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Jaafar Hanafi - publié le Mercredi 15 Juillet à 16:48

Un autre Simo, une autre Rebecca et la bête






Simo et Rebecca ont brisé les frontières. Les sentiments n’ont pas de frontières. La convivialité aussi. Une grande leçon. Un grand message à qui veut l’écouter. Et puis il y a ceux qui rament à contre courant. Qui peuvent lancer un missile à plus de 3000 Km pour briser deux petits cœurs innocents.

Celle-ci est une petite histoire, banale comme on en trouve un peu partout, à vous faire mourir de rire ou de rage..., à laquelle j’ai assisté en chair en os et en sauce. Je vous la conte crue, sans refonte ni retouches.

A mi chemin entre Kenitra et Nador, mon téléphone sonne. Aucun gendarme n’est en vue et je décroche. Une très mauvaise habitude quand on conduit. Au bout du fil un grand ami, qui m’invite à manger chez lui le soir même. Une famille va venir demander la main de sa nièce. Une occasion pour renouer avec le poulet de campagne, Le tagine d’agneau aux légumes de saison et le couscous saupoudré au sucre et à la cannelle. C’est juste un pronostic pour des mets partant favoris.

La fille habite en Allemagne et son amant aussi. Ils sont restés en Allemagne. Leurs parents vont accomplir une petite formalité pour immortaliser leur amour. Une belle histoire d’amour en perspective.

Arrivé à Nador, je me douche, je me repose tout en maintenant une petite faim intacte, en vue d’une soirée qui s’annonce en chair, en os et en sauce.
La nuit tombée, je suis le premier sur place dans une ambiance conviviale qui me met très à l’aise, dans une famille que je connais plus que bien et qui est presque au complet. Le grand père de la fille, dont les rides du visage affichent une grande sagesse et le sourire une grande joie, supervise les préparatifs sans un mot à dire. Il fait confiance à ses enfants, tous d’un sérieux inégalé et d’une stature bonne portante.

L’Imam de la mosquée d’à côté arrive à son tour. Une présence obligatoire qui apporte une plus value de joie et de sagesse à cette ambiance de fête. Le sourire semble s’y plaire là ou il est, dans un visage portant une petite barbe grisonnante et bien soignée, un vrai Imam qu’on trouve dans les coins les plus reculés de notre pays et qui éternisent un Islam rayonnant de paix et de fraternité.

L’autre famille arrive. Une dizaine de personnes. Des accolades en guise de bienvenus, des tapes de compassion, des propos échangés et tout le monde est installé chacun dans la position qui le conforte le mieux. Dans des situations pareilles, une petite trêve est toujours de mise avant que l’ambiance soit détendue et les discussions enclenchées.

Une trêve qui ne dure que peu, interceptée par une voie rauque qui surgit tout d’un coup d’on ne sait où, ni pourquoi ni comment ? Les regards se précipitent cherchant l’origine de la voie jusqu’à se mettre d’accord sur une masse imposante qui peine à bouger comme dans une posture de Yoga. L’homme est jeune, la stature assez ronde, un ventre qui dépasse les limites dressées par la science, une belle masse qui occupe à elle seule deux places.

L’homme commence par donner un cours magistral sans que personne ne le lui demande. Il est de ceux qu’on voit de plus en plus dans les cérémonies toutes confondues, se substituant aux groupes de musique qui à cette cadence se trouveraient un jour au chômage.

J’essaye de comprendre ce qu’il dit mais les neurones peinent à m’aider. J’essaye de déchiffrer les traits du visage juste pour comprendre mais ce dernier est dissimulé sous une barbe imposante d’une couleur très noire ou un peu plus. Par contre son regard déballe tout ce qu’il a sur le cœur s’il a un cœur. Un regard direct, offensif et intimidant. Il use de cette arme pour appuyer de petites ou longues phrases bricolées avec des propos appris par cœur sur des chaines satellitaires.

L’homme continue par discourir et l’ambiance s’alourdir. Ceux venus pour demander la main de la fille semblent s’y plaire. Après tout il est venu avec. Il a été choisit avec préméditation. Il joue désormais le rôle d’attaquant avec des dribles à faire jalouser Messi et toute l’équipe avec.

La famille de la fille se perd dans une ambiance inattendue. Les regards s’entrecroisent pour essayer de comprendre. Il faut l’arrêter mais comment? Il continue, l’ambiance continue par s’alourdir et les nerfs commencent par lâcher. L’unique solution est de servir le repas pour détendre un peu l’atmosphère.

Les préparatifs commencent. Le lave-main mobile fait le tour du salon. Les tabourets prennent leurs places. Le pain et la limonade arrivent. L’ensemble est bien installé et le premier plat arrive.

De la viande d’agneau sur lequel siègent des légumes de saison et du terroir. L ‘ambiance retrouve une petite chaleur conviviale. De petites discussions ci et là sur fond de senteurs qui embaument l’atmosphère. Les petites et grandes mains se précipitent pour savourer un mets fleurant à merveille notre pays. Quelques bouchées à peine et la même voie rauque et intense surgit comme un tonnerre « Chers frères, Le Prophète Sidna Mohamed ne s’essuyait jamais avec des serviettes en papier. Il fonçait ses doigts dans la bouche et les rinçait avec de la salive ». Il commence par mettre ses doigts un par un dans sa bouche en guise de démonstration. Sitôt les doigts « rincés », il les replonge dans l’assiette.

Encore une fois l’ambiance est des plus lourdes. L’appétit se rabat sur lui-même. Les petites et grandes mains peinent à toucher l’assiette. Quant à lui, il continue avec aisance à jouer dans l’assiette n’épargnant ni la chair, ni l’os ni la sauce. Encore moins les légumes.

Le deuxième plat arrive. L’appétit reprend ses droits avec un plat ou sont majestueusement installés trois poulets Beldi, avec une garniture qui ne peut laisser le commun des vivants impassible. Les petites et grandes mains se précipitent visant une cuisse, un aileron ou juste un bout de fois. Le petit incident du premier plat est aux oubliettes. Quelques bouchées à peine et la même voie, rauque et intense, surgit comme un tonnerre. « Chers frères, Le Prophète Sidna Mohamed ne mangeait jamais avec la main gauche ». Les regards s’interpellent pour savoir qui de nous mange avec la main gauche. Pour nous épargner nos recherches il précise qu’il s’agit des verres de limonade qu’il faut prendre avec la main droite. Encore une fois l’appétit se rabat sur lui-même mais pour de bon. . Quant à lui, il continue avec aisance à jouer dans l’assiette n’épargnant ni la chair, ni l’os ni la sauce. Encore moins les amendes, les bouts de fois et tout ce qui est mangeable.

Le troisième plat est un couscous saupoudré de sucre et de cannelle. Bingo. Mon tiercé est dans l’ordre. Un tiercé qui ne m’a rapporté que quelques miettes que j’ai avalé à la sauvette. Ma faim quant à elle est toujours intacte. Cette fois ci, il continue seul et avec aisance à jouer dans l’assiette comme une pelleteuse ratissant une bonne partie de l’assiette de fond en comble.
Les « futurs mariés » doivent suivre de l’Allemagne par téléphone le déroulement de cette cérémonie, sans se soucier un instant que leur destin est désormais entre des mains qui font une navette sans relâche entre l’assiette et une bouche infatigable.

Un denier plat de fruit servi et sitôt le repas fini, le père à « la future mariée » demande à l’Imam de la mosquée d’à côté de conclure comme le veut la tradition pour mettre terme à cette cochonnerie. Ne pouvant supporter cette claque, puisqu’il a été maitre à bord jusqu’à présent, la bête se lève et quitte la salle en brandissant un « Salamou alikoum » sur fond d’une agressivité inégalée.

L’Imam de la mosquée d’à côté récite quelques versets du coran et conclut la cérémonie laissant presque tout le monde sur leur faim et leur colère. La famille du garçon à son tour quitte la maison sur fond de semblants de sourires comme pour manifester leur solidarité avec la bête.

Le tour est joué et la bête doit passer une nuit paisible, le ventre plein et la mission accomplie. Ses neurones sont au chômage technique depuis belle lurette, les sentiments aussi. Il a pu lancer un missile à plus de 3000 Km pour atteindre un objectif précis, celui que de briser deux petits cœurs innocents. Le père de la fille a juré sur la tète de tous les marabouts du monde, qu’il ne jettera pas sa fille bien aimée dans la gueule des loups.

Le père rejoindra sa fille quelque temps plus tard en Allemagne pour la convaincre et pour continuer sa noble tache, celle que de s’occuper d’une mosquée qui prêche la bonne et vraie parole, l’amour, le respect de l’autre et la convivialité.


Tagué : Jaafar Hanafi

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