Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Appel à renforcer le rôle des jeunes dans le suivi de l’Agenda 2030 à... | via @lemagMaroc https://t.co/CmCOvzqFM2 https://t.co/80Vlht9g1c



Nadia Birouk - publié le Lundi 26 Mai à 22:00

Un siècle d’échecs scolaires







L’école est un établissement éducatif où l’enfant peut exercer ses habiletés et où il peut communiquer avec l’Autre. Il est facteur de socialisation et une boîte d’informations (de toutes sortes) et de culture.

L’école peut aider l’élève à s’épanouir comme elle peut le détruire et le déstabiliser au niveau de son avenir socioculturel. Nous parlons souvent de l’échec scolaire et ses effets sur l’apprenant. Nous dirons, que notre siècle est un siècle d’échecs scolaires. En quoi consistent-ils ? Comment parviendrons-nous à délimiter ce phénomène dont souffre la plupart des pédagogues et des sociologues ? Quelles en sont les causes ? Et quelles en sont les conséquences ?



Qu’est qu’un échec ?

Selon Le petit Robert, l’échec est le fait de rater ou de manquer quelque chose. C’est le fait de ne pas réussir, faire des efforts pour rien ou ne rien faire tout simplement. Cette définition demeure superficielle, puisque l’échec varie d’un individu à un autre et d’une situation à une autre. C'est-à-dire que l’être humain, durant toute sa vie, ne fait que subir un ensemble de faits où l’erreur, l’expérience, l’ignorance, la réussite, l’échec… s’entremêlent pour construire sa personnalité et pour qu’il puisse coexister avec ses semblables. C’est l’Autre qui nous conditionne et qui juge nos actes. C’est l’Autre qui détermine nos critères de l’échec ou de la réussite. En effet, chaque acte individuel est défini socialement. Nous ne pouvons dissocier le comportement de l’être humain de son existence sociologique, car ses comportements, quoiqu’ils soient individuels, sont indiquer par l’Autre. L’échec en général est un résultat négatif condamné par la société. En quoi consiste alors, l’échec scolaire ? Où se manifeste-t-il ? Comment le définir ?

L’échec scolaire

• Définitions

Les conditions sociales influencent l’apprentissage scolaire parfois négativement. Nous parlons dans ce cas, de l’inadaptation scolaire comme étant un objet sociologique qui entraîne l’échec scolaire ce qui a amené les pédagogues en France à étudier ce phénomène.

Pour construire sociologiquement la clinique des inadaptations scolaires, nous nous sommes appuyés dans notre interprétation sur les thèses développées par Bourdieu et Passeron dans La Reproduction. Dans une formation sociale où l’école est un moment obligé de pédagogique qui lui est spécifique, l’arbitraire culturel que les rapports de force entre groupes et classes constitutives de cette société, ont mis en position dominante. La fréquence et l’intensité des ’’échecs scolaires’’ propres à chaque groupe et classe, y sont une fonction des différences que leurs arbitraires culturels présentent avec celui que l’école impose. Autrement dit, plus ces différences sont importantes, plus les enfants sont prédisposés à ’’échouer.’’ Patrice Pinell, Markos Zafiropoulos, un siècle d’échec scolaire (1882-1982), p.13.

La différence entre l’espace familial et l’espace scolaire relate l’échec scolaire qui reste le résultat logique de ce contraste. Nous pouvons définir l’échec scolaire comme étant une crise de l’enseignement qui ne prend pas en considération la société qui présente, en elle-même, tout un système éducatif des valeurs, des savoirs qu’il a pour charge de transmettre une culture (un patrimoine), une autre vision de voir et de qualifie l’Autre...

Théories et études

Plusieurs recherches étaient faites dans ce sens, à titre d’exemple ’’la découverte’’ des inadaptations scolaires de Patrice Pinelle et Markos Zafiropoulos, qui est un phénomène récent, contemporain dû à la naissante de la psychopédagogie. Notamment, la ’’clinique des échecs scolaires’’ caractérise les premières études d’écoliers issus des ’’classes sauvages’’ de la société. Elles incarnent les études des frontières, voire les limites de la mission civilisatrice de l’obligation scolaire. Ce qui nécessite un enseignement spécialisé :"(les classes de perfectionnement). Cet essai médico-pédagogique en France se démarque par l’élaboration d’un nouveau corpus théorique, qui tient compte des études de A. Binet qui trouve que le classement des individus est fondé sur l’inégalité de leurs aptitudes intellectuelles. Ce point de vue ou ce résultat, fait apparaître le sujet ’’débile’’ comme ’’l’avatar malheureux d’une conception moderne de l’homme’’. Ce qui n’est pas toujours exacte."

Actuellement l’enseignement a subi des transformations systématiques énormes qui ne font qu’aggraver, parfois, les inadaptations scolaires qui s’accroissent et se diversifient. Les psychiatres – psychanalytiques ainsi que les sociologues occupent donc les positions dominantes. Nous parlons également, des études socio-historiques qui essayent de clarifier la notion de l’échec scolaire et de chercher ses origines historiques. Les spécialistes du secteur ne sont pas seulement mus par une volonté de chercher la vérité, mais par un souci de trouver les solutions convenables en tirant profit des lacunes socio-historiques qui bloquent l’apprentissage ou qui entraînent l’échec scolaire, voire social.

En effet, depuis la révolution française (1789), la question scolaire y est un enjeu décisif du rapport de force entre les différentes fractions des classes dominantes ce qui a donné libre cours aux études et aux théories sociologiques...

Les causes de l’échec scolaire

Causes affectives

La famille est la première société qui constitue les individus. Le premier lieu éducatif qui influence en grande partie l’avenir scolaire de l’apprenant, voire son avenir social (soit négativement, soit positivement). Un enfant ne fait qu’imiter ses parents dans leurs moindres actions. Si ces derniers ne tiennent pas compte du niveau affectif de leur enfant et de l’importance de l’orienter vers son bien ou vers lui-même ; s’ils ne font pas leur mission éducative comme il le faut ; s’ils ne préparent pas leur enfant psychiquement et physiquement à affronter l’école, ils provoqueront automatiquement l’échec scolaire de leur petit : vu la distance flagrante entre le milieu familial et le milieu scolaire…

Causes cognitives

Pour Jean Furri et Jean-Paul Gourévitch, l’échec scolaire est dû à l’inefficacité de l’information scolaire : l’échec, selon eux, est le résultat du contenu (présenté à l’école) qui ne répond pas aux besoins réels des élèves et qui ne répond pas à leurs centres d’intérêts. D’ailleurs, la culture programmée dans les écoles est imposée aux élèves. Par contre, la société est un champ ouvert de culture. Ce qui provoque l’inégalité des chances dans un système qui impose un savoir contradictoire au quotidien.

De point de vue plus pragmatique en tout cas, force de constater que l’enseignant aujourd’hui n’est plus à faire autorité en matière de culture, la télévision, la radio, [l’internet], les journaux, l’affiche publicitaire sont eux aussi ’’transmetteurs reconnus de culture’’ (…) La culture médiatique existe à la mesure de la diversité des supports qui la diffusent…[3]

Nous pouvons parler dans ce cas, de l’inadaptation scolaire due au savoir présenté à l’école. Ce dernier reste démotivant dans la mesure où il n’implique pas l’élève. Nous ne parlons plus, actuellement, des capacités ou des compétences cognitives, car les études prouvent que chaque individu a des habiletés et des compétences qui lui sont propre et que le fait de parler des débiles ou des avatars demeure sans fondement scientifique. En effet, le progrès prive l’enseignant du privilège d’être le maître de l’information.

Causes organisationnelles

Le système scolaire tel quel est conçu par le gouvernement est souvent subjectif dans la mesure où il dépend des besoins politiques, comme il entrave la création personnelle. Tout est dicté par le gouvernement : les programmes, les méthodes, les stratégies, les supports et même le temps prévu pour chaque activité ce qui bloque le professeur et ce qui démotive l’élève. Les manuels et mêmes les œuvres ne présentent aucun champ d’investigation, comme ils déstabilisent et délimitent l’apprentissage. Quand l’école véhicule : idéologie politique, quand elle incarne une crise profonde d’autorité dogmatique… Derrière ces résistances des systèmes pesants, hiérarchiques descendants du vécu politique se cachent l’échec scolaire. L’école doit être décentralisée, autonome. Il faut retrouver le sens du quartier, du territoire de l’espace. C’est-à-dire que l’école doit tourner le dos aux règles traditionnelles. Elle doit adopter un système qui convient son entourage et sa politique. Les contraintes institutionnelles demeurent la condition principale des échecs scolaires.

Causes matérielles

Dès le 19ème siècle l’enseignement est devenu une entreprise dont-on parle de rentabilité. Tout le monde affirme que l’école doit poursuivre un système économique de rendements. L’école demande des outils précis et un système dont-on parle de la gestion économique. Les parents mêmes ne renvoient leurs enfants à l’école que pour garantir à ces derniers un emploi convenable. Lorsque le nombre des chômeurs augmente, les jeunes ne s’intéressent plus à l’école. Ils disent tous, qu’il s’agit d’une perte de temps et d’argent. Ce qui provoque leur échec scolaire. Les pauvres aussi ne peuvent poursuivre leurs études malgré leurs talents ce qui détruit leur avenir et bloque leurs compétences. De plus, les établissements publiques ne peuvent subvenir aux besoin des élèves qui souffrent généralement d’un niveau instable et bas.

Il y a également d’autres causes. Notamment les causes communicatives qui demeurent une forme de socialisation orientant les élèves vers de différents codes de la parole. La moindre perturbation à ce niveau, peut entraîner évidemment l’échec scolaire… L’ensemble de ces conditions participent à la condamnation de l’avenir de l’apprenant. Toutefois, parfois, ces problèmes peuvent pousser un élève à obtenir de bons résultats lorsqu’il conçoit le savoir comme un refuge, comme un moyen de délivrance.

Les conséquences néfastes de l’échec scolaire

L’échec scolaire introduit des maladies sociales de graves conséquences. Notamment : les crimes, les ’’débiles,’’ le chômage, l’incompréhension de l’Autre, la non- communicabilité, la solitude, l’exclusion… La société ne peut accepter ceux qui échouent. Parfois, l’échec scolaire veut dire la même chose que l’échec social tant qu’on considère l’école comme étant la clef qui ouvre toutes les portes. Elle est même le seul moyen, actuellement, qui importe le plus. L’échec scolaire entraîne l’élève ’’qui a échoué’’ dans une impasse et bloque ses capacités dans la mesure où il menace son avenir tout entier.

L’échec scolaire peut élargir l’écart entre les classes sociales et aggraver la différenciation entre les individus. Le progrès ne peut avoir lieu dans ce sens, le développement diminue au fur et à mesure dans l’absence d’une bonne éducation, voire dans l’absence de la réussite scolaire. L’échec scolaire a des conséquences néfastes puisqu’il peut détruire l’individu moralement et socialement, comme il peut causer d’énormes dégâts économiques, éducatifs, sociaux, politiques qu’on ne peut résoudre. L’échec scolaire est un phénomène horrible qui reste le problème du siècle dans la mesure où les études s’accroissent et se multiplient sans cesse afin de résoudre ce problème.

Conclusion

L’école ne peut plus se plier sur elle-même. Nous aspirons à des échanges avec le monde extérieur, avec toutes ses diversités. Cette ouverture est nécessaire pour créer une médiation entre la société et l’école comme moyen de socialisation.

Il faut découvrir l’environnement social et naturel de l’école en voyageant vers l’Autre. Les enseignants doivent établir une ’’collaboration effective’’ avec les parents d’élèves qui doivent s’associer aux projets de l’équipe éducative. L’éducation doit être technologique pour qu’elle soit une réflexion sur les modifications entraînées dans le processus d’apprentissage et dans une situation pédagogique non politique. Comme il faut revoir la situation des écoles, la qualité des programmes et surtout l’effectif des élèves en classes qui peuvent entraver toute réforme dans ce sens.

L’échec scolaire reste la problématique du siècle qui nécessite des recherches sur terrain, des études approfondies et sérieuses pour trouver des véritables solutions à ce phénomène social et pour éviter de reproduire l’inégalité sociale, au moins, au niveau cognitif.

Bibliographie
. Patrice Pinell, Markos Zafiropoulos, Un siècle d’échecs scolaire, les éditions ouvrières, Economie et humanisme, Paris, 1993

. Basil Bernstein, Langage et classes sociales, Minuit, Paris, 1975

. Jean Furri, Jean-Paul Gourévitch, Bernard Benattar, Le Métier d’enseigner, Fleurs, Education et société, 1987.

. Le Petit Robert, Paris, 1998.

Notes:
1. Patrice Pinell, Markos Zafiropoulos, Un siècle d’échecs scolaires, les éditions ouvrières, Economie et humanisme, Paris, 1993, p.17
2. Jean Furri, Jean-Paul Gourévitch, Bernard Benattar, Le Métier d’enseigner, Fleurs, Education et société, 1987, p.109
3. Op.cit., p.109
4. Basil Bernstein, Langage et classes sociales, Minuit, Paris, 1975, p.231-232



               Partager Partager