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par Khaled Diab - publié le Lundi 20 Avril à 21:49

Un moyen de communication indispensable






Bruxelles – Bien que le champ de bataille médiatique israélo-palestinien soit terrible et profondément enraciné, les journalistes ont le devoir de s'aventurer dans la zone tampon entre les deux camps, au risque d'être pris entre deux feux.

Le conflit israélo-palestinien est l'un des plus longs et des plus âpres au monde. L'acrimonie et la radicalisation associées à ce conflit ont converti les médias en un véritable champ de bataille. En fait, la question de la partialité même est devenu le théâtre des guerres médiatiques; un camp accuse les médias d'avoir un point de vue anti-israélien, tandis que l'autre allègue un parti pris anti-palestinien.

L'échange de tirs sur cette question s'est révélé particulièrement véhément pendant la guerre de Gaza.

Dans un tel contexte d'hostilité, même le journaliste qui fait preuve des meilleures intentions et de la plus grande objectivité peut être pris entre deux feux. Néanmoins, il est crucial qu'il y ait plus de journalistes, et notamment de journalistes israéliens et palestiniens, qui renoncent à la dichotomie ''nous et eux'' et recherchent une ligne plus juste pour les deux parties.

Si le pouvoir des médias ne doit pas être surestimé, il a cependant le potentiel d'aggraver le conflit en étayant et en confirmant des clichés négatifs, ce qui perpétue l'hostilité et bat le tambour de la guerre, ou de servir la quête de paix en contestant et en modifiant la manière de voir des individus, ce qui développe la compréhension et améliore les relations.

Alors, que peuvent faire les médias pour être plus constructifs?

Les médias devraient mettre l'accent sur les points positifs et ne pas seulement se préoccuper des points négatifs. Dans les médias occidentaux, on a souvent l'impression que le Moyen-Orient ne génère que de la violence ou presque. Nous savons tous que la violence fait la manchette des journaux mais la non-violence et les efforts de paix qui émanent de la base devraient aussi faire l'objet d'une couverture médiatique. Les médias palestiniens, arabes et israéliens doivent tous consacrer une plus grande couverture aux événements positifs du camp adverse et veiller à ne pas toujours regarder l'autre à travers le prisme du conflit. Il faut également qu'ils consacrent plus d'espace pour développer une plus grande compréhension du caractère culturel et social de l'autre partie.

Les médias devraient être, d'une part, un moyen permettant d'envisager le conflit de manière créative et originale et d'autre part, un intermédiaire pour la discussion. A cet égard, les forums en ligne et les sites de réseaux sociaux jouent un rôle essentiel en permettant aux Arabes et aux Israéliens de dépasser les clivages géographiques et politiques et de communiquer directement.

L'opinion des écrivains et des journalistes peut également exercer une influence considérable. Etre chroniqueur, c'est exprimer son opinion et l'opinion est par essence subjective. Mais si la subjectivité est alliée à l'équité, elle peut être extrêmement utile.

Personnellement, j'essaye de me servir de ma colonne au Guardian comme d'une plateforme pour humaniser les deux parties au conflit, pour défendre des valeurs cohérentes lorsque je porte un jugement sur les actions, pour contester les manières de voir, pour penser différemment et faire ressortir la complexe réalité humaine, sociale et culturelle de deux peuples et ce, afin de faire de la place à ceux qui osent traverser les ''lignes ennemies''. Dans toute une série d'articles, j'ai abordé de front les stéréotypes et les erreurs d'interprétations que les Arabes et les Israéliens ont ou commettent les uns à l'encontre des autres. J'ai également exploré des voies novatrices pour aller vers la paix tels que les mouvements relatifs à la non-violence et aux droits de la personne.

De façon plus créative, j'ai écrit un jour une colonne dans laquelle j'ai imaginé un avenir irréel et pacifique situé en 2048, ce qui a conduit un lecteur à signaler l'existence d'un concours de rédaction d'essai (sponsorisé par ''One Voice'', une organisation à but non lucratif, et distribué par le Service de Presse de Common Ground) pour lequel des enfants israéliens et palestiniens imaginaient leur propre avenir sans conflit. J'ai été tellement bouleversé par leurs visions que j'ai écrit une autre colonne pour exhorter les adultes à ''laisser les enfants s'emparer du processus de paix et apporter la sensibilité et la compétence de l'enfance''.

Ma démarche a été sévèrement critiquée à la fois par les pro-israéliens et par les pro-palestiniens, souvent en réaction au même texte. Malgré l'hostilité marquée, une telle démarche porte ses fruits. Il est encourageant de voir qu'un terrain d'entente est possible. Ainsi que me l'a fait remarquer un lecteur: ''les récits historiques partiaux sont toxiques. En tentant de faire un récit unifié, vous faites du bon travail.'' Un autre lecteur m'a écrit: ''Merci pour cet article encourageant qui remet positivement en question le point de vue de chacun sur ce conflit.''

Je suis souvent agréablement surpris par la maturité de la discussion qui naît entre les lecteurs de mes articles. Il est vraiment exaltant de voir à quel point les voix de la ''majorité silencieuse'' peuvent être constructives lorsqu'elles sont amenées à s'entretenir. C'est pourquoi il est essentiel d'avoir des médias plus objectifs si nous voulons que ce conflit débouche sur une issue positive.


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