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CGnews - Emarrakech - publié le Samedi 24 Janvier à 10:53

Un message simple : les personnes peuvent résoudre les conflits




Munich – Lorsque Dekha Ibrahim Abdi se présente au cours de gym de l’école Salvator Girls’ School à Munich, la salle se retrouve plongée dans le silence. Les jeunes filles de 16 ans sont immédiatement médusées par sa présence. Elle porte un foulard de couleur verte autour du visage et une robe longue assortie. De la sérénité et de la fermeté se dégagent de ses yeux marron foncé.



Elle est venue à Munich sur invitation du Nord Süd Forum pour parler de son activité de pacificatrice. Son message est simple: les personnes peuvent résoudre les conflits, même si ceux-ci semblent parfois désespérés.

Dekha Ibrahim Abdi s’avance vers le microphone et parle clairement, expliquant comment elle a recours à des méthodes simples pour intervenir en qualité de médiatrice entre des personnes qui, sous l’emprise de la colère et du désespoir, risqueraient sinon de prendre les armes.

Abdi ne sait que trop bien que la violence existe. Elle est née dans le district de Wajir, dans le nord-est du Kenya, région limitrophe de la Somalie, et elle appartient à la communauté ethnique somalienne. Traditionnellement, les femmes ont une place importante dans la société nomade en Somalie. “Dans cette région inhospitalière, les femmes ont toujours contribué aux besoins de leurs familles”, explique Abdi.

Le district de Wajir n’est pas une région paisible. L’état d’urgence y a été décrété jusqu’en 1990 alors que les rebelles somaliens combattaient pour la rattacher à la Somalie. Le gouvernement kenyan a contraint la population à vivre dans des villages surveillés et un certain nombre de conflits armés ont éclaté entre clans rivaux. Aujourd’hui encore, les conflits sont courants dans cette région extrêmement pauvre à cause des points d’eau, de vols de bétail et de querelles familiales.

Abdi est devenue enseignante dans une école de filles. Elle a découvert que les enfants étaient parfois tués sur le chemin de l’école. A la naissance de sa première fille, en 1991, elle décida de faire quelque chose pour mettre fin à la violence. “Je n’oublierai jamais ce que ma mère me confia alors” dit-elle. “Lorsque tu es née, j’ai dû te protéger et maintenant, toi aussi tu as des raisons de craindre pour ta propre fille.

Cela ne cessera-t-il donc jamais?”

Avec l’aide de trois autres femmes du coin, Abdi a commencé à discuter des problèmes dans le district. Les disputes au marché, les problèmes à l’école, les bagarres familiales, aucun conflit n’était anodin. Les femmes ont rapproché les parties rivales qui se sont disputées, battues, ont crié, parlé pendant des heures et des heures et ont réussi à ramener bon nombre de problèmes à un niveau humain. “Les gens doivent décharger leur rage et leur colère avant de pouvoir parvenir à un accord”, affirme Abdi.

C’est ainsi que débuta sa carrière de médiatrice et de pacificatrice.

Les femmes négocient avec les aînés des clans, avec les autorités, les entrepreneurs influents et les hommes politiques.

“Il est relativement facile de s’imposer aux yeux des chefs religieux et des aînés des clans” et elle ajoute en souriant: “J’accepte leurs règles.

Alors, ils oublient que je suis une femme et ne me considèrent que pour le rôle que je remplis.”

La tâche est plus ardue avec les hommes d’affaires et les hommes politiques, fait-elle remarquer. “Ils ne sont pas intéressés par le bien commun. Si vous interférer dans leurs affaires, ils peuvent se mettre en travers de votre chemin.” Son travail exige une patience sans bornes et une grande détermination. “Il ne faut jamais juger les gens, sinon on ne peut pas faire ce travail.”

Dekha Ibrahim Abdi vit maintenant dans la ville portuaire de Mombasa avec son mari et ses quatre enfants. Elle travaille comme conseillère auprès d’organisations, mais sa mission reste la résolution des conflits. Son travail a été reconnu par le gouvernement kenyan lorsqu’il lui a demandé en 2006 d’intervenir en qualité de médiatrice dans la province de Rift Valley, mission pour laquelle elle s’est vue décerner le prix Nobel alternatif en 2007.

Sa méthode est également employée pour gérer les conflits qui ont lieu en dehors du Kenya, en Somalie et en Ethiopie. Un de ses anciens camarades d’études, Mohammed Suleman, travaille en s’inspirant de son concept de forums d’échanges dans la région afghane de Kunduz.

En janvier 2008, des émeutes ont éclaté suite à l’élection présidentielle au Kenya. Le président titulaire Mwai Kibaki a lui-même déclaré sa victoire le soir du scrutin, éveillant ainsi les soupçons. Son rival, Raile Odinga, a également affirmé avoir remporté les élections. Le conflit éclata alors au sein des lignes ethniques.

Ce fut la première fois qu’Abdi était appelée pour intervenir au niveau national. Elle passa quatre mois à mettre en place des forums d’échanges dans les trois districts de Nairobi où les gens se sont rassemblés pour parler des problèmes urgents: maisons calcinées, pillages, magasins vides.

Les émeutes au Kenya ont causé la mort de 1300 personnes et fait 350 000 réfugiés.

Le 28 février 2008, le chef de l’opposition, Odinga, recevait les pouvoirs partagés, ce qui eut pour effet de calmer le jeu.

Abdi, son mari et son frère se sont rendus en pélerinage à la Mecque en septembre. “Après cette tâche difficile, j’étais épuisée et j’avais besoin de recharger les accus de toute urgence”, dit-elle. Elle compte sur la prière pour trouver la force au quotidien aussi. “Vous ne pouvez faire la paix que si vous êtes en paix avec vous-même”, souligne-t-elle. Et lorsqu’Abdi est harassée par sa lourde besogne, elle va nager dans l’Océan Indien. “J’abandonne tout mon stress à l’océan et peux ensuite retourner travailler.”

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* Claudia Mende collabore régulièrement à la publication en ligne en langue allemande Qantara.de



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