons aussi être dans le vrai. Nous pouvons être ces "autres" différents afin que "l'autre" puisse enfin "nous" voir.

Nous sommes une des rares écoles parlant et enseignant l'arabe à participer à ce programme, aussi avons-nous pu l'enrichir de notre point de vue. Très peu d'établissements affiliés à l'OBI enseignent le même programme en trois langues – arabe, anglais et français.

La langue d'enseignement a une incidence considérable sur les décisions concernant les programmes. Ainsi, l'école a dû former les enseignants à enseigner les processus de recherche dans leur enseignement dans les trois langues, évitant ainsi de recourir à des matériels pédagogiques traduits.
D'un autre côté, le recours à une seule ou à deux langues seulement d'enseignement permet peut-être de mieux affûter les capacités de recherche des élèves. Les conclusions que nous avons tirées de cet exercice ont pu être utilement intégrées au processus pédagogique d'autres établissements.

En l'occurrence, l'école a donc dû recourir à des méthodes pédagogiques appropriées de recherche sans pour autant sacrifier l'apprentissage des langues.

Lors des discussions relatives à des décisions programmatiques, les problèmes de communication et de résolution des conflits se manifestent avec force. Ce programme, qui ne visait pas délibérément à une pédagogie de résolution des conflits, nous a cependant conduits à enseigner à nos enfants à se poser des questions, à prendre des risques, à s'adonner à la réflexion et à devenir des citoyens empreints de compassion, de principes et d'ouverture d'esprit.

S'ouvrir au monde ne signifie pas forcément recevoir et consommer passivement ce que d'autres nous disent. N'est-ce pas là le plus beau cadeau que nous puissions faire à nos enfants, eux qui doivent grandir, apprendre et réussir dans cette région du monde qu'embrasent les conflits et les tourmentes politiques?

* Amani Batakji est la coordinatrice de ce programme et la directrice de l'école élémentaire du lycée Houssam Eddine Hariri de Saïda.



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