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par Stephen Starr - publié le Mardi 19 Janvier à 13:18

Un havre syrien pour la spiritualité chrétienne






Bonn – Perché sur une montagne au cœur de la Syrie, un monastère symbolise l’unité chrétienne et musulmane, prouvant que celle-ci existe et se porte bien.

Exposé aux vents de l’Est venant des montagnes séparant le Liban de la Syrie, Deir Mar Moussa est sans doute un site inattendu comme point de départ d’une entente interculturelle et interreligieuse. Et pourtant, ce monastère attire beaucoup de monde, depuis des années, sur le plan local et national.

Par ailleurs, celui-ci doit sa réputation et la restauration de ses murs aux efforts, à la volonté et à la conviction d’un seul homme : le Père Paolo Dall’Oglio, qui après avoir obtenu son doctorat en religions comparées et en islamologie à l'Université pontificale grégorienne de Rome, est venu remettre cet endroit en état, sans l’aide de personne ; il y a scellé la première pierre en 1982.

Dans la bibliothèque du monastère, parlant de courants sociaux et politiques, le Père Paolo montre qu’il a des connaissances nuancées en la matière.

« Je suis venu ici pour étudier l’arabe; j’ai vécu au Liban et en Syrie à partir des années 1970. J’ai demandé à un prêtre de Damas s’il connaissait un endroit où je pourrais étudier et prier. Il m'a suggéré de venir ici et j’y suis toujours, » explique le Père Paolo qui s’est vu décerner en 2006, au titre de Deir Mar Moussa, le prix euro-méditerranéen du dialogue interreligieux de la Fondation Anna Lindh.

Le père Paolo, un jésuite, ne voit pas le christianisme comme une religion supérieure. « Je pense que la mondialisation a déclenché une série d’événements à l’origine d’un nouvel état d’esprit. Les gens sont en mouvement, comme vous pouvez le constater ici-même, tous les jours. Les idées peuvent s’échanger par le biais de nouveaux moyens et les gens ont la possibilité de voir tout se qui se passe dans le monde à travers l’internet. Nous avons assisté à une explosion de l’information et, du coup, n’importe qui dans cette région est au courant de l’épisode des caricatures danoises, des événements en Irak etc, » dit-il.

Le père Paolo – qui marche d’un pas lourd dans le réfectoire du monastère – se déplace dans la montagne avec sa canne, seul, le soir, après la messe et le dîner. Il rencontre toutes les personnes qui viennent visiter le monastère et peut sympathiser aussi bien avec des étrangers que des gens du coin, dans un arabe parfait.

Le monastère a été fondé par Mar Moussa al-Habashi, ou Saint Moïse l’Abyssin, qui, comme le veut la légende, était le fils d’un roi éthiopien. Refusant d’accepter son avenir tout tracé devant lui, Saint Moïse décida de d'entrer dans les ordres et se rendit en Syrie où il fonda le monastère. Celui-ci a été remis en état au cours de ces vingt-cinq dernières années, grâce à des subventions locales ainsi qu’à l’aide de Rome. Sa chapelle daterait du 6ème siècle.

Pratiquement auto-suffisante, la communauté est composée d’une quinzaine de personnes y travaillant de façon permanente, mais elle peut aussi s’élargir à plus d’une quarantaine de personnes qui s’occupent des centaines de pèlerins qui arrivent en été, pour être au frais et échapper aux 40 degrés ou plus de Damas et des vallées du centre du pays.

Pour vivre avec son temps, le monastère emploie un système de chauffe-eau solaire et dispose de l’accès internet sans fil dans ses trois salles de bibliothèque.

Aujourd’hui, le monastère est considéré comme un intermédiaire local et national important en matière d’initiatives interreligieuses. Il est par ailleurs également impliqué dans des projets écologiques et autres.

Les jours les plus bondés, vu le mélange très éclectique de routards, de croyants et d’adolescents, il est facile d’oublier que Deir Mar Moussa est un site religieux. Or hommes et femmes, même mariés, doivent dormir dans des ailes différentes, à 200 mètres de marche l’une de l’autre par la montagne.

Au monastère, on voit autant de femmes et de jeunes filles musulmanes voilées, en excursion pour la journée, que de chrétiens du coin ou que de touristes occidentaux. « Les musulmans du Levant se sentent chez eux à Deir Mar Moussa », dit le Père Paolo.

En Syrie, la religiosité est également une question de culture. Les chrétiens disent « Allah » pour se référer à Dieu, tandis qu’en Occident ce terme est strictement associé à l’islam.

Les chrétiens de Syrie vont à l’église le vendredi, jour férié, en plus du dimanche. Chrétiens et musulmans sont tout aussi religieux les uns que les autres et ont réussi à vivre ensemble sans problème. C’est ce genre de respect que le Père Paolo et la communauté qui vit au monastère ont vu fleurir à Deir Mar Moussa.

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* Stephen Starr est un journaliste free-lance. Article abrégé, distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), avec l’autorisation de Qantara.de . Le texte est disponible dans son intégralité sur Qantara.de.

Source: Qantara.de, 23 décembre 2009, www.qantara.de
Reproduction autorisée

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=270...


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