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Abdelkarim Chankou - publié le Mardi 17 Juillet à 08:22

Une dictature éclairée vaut mieux qu’une démocratie aveugle




Que ceux ou celles qui me feront l’honneur de jeter un coup d’œil ce billet ne se méprennent pas sur son titre en me prenant pour un ennemi de la démocratie ou un nostalgique des années de plomb ! Je suis simplement un peu pessimiste par nature mais pas au point de devenir paranoïaque ou nihiliste. Passons maintenant l’intro et allons au vif du sujet.



Une dictature éclairée vaut mieux qu’une démocratie aveugle
Comme beaucoup de mes semblables en conviennent la démocratie a ceci de fâcheux qu’elle porte en elle-même les germes de son autodestruction. A mois qu’elle soit flanquée d’un nombre suffisant de garde-fous, elle peut déraper à tout moment  pour faire revenir un pays, pas aux années de plomb, c’est peu,  mais aux années de fer ! Et le danger d’une rétrogradation malheureuse est d’autant plus grave et facile que le pays en question ne fait pas partie d’un ensemble géopolitique intégré dont les instances communes peuvent jouer le rôle de régulateur et de contrôleur. Voyez ce qui se passe en Grèce ! Si cet Etat n’était pas membre de l’union européenne, avec la crise financière où il est enfoncé, il aurait déjà marqué son retour aux années d’avant le 17 novembre 1973, celles de la dictature militaire.

Le Maroc, vous l’avez deviné, est le pays dont il s’agit dans ce billet. Il est membre d’une Union du Maghreb Arabe qui non seulement est une coquille vide mais n’a rien à lui apprendre en matière de démocratie. Idem de la Ligue arabe et de l’Union africaine qu’il s’apprête à réintégrer après en avoir claqué la porte en 1984. Donc le Maroc qui s’est engagé dans une nouvelle expérience en matière de gestion de la chose publique depuis la constitution réformée de juillet 2011 est un peu seul dans sa nouvelle voie. Bien sûr il y a les pays amis comme les Etats-Unis et leurs alliés qui observent le déroulement de cette expérience et qu’ils souhaitent réussir afin de la reproduire dans d’autres pays arabes ou similaires. Et c’est justement là tout le danger. Le Maroc sert de cobaye dans une expérience dont les paramètres ont été définis dans des officines de bureaucrates qui parfois ne connaissent du Maroc que la sardine et l’orange. C’est vrai que ce n’est pas nouveau : le Maroc a souvent servi de cobaye dans le passé, mais sur le plan économique seulement. Cette fois il s’agit de politique. C’est sérieux. On est devant un casse-tête : on veut « apprivoiser » le Hamas pour le rendre présentable au gouvernement israélien. On pense qu’un processus de normalisation à la sauce PJD pourrait marcher. On commence d’abord par lancer ce parti pour qu’il arrive au pouvoir et ensuite on l’observe ainsi que les réactions qu’il suscite  en espérant trouver le moyen de reproduire l’expérience en Palestine. Mais cette équation a deux inconnus. Et non des moindres ! Le temps et l’espace. Au Concernant le temps, la victoire du PJD a été rendu facile outre la bienveillance de certains « big Brother », par l’érosion des partis classiques  que  60 ans de péripéties ont disqualifiés. Or l’autorité palestinienne, elle, n’a que 16 années d’existence et exceptées quelques erreurs en matière de gouvernance, le Hamas aura beaucoup de peine à s’imposer face à elle si des élections libres, je dis bien libres c’est-à-dire affranchies de toute intervention extérieure,  ont lieu. Bien entendu la bombinette que vient de lancer Al Jazeera quant à un éventuel empoisonnement de Yasser Arafat au polonium est de nature à fragiliser le Fatah, mais il faudra beaucoup plus que ça pour que le Hamas devienne le « PJD de la Palestine ». A moins que l’Arabie saoudite, le plus important soutien à l’Autorité palestinienne, change d’avis sous l’influence de l’Egypte dirigée désormais par le  frère musulman Mohamed Morsi. Mais on n’est pas encore là.

L’autre inconnue, l’espace. Le Maroc se situe dans un espace où durant plusieurs siècles ont cohabité diverses ethnies et cultures si bien que la mosaïque « plurichromique » qui en a découlé a rendu tout risque de voir le pays dirigé un jour par un parti unique  impossible. Malheureusement, cette immunité contre le parti unique semble faiblir. En fait il n’y a pas pire poison pour le multipartisme que la pensée unique !  Or la pensée unique se nourrit de l’idéologie totalitaire. Le PJD séduit d’abord par ses références islamiques. Si Hassan II avait dit un jour que « n’est dans l’opposition que celui qui est contre les institutions », aujourd’hui on peut dire sans médire « n’est dans l’opposition au PJD que celui qui est  contre la religion ». C’est la pensée unique ! C’est pourquoi j’ai commencé mon billet par  rappeler que toute démocratie porte en elle-même les germes de sa mort. Et que n’est vraiment irréversible quand on n’est pas vacciné ou entouré de garde-fous en nombre suffisants. Car une démocratie non contrôlée c’est comme les régimes minceur drastiques, on perd 10 kilogrammes pour en gagner 20 !

Alors messieurs les expérimentateurs sachez où vous mettez les mains. Sinon, in fine, vous aurez un émirat islamique et borné en Palestine et une démocratie aveugle au Maroc. Qu’à Allah ne plaise !



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