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CGNews -Emarrakech - publié le Samedi 28 Mars à 09:12

Turquie: une étoile montante dans la politique régionale?




Nimet Beriker - La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, s'est rendue à Ankara la semaine dernière et a fait l'éloge de la Turquie d'une part, comme chef de file au Moyen-Orient et d'autre part, compte tenu du rôle constructif qu'elle joue dans la région. Elle a également annoncé que le président des Etats-Unis, Barack Obama, planifiait une visite en Turquie en avril prochain, renforçant ainsi les conjectures sur le pays musulman d'où Obama s'adressera au monde musulman au cours de sa première année de mandat. Mais pourquoi cet intérêt soudain pour la Turquie?



Turquie: une étoile montante dans la politique régionale?
La Turquie a pris du galon, tout au moins sur la scène internationale, grâce aux nombreux efforts de conciliation qu'elle a déployés depuis l'arrivée au pouvoir du parti pour la justice et le développement (AKP) en 2002 puis en 2007.

En 2003, par exemple, le gouvernement turc a servi de médiateur entre les chiites et les sunnites irakiens, ce qui a contribué à la formation d'un large gouvernement en Irak.

En offrant son aide pour atténuer la crise de la caricature danoise en 2003 et en participant en 2005, aux côtés de l'Espagne, à l'élaboration d'une initiative des Nations unies de haut niveau pour une compréhension mutuelle entre le monde musulman et le monde occidental (l'Alliance des civilisations), la Turquie a montré sa volonté de servir de passerelle pour de meilleures relations entre les mondes musulman et occidental.

Par ailleurs, la Turquie a été, et continue d'être, un intermédiaire pour la paix entre les Palestiniens et les Israéliens, le Hamas et le Fatah, la Syrie et Israël, le Pakistan et Israël, l'Afghanistan et le Pakistan, l'UE et l'Iran et les Etats-Unis et l'Iran.

L'influence croissante de la Turquie sur la scène politique, aux yeux de l'Occident tout au moins, tient également au fait que sa démocratie séculière est un exemple pour les pays qui l'entourent et pour les jeunes démocraties dans la région, comme l'Irak et l'Afghanistan.

Au cours de sa visite, Hillary Clinton a visité le mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le chef fondateur de la république turque séculière. Elle est également apparue dans une émission télévisée aux côtés de quatre femmes féministes et a été interviewée par le journaliste et commentateur politique turc, Mehmet Ali Birand, qui lui a demandé si elle considérait que la Turquie était l'incarnation d'un ''islam modéré''. Hillary Clinton lui a répondu par ces mots: ''Nous ne qualifierons l'appartenance religieuse d'aucun pays.''

Ces propos indiquent que les Etats-Unis approuvent tacitement l'identité séculière de la Turquie.

Cependant, si la Turquie fait de grands pas sur la scène internationale, il lui reste beaucoup de problèmes intérieurs à régler. Le gouvernement AKP se présente comme un parti conservateur avec une identité islamique qui réaffirme son engagement à défendre la démocratie, la règle de droit et la laïcité.

Pendant son premier mandat, la promesse faite par l'AKP de défendre ces valeurs s'est confirmée à travers une série de réformes démocratiques (dont la mise à jour du code pénal) entreprises pour être en conformité avec les lignes directrices de l'adhésion à l'UE.

Cependant, après la victoire remportée lors des élections de 2007, le gouvernement a indiqué, à plusieurs reprises, que la politique fondée sur la religion l'emportait sur les pratiques démocratiques.

Le discours de loi universelle et de démocratie s'est transformé en discours religieux surtout sur les questions concernant les femmes, les enfants, les minorités et l'éducation. En 2007, par exemple, la question du vaccin HPV destiné à prévenir tout cancer du col de l'utérus chez la femme est devenue un sujet de discussion publique sur le problème de la chasteté de la femme et non de sa santé. Des sujets tels que celui-ci compromettent le pouvoir que la Turquie a acquis en tant que médiateur international pour la paix et amoindrissent sa crédibilité en tant que démocratie laïque sur la scène internationale.

D'autres cas de conservatisme religieux au sein du gouvernement abondent. Il y a quelques semaines, le ministre de l'Environnement, Veysel Eroğlu, répondait aux femmes qui s'étaient plaintes du chômage, en leur demandant si elles n'avaient pas assez de travail à la maison.

Et récemment, le comité scientifique turc a censuré l'article en tête de la populaire revue Science and Technology Magazine et a renvoyé son rédacteur au motif que Charles Darwin figurait sur la couverture.

S'appuyer sur la rhétorique islamique et sur des mesures destinées à régler d'urgents problèmes intérieurs et renforcer son rôle en tant qu'acteur prépondérant au Moyen-Orient est une politique imprudente de la part de l'AKP.

Suivre une ligne de conduite à la fois religieuse et politique risquerait, à la longue, d'être interprété comme une façon de raviver les aspirations néo-ottomanes impérialistes de la Turquie face aux autres Etats du Moyen-Orient. Pour l'Occident, cette attitude serait perçue comme un écart aux valeurs démocratiques séculières et risquerait d'amoindrir les chances de la Turquie d'adhérer à l'UE.

L'AKP doit s'assurer que la Turquie conservera sa place d'acteur potentiel de transformation dans la communauté mondiale. La réputation de la Turquie comme étoile montante sur la scène internationale dépend non seulement des méthodes de médiation qu'elle appliquera face aux problèmes mondiaux mais également de la manière dont elle gèrera ses affaires intérieures.



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