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Radwan Masmoudi - publié le Mercredi 24 Septembre à 11:52

Tunisie: Islam et démocratie ne sont pas contradictoires






Tunis – Les élections organisées le 23 octobre dernier en Tunisie sont tout aussi importantes et historiques que la révolution elle-même. J'ai vu, de mes propres yeux, des tas de gens pleurer de joie et de fierté au moment de voter pour choisir leurs représentants à l'Assemblée constituante, éprouvant ce sentiment de dignité que connaissent les citoyens vraiment libres en participant pour la première fois de leur existence à une élection. Une nation libre venait de voir le jour.

Aujourd'hui, les Tunisiens débattent du rapport entre la religion et la politique, une question devenue urgente alors que les extrémistes des deux côtés, laïcs et islamistes, se servent de leurs nouvelles libertés démocratiques pour promouvoir davantage d'idées radicales. Toutefois, pour que la transition vers la démocratie soit un succès, il est essentiel de faire des compromis et de donner la priorité aux intérêts de la nation qui doivent l'emporter sur les querelles partisanes.

Ce n'est pas une surprise, Ennahda, parti islamique en faveur de la démocratie et des droits de l'homme, a remporté les élections avec 41% des suffrages, obtenant ainsi 89 sièges à l'Assemblée constituante. Quatre partis laïcs, qui ne recommandent pas que la religion ait un rôle dans le gouvernement, ont fait un bon score: le Congrès pour la République, Al-Aridha As-Shaabiya, Attakatol et le Parti démocrate progressiste (PDP).

Trois autres partis laïcs, le Pôle démocratique moderniste (PDM), Afek-Tounes et le Parti communiste ouvrier (PCOT), ont obtenu de mauvais résultats, du fait principalement de leur opposition à l'islam et à la religion. En défendant, sous prétexte de défendre la liberté d'expression, le film intitulé No God and No Master (Ni Dieu, ni maître) dont beaucoup pensent qu'il promeut l'athéisme puis le dessin animé Persepolis qui dépeint Dieu, ces partis et leurs dirigeants sont allés à contre-courant des sentiments religieux de la majorité des Tunisiens. Même le PDP a adopté cette position et a vu son taux de popularité passer de près de 20% en février dernier à tout juste 6% en octobre dernier.

Ennahda est donc devenu le principal parti politique tunisien. Après avoir été systématiquement réprimé pendant trente ans, il a finalement été reconnu comme parti politique en février 2011. Plus important encore, il est parvenu à donner l'image d'un parti respectant les valeurs islamiques tout en étant profondément attaché à la démocratie, aux droits de l'homme et à la dignité pour tous.

Les Tunisiens ne voient pas de contradiction entre islam et démocratie ou entre islam et modernité et ils ne souhaitent pas choisir entre les deux. Ils veulent être à la fois musulmans et modernes; Ennahda leur offre justement cette possibilité. Lors d'une interview avec Reuters, parue le 4 novembre 2011, Rached Ghannouchi, président et co-fondateur d'Ennahda, déclarait: ''Nous sommes opposés à toute tentative visant à imposer un mode de vie en particulier. [...] Tous les partis sont convenus de conserver le premier article de l'actuelle constitution qui déclare que l'arabe est la langue officielle de la Tunisie et l'islam sa religion. Il s'agit juste d'une description de la réalité; cela n'a pas d'implications légales. Aucune autre référence à la religion ne sera faite dans la constitution. Nous voulons offrir la liberté au pays tout entier''.

C'est exactement ce que la majorité des Tunisiens voulait entendre. Les Tunisiens n'ont pas renversé une dictature laïque au profit d'une dictature religieuse ou théocratique. Ils ne veulent pas que l'Etat interfère en imposant des pratiques religieuses. La religion devrait être un sujet et un choix personnels et l'Etat devrait respecter et protéger les libertés individuelles et les libertés de tous les citoyens. Dans ces conditions, Ennahda peut-il parvenir à conduire la Tunisie vers une démocratie réelle, authentique et durable? Dans la mesure où le parti peut s'inspirer du modèle turc, comme il a promis de le faire, je pense qu'il y parviendra et que sa popularité grandira.

Même si la nouvelle constitution ne précise pas que la Tunisie est un Etat laïc, le thème de la laïcité étant un thème qui divise en Tunisie et dans le monde arabe, il est clair que les Tunisiens souhaitent un Etat civil et démocratique.

La question du rapport entre religion et politique continuera d'être débattue pendant encore des années, voire des siècles. Aujourd'hui encore elle fait l'objet de discussions même en Europe et aux Etats-Unis. Toutefois, le principal défi pour l'ensemble des Tunisiens actuellement est de rester centrés sur ce qui les rassemble et non sur ce qui les divise.

Il conviendrait que la nouvelle constitution tunisienne consacre les principes des droits de l'homme, la liberté religieuse, la justice et l'égalité devant la loi ainsi que les droits des femmes et des minorités. A l'instar de la Turquie qui a été capable de faire cohabiter les valeurs islamiques et démocratiques et de construire un Etat moderne prospère dans le monde musulman, la Tunisie peut, elle aussi, orienter le monde arabe vers des valeurs islamiques compatibles avec la modernité, la liberté et la démocratie.

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*Radwan A. Masmoudi est le président du Centre d'étude sur l'Islam et la démocratie. Article écrit pour le (CGNews).



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