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Mustafa Husayn Abu Rumman - publié le Lundi 4 Mars à 11:35

Trois questions à poser aux islamistes






Trois questions à poser aux islamistes
Amman – En tant qu’imam d’une mosquée de la capitale jordanienne, j’ai suivi les événements qui secouent l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient avec un sentiment d’espoir mêlé à de l’inquiétude. Je suis fier de ces jeunes qui se rassemblent pacifiquement pour réclamer des réformes politiques, de meilleures opportunités économiques et le respect des droits humains – d’ailleurs beaucoup d’entre eux fréquentent ma mosquée. Cependant, je ne peux que déplorer le nombre croissant de morts dans le conflit qui oppose l’Etat à la société un peu partout dans cette région, sans oublier la montée de la criminalité, les difficultés économiques, et l’insécurité - notamment en l’Egypte - que ces bouleversements ont engendrées.

Nous vivons une époque intéressante, où le rôle de l’islam est essentiel. Les sociétés arabes semblent le savoir. Moi-même, je le constate, d’après le nombre croissant de fidèles qui affluent dans ma mosquée, pour la prière du vendredi. L’islam rassure les jeunes et les inspire, face à un avenir incertain.

Cependant, les analystes politiques – aussi bien dans les pays arabes que dans le reste du monde – s’interrogent sur le rôle des mouvements « islamistes », dans ce contexte de transition politique. Les membres de ma congrégation se posent aussi la question et m’ont à plusieurs reprises demandé mon avis à leur propos. Je leur réponds dans mes sermons du vendredi ou en discutant simplement avec eux, en tâchant d’expliquer que l’important c’est que les principes de l’islam soient correctement appliqués – et que le langage de l’islam ne soit pas récupéré par des opportunistes.

Suite aux bouleversements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la concurrence est rude pour avoir la cote dans la nouvelle arène politique. Pour juger une personnalité ou un parti qui se dit islamique, on doit poser les questions suivantes et exiger des réponses dépourvues de toute ambiguïté.

Première question : êtes-vous pour l’égalité des droits politiques, sociaux et économiques pour tous les citoyens de votre pays, quels que soit leur ethnicité, leur sexe et leur religion ?

La réponse devrait être : oui. La justice sociale et les traditions prophétiques, telles que décrites par le Coran, s’appliquent non seulement aux hommes mais aussi aux femmes ; non seulement aux Arabes mais aussi à tous les autres groupes ethniques ; non seulement aux musulmans mais à tous les êtres humains. L’éternel étudiant en islam que je suis est convaincu de cette vision. Les textes qui l’illustrent sont nombreux, mais je m’en tiendrai à dire que selon le Coran, l’équité et la justice ne sont pas réservées à une seule catégorie d’êtres humains et s’appliquent à tous « les enfants d’Adam » (7 :26).

Au cours des siècles, les interprétations du Coran et des traditions prophétiques ont été nombreuses. Or certaines sont incompatibles avec les principes coraniques fondamentaux. L’interprétation la plus juste n’est jamais en contradiction avec les notions universelles d’équité et de justice, et ne lèserait jamais quiconque du point de vue de ses droits économiques ou politiques. Une interprétation juste ne peut et ne doit se faire qu’avec l’ijtihad, c’est-à-dire la réflexion qui permet à l’esprit humain de s’adapter aux évolutions des époques qu’il traverse.

Deuxième question : croyez-vous que l’islam soit compatible avec l’Etat de droit qui par définition, prime sur la jurisprudence d’une religion ?

La réponse devrait être : oui. Du point de vue de l’islam moderne, la charia ne remplace pas les dispositions du système juridique d’un Etat. Au contraire, elle incite les musulmans à respecter les lois de leur pays, pour autant que ces lois soient compatibles avec les principes universels de l’équité et du respect des droits humains. D’ailleurs, selon la charia, quand une loi est inéquitable ou injuste, les musulmans doivent essayer de la modifier, dans un cadre juridique et démocratique. En islam, le principe de la choura, ou de conseil, est très important comme moyen de décision dans le domaine politique. Ceux « qui se consultent entre eux à propos leurs affaires» (42 :38) mériteraient une récompense divine.

Troisième et dernière question : Pensez-vous que votre mouvement politique est à l’image des préceptes de l’islam et n’a aucun défaut ?

La réponse devrait être : non. Le Coran reconnaît que tout être humain est en proie à l’erreur et à la corruption : “[les êtres humains ] rompent le pacte qu´ils avaient fermement conclu avec Allah, coupent ce qu´Allah a ordonné d´unir, et sèment la corruption sur la terre. (2.27). On ne peut pas reprocher à l’islam les erreurs de ceux qui prétendent l’interpréter ou l’appliquer. Penser n’avoir aucun défaut est tout aussi arrogant et douteux que prétendre parler au nom de l’islam.

De plus, prétendre parler au nom de l’islam, c’est se dire au-dessus des autres formations politiques – c’est la voie ouverte au totalitarisme.

L’islam, comme je l’entends, suppose que l’humanité fasse des compromis et gouverne par consensus. Les prophètes ou les califes bien-guidés des temps modernes n’existent pas. Nous devons panser les blessures de notre région et de notre monde, ensemble, et du mieux que nous pouvons.

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* Mustafa Husayn Abu Rumman est imam de la mosquée Ibn Sinan d’Amman, en Jordanie. Article écrit pour le Service de Common Ground (CGNews).



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