Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Tracés Nomades- Voyages à travers les écritures à Dar Bellarj: Voilà... | via @lemagMaroc https://t.co/GUkHh4g14o https://t.co/jGJNtDHv14



Mohamed Lotfi - publié le Jeudi 24 Mars à 14:17

Un marocain révolutionnaire, à sa manière..!




Puisqu'on parle beaucoup de révolution de nos jours, je vous présente un compatriote! Un révolutionnaire à sa manière.



La marche verte. 1975. Hamid Kiran
La marche verte. 1975. Hamid Kiran
Il y a de cela très longtemps, au cœur des années de plomb, cet homme a fait sa révolution, tranquille, discrète, presque anonyme, mais néanmoins une véritable révolution. Durant presque 40 ans, il était caissier d'une banque. Le jour, il comptait des chiffres. Le soir et la fin de semaine, il changeait le monde en étant artiste-peintre, danseur, chorégraphe et poète. Aujourd'hui, un peu partout dans le monde, des marocains comme moi, lui doivent leur épanouissement, leur ouverture sur la modernité et sur le monde. Le point culminant de sa révolution fut le FRAT. Le Foyer de recherche artistique et théâtrale qu'il fonda en 1968 avec la collaboration d'une grande Dame, Nina Baldoui (la générosité en personne). Grâce à elle et son local-studio, situé juste à côté de l'hôtel Hassan à Rabat, des centaines de jeunes marocains, garçons et filles, ont été initiés à la danse classique par notre révolutionnaire. Il ne se contentait pas de donner des cours de danse, il racontait la danse, ses époques, ses grandes figures et sa raison d'être. À travers le royaume, ces jeunes ont laissé des traces de leur art, avec des spectacles inspirés de plusieurs styles, du classique, du modernes et évidemment de notre patrimoine folklorique (Poèmes de sud). Dans une période qu'on qualifie aujourd'hui de plomb, cet homme avait semé le sens de la beauté et de la grâce dans la tête d'une jeunesse marocaine douée sans le savoir pour l'art. À sa manière, notre révolutionnaire faisait de l'éducation populaire. Il le faisait bénévolement. Très souvent, il dépensait de ses poches les frais des déplacements, des costumes et des décors. Aujourd'hui, j'ai deux frères en Allemagne. Tous les deux ont mené une carrière exemplaire en tant que danseurs professionnels. L'un à l'Opéra d'Essen, l'autre à l'Opéra de Berlin. C'est au FRAT, avec notre révolutionnaire, qu'ils ont été initiés à la danse classique sans savoir qu'un jour ils en feraient un métier. Je peux citer des dizaine d'autres exemples. Ceux comme moi qui n'ont pas donné suite à la danse et au théâtre, doivent à leur passage au FRAT d'avoir découvert en eux-mêmes la part lumineuse. Hassan II avait assisté à un spectacle de danse dont notre révolutionnaire était le metteur en scène au début des années 70 au théâtre Mohamed V. Il a été le chorégraphe pour d'autres spectacles nationaux dont celui d'un Opéra présenté à la grande porte de Chellah. Pour célébrer la fête de la jeunesse de 1979, le spectacle ''De l'obscurité à la lumière'' a connu la participation de quelques 300 jeunes issus des orphelinats du Maroc. Dans cette aventure qui a demandé des mois de préparation, ce n'est pas le spectacle à grand déploiement qui était le plus important. Ce sont les heures de préparation et de discussion avec tous ces jeunes, venus de plusieurs villes. Pour tous ces jeunes marocains, cet homme n'avait rien du modèle d'autorité auquel ils étaient habitués dans leurs orphelinats. Entre deux cours de danses, entre deux répétitions, les jeunes retrouvaient en lui l'éducateur et le confident. Celui avec qui ils pouvaient parler librement. Parler de danse, de musique, parler aussi de leurs rêves, leurs projets et de leurs questions existentielles. Pour plusieurs jeunes, cette bouffée de liberté, cette initiation à la culture ont été un moment fondateur, un moment déterminant dans leur vie. Notre révolutionnaire s'appelle Hamid Kiran. Aujourd'hui, à 75 ans, il a aussi derrière lui une vie de peintre. Depuis 60 ans, il peint encore, chaque jour. C'est l'un des très grands et des plus prolifiques que le Maroc ait connu. Mais, pour des raisons qui m'échappent, Hamid Kiran demeure encore mal connu de ses compatriotes. Sur la marche verte, il a peint une œuvre magistrale. En 1975, pendant des mois, notre télévision nationale ouvrait l'antenne avec l'image de ses mains tendues vers le drapeau national dans le ciel, entourées d'un chapelet. Un jour, Hamid a eu l'idée de l'offrir au Roi Hassan II. Une façon de le remercier d'avoir mis au monde une marche historique qui avait redonné à tout un peuple la fierté d'être et la fierté d'appartenir à un territoire. Pour offrir son cadeau, Hamid Kiran est passé par le Ministre des affaires culturelles de l'époque Mohamed Bahnini. Au moment de remettre le tableau, Hamid Kiran avait bien précisé au fonctionnaire proche du Ministre que c'est un cadeau adressé à sa Majesté. À ce jour, Hamid Kiran n'a jamais reçu le moindre mot, ni du palais, ni du ministre ou du ministère, qui confirme la réception du cadeau. A t-il eu malentendu ? A t-il eu oubli ? C'est possible. Toujours est-il qu'un grand tableau sur une grande marche existe quelque part au Maroc, mais on ne sait pas où! En hommage à cette grande Marche et par respect à l'artiste, il est impératif de retrouver l'œuvre de Hamid Kiran. La retrouver et la redonner à ceux et celles qui l'ont inspiré, un peuple marocain plus que jamais en marche. La place de ce tableau est davantage dans un musée que dans les coins oubliés d'un palais ou le salon prestigieux d'un ancien ministre de la culture. Le tableau revient de droit à ceux et celles qui marchent encore chaque jour pour accomplir leur citoyenneté. La Marche verte de Hamid Kiran représente l'union d'un peuple. Une union à parfaire et à protéger. Cette œuvre d'art peut aussi y contribuer. Chers compatriotes, aidez-nous à retrouver cette œuvre qui appartient à l'imaginaire collectif marocain. Avis à tous! Bientôt un musée national ouvrira ses portes à Rabat regroupant les grands peintres marocains. Ce qui m'attriste est de savoir que ce tableau, ni aucun autre tableau de Hamid Kiran n'a été choisi comme œuvre permanente du musée. Ses œuvres ont pourtant sillonné le royaume (Aussi en France, en Irak et en Espagne). Son style est unique. Par sa mère espagnol, Hamid Kiran personnifie la double culture arabo-européenne. Cela saute aux yeux! Dans sa technique, dans ses thèmes, dans ses inspirations. Dans le choix des couleurs et des formes. Regardez sa fresque du hammam, regardez la lumière à travers les goûtes d'eau. Sa peinture brille. Certains la qualifie de prophétique. Hamid Kiran est certainement un des meilleurs hommes que le Maroc ait produit après son indépendance autant par son œuvre picturale que par sa contribution à la danse au Maroc. Je ne lui connais qu'un défaut, Il n'est pas homme d'affaire. Il ne sait pas se vendre. Il ne sait pas faire partie d'une clique. Un défaut qui ajoute à sa grandeur et à son honneur. Je trouve néanmoins inacceptable que son œuvre picturale passe inaperçue et que son œuvre sur la Marche verte soit cachée. Hamid Kiran est résolument un révolutionnaire marocain. C'est un crime que de l'exclure de notre patrimoine national. Je suis sûr que si Mohammed VI était au courant de l'histoire de ce tableau, il donnerait les instructions nécessaires pour le retrouver et le placer dans le seul endroit qui lui convient. C'est-à-dire au musée national. En marge du mouvement de 20 février, j'entends beaucoup de voix appeler à la construction du progrès du Maroc et son développement. Le Maroc saura se distinguer en faisant sa propre révolution. Je crois que faire sortir de l'ombre ce grand marocain, alors qu'il est encore en vie, est aussi une belle façon de contribuer au développement et au dialogue dans notre pays. Contribuez à la révolution en reconnaissant les gestes et les actions révolutionnaires de nos compatriotes. Mohamed Lotfi Journaliste et réalisateur radio. Montréal. PS: Ceux et celles qui aimeraient entrer en contact personnellement avec Hamid Kiran ne serait-ce que pour lui rendre visite ou lui dire bonjour (Il serait heureux de vous recevoir): 0537738268



               Partager Partager


Nouveau commentaire :
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook, Twitter ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.

Les internautes peuvent signaler des messages qu’ils estiment non conformes à ces Charte de modération en cliquant sur le bouton « Alerter ».

Dans la même rubrique :
< >

Lundi 10 Octobre 2016 - 19:04 L'école, écosystème

Jeudi 6 Octobre 2016 - 12:02 Des législatives 2.0