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Noa Ma'ayan - publié le Lundi 22 Avril à 01:00

Un séminaire change le paradigme d'oppresseur/opprimé






Un séminaire change le paradigme d'oppresseur/opprimé
Meona, Israël – Un soir, alors que je me trouvais au Esalen Institute, dans la région de Big Sur, en Californie, pour participer à un séminaire, je me suis assise à table avec une des femmes israéliennes avec lesquelles j'avais voyagé.

Mon amie appartient à la communauté arabe bédouine de Néguev, elles est mère de quatre enfants et la deuxième épouse de son mari. Au cours du séminaire, elle m’a confié qu’elle devait faire face à nombre de difficultés. Elle m'a avoué qu'elle croulait sous le fardeau que représentaient sa famille et les restrictions qu'impliquent le fait d'être une femme arabe en Israël ; qu’elle cherchait des moments de silence durant la journée, uniquement pour être seule avec elle-même.

Malgré son récit, ce soir-là, nous avons ri, savouré la nourriture, et apprécié la mer, l'air, les piscines, les espaces ouverts et la liberté d'être nous-mêmes.

Le temps passé au Esalen Isntitute a été l'occasion pour nous toutes, Israéliennes arabes et juives, de nous exprimer sur pied d’égalité, contrairement à ce qui est le cas dans la société israélienne.

Les séminaires portaient sur notre voix intérieure et sur les manières de l’extérioriser. Ils nous ont permis de révéler des émotions qui sous-tendent notre vie et de les illustrer à travers différents récits. Nous avons également demandé aux femmes arabes si elles se définissaient en tant que Palestiniennes ou Israéliennes.

Une des participantes arabes a parlé de son expérience en tant qu'étudiante à l'université. Tous les matins pendant deux années, elle a été fouillée à l'entrée du bâtiment, malgré le fait que les gardes la connaissaient et la saluaient poliment. Elle se considérait Israélienne arabe, et se sentait pourtant comme une citoyenne de seconde classe.

En Israël, le sentiment de supériorité des juifs face aux arabes l’emporte sur l’amitié, quelle qu’en soit sa force. L'identité juive est plus forte que l'identité d'un état démocratique, quel que soit le degré de libéralisme dans nos idées. Un juif en Israël s'exprimera toujours plus librement qu'un arabe, qu'il s'agisse de ses opinions, de ses désirs ou des ses désaccords.

Pourtant, lorsque nous sommes arrivées au Esalen Institute, ces inégalités se sont dissipées. Nous avons pu approfondir nos discussions au sujet de l'identité nationale, du rôle et du statut de la grande minorité arabe du pays.

Lors du dîner ce soir-là, une jeune femme assise en face de nous – journaliste allemande – a souhaité connaître mon nom et mes origines.

Lorsque j'ai entendu qu’elle était allemande et compris qu’elle s'intéressait à la vie des juifs en Israël, je me suis vue représenter les deuxième et troisième générations de l'Holocauste. Je me donc suis adressée à elle exclusivement, lui racontant des histoires personnelles : mon grand-père décédé pendant l'Holocauste ; mon père qui, étant enfant, se cachait dans les forêts enneigées pour fuir les nazis et ; mes oncles dans le camp de concentration de Bergen-Belsen situé dans le nord de l'Allemagne. La journaliste m'écoutait ébahie.

Soudain, son silence m’a touchée. Comme au sortir d’un rêve, j’ai pris conscience que mon amie du Néguev était assise à mes côtés.

Et je lui parle de l'Holocauste ? Est-ce moi, la victime ?

Quelle vie mène-t-elle, en tant que femme arabe sujette à un système patriarcal au sein de sa communauté tout en vivant dans un pays contrôlé par des juifs ? Qu'entend-t-elle dans mes histoires ?

J'avais honte.

La proximité avec mon amie a bouleversé mon point de vue et m'a montré une réalité que je n'avais jamais vue aussi clairement. A cet instant, nous étions trois femmes. Ni juives, ni musulmanes, ni chrétiennes ; ni israéliennes, ni palestiniennes, ni allemandes ; nous n’étions ni l’oppresseur, ni l’opprimé; ni les dirigeants, ni les sujets – nous étions trois femmes assises tranquillement à un repas.

Depuis mon retour du séminaire au Esalen Institute, je continue de contempler ce qui m'a frappé ce jour-là. Je me trouve plus sensible à la diversité sociale et plus bienveillante, envers moi-même et envers les personnes dans mon entourage.

Je souhaitais partager cette expérience et dire shalom - un mot hébreu qui signifie « bonjour », « complet » et « paix ».

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* Noa Ma'ayan exerce l’activité de modératrice entre femmes arabes et juives au sein d’une association à but non-lucratif appelée Together, Beyond words (Ensemble, par-delà les mots). Article écrit pour Service de presse de Common Ground (CGNews).


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