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Mohamed SIHADDOU - Ingénieur en Télédétection - Toulouse/Fra - publié le Dimanche 12 Mars à 00:00

Tifariti : un toponyme saharien à haut risque




Mohamed SIHADDOU - Trente ans après son déclenchement, le conflit du Sahara continue d’être la source principale de tension entre Rabat et Alger et une entrave sérieuse aux ambitions d'intégration maghrébine.



Tifariti

Tifariti, Tifarity ou Tifarita est un toponyme façonné dans des sables très mouvants- au sens périlleux comme au sens géodynamique du terme - qui agitent les dunes très mobiles de cette partie du Sahara. Ce nom d'une bourgade en ruine et abandonnée depuis longtemps, utilisée jadis comme bivouac par les caravanes qui parcouraient le grand Sahara, est devenu depuis peu un point de repère médiatique.

Ce point qui se trouve dans un no man's land aux confins du Maroc, de l'Algérie et de la Mauritanie (Latitude : 26° 8' 60 N ; Longitude : 10° 33' 0 W ), est une zone démilitarisée rattachée à la province de Smara (ville distante d'environ 70 km) et constitue la ligne de démarcation du cessez-le-feu signé par le Maroc et le Polisario sous l'égide de l'ONU le 6 septembre 1991. A des fins de propagande, Alger qualifie cette zone de « territoires libérés » mais du point de vue du droit international et selon les différents accords, notamment l'accord de Madrid en 1975 entre le Maroc et l'Espagne et les accords signés entre les belligérants, cette zone est sous l'autorité marocaine et ceci jusqu'à une issue à la question du Sahara. La Minurso qui dépend de l'ONU est chargée de veiller au respect du cessez-le-feu et à l'interdiction de toute activité militaire dans cette zone. Pour rappel, cette région a servi, en 1912, de passage à l'expédition française dans le but de prendre le Maroc en tenaille et a vu dans les années 80, l'embryon d'une base militaire marocaine puis délaissée après le cessez-le-feu.

Hormis l'intérêt stratégique et l'admirable paysage saharien, le site ne présente aucun intérêt économique établi pour être convoité par une puissance étrangère: aucune ressource naturelle avérée dans son sous-sol; une maigre biodiversité composée de quelques touffes de végétation steppique, de minuscules pâturages, quelques chameaux domestiqués et une population composée en majorité de nomades; la densité approximative est d'environ 50 individus par 10 Km2 ! La région abrite quelques bâtiments, une piste d'atterrissage et une base de la Minurso est située à proximité.

-Evènement
Pourquoi donc Tifariti, ignoré par beaucoup, attire aujourd'hui la curiosité des journalistes et l'attention des agences de presse internationale ? Ce toponyme, cache-t-il un danger dans ses sables mouvants ?

L'évènement phare qui a animé la curiosité des médias est la célébration de « la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique » (RASD) inventée il y a 30 ans à Tindouf par les services secrets algériens dans le but de déstabiliser et d'affaiblir le Maroc et cela en brisant sa continuité géographique naturelle par le Sud. Propagande oblige, les médias algériens ont largement fait échos de cet évènement exceptionnel. Et pour cause, le gouvernement algérien est l'unique sponsor et le principal organisateur de ces festivités. Des ministres algériens aux portefeuilles très spéciaux, dont le mandat se limite à la nuisance à l'intégrité territoriale du Maroc, et des diplomates accrédités à Alger, représentant pour la plupart des Etats hostiles au Maroc, souvent qualifiés d'Etats délinquants ou voyous, ont franchi les frontières sans visas ni formalités douanières pour assister à l'anniversaire d'une république sans territoire, qui n'existe que dans l'imaginaire diplomatique algérien. A cette occasion, plusieurs milliers de personnes ont été déplacées de Tindouf à Tifariti et une démonstration de force a même eu lieu sur place à travers un défilé militaire exhibant un armement lourd et léger acheminé depuis le territoire algérien.

Cette mise en scène nous rappelle l'Algérie des années 70 où les dirigeants algériens, dont certains encore en activité, multipliaient des actes anti-marocains et des discours populistes enflammés à travers l'émission phare de l'époque « Le Maghreb des Peuples » émise depuis Alger. Décidément, les pendules d'Alger sont restées à l'heure et à l'ère soviétique où les slogans utopiques enflammaient les foules et pourtant le monde a changé depuis.

-Détresse
Ces festivités ont eu quelques jours après que des pluies diluviennes ont provoqué des inondations causant d'importants dégâts aux habitations de fortune dans les camps de Tindouf et ont fragilisé encore plus la situation humanitaire déjà désastreuse dans ces camps. Selon le HCR, 50 % des habitations auraient été détruites et les autres endommagées. Au moment où le programme alimentaire mondial (PAM) lance un appel d'urgence aux donateurs pour éviter les risques d'une sérieuse pénurie alimentaire aggravée par ces intempéries, Alger était occupée par les préparatifs des festivités et les chefs de guerre sous sa bénédiction, absents, menaient une vie meilleure dans des capitales lointaines sans se soucier des conditions de vie et de la souffrance des populations sous leur contrôle.

Déplacer des sinistrés sans-abri et des innocents en masse à des kilomètres, à cette zone désertique infestée de mines antipersonnelles et à la portée de l'artillerie marocaine, pour faire figure de décor aux festivités et s'en servir comme bouclier humain, relève de la pure ignominie et d'une irresponsabilité diabolique, digne d'un état totalitaire.

Pour quel intérêt ces provocations sans calcul, par la mise en danger de la vie des populations civiles originaires du Sahara certes, mais aussi d'un ramassis de réfugiés économiques des pays riverains candidats à l'immigration clandestine… Nul ne s'étonne de l'inattention des autorités algériennes au sort des sinistrés sahraouis sur son territoire; même le peuple algérien ne cesse de manifester son désespoir car il ne voit pas ses conditions de vie s'améliorer malgré la bonne santé financière du pays due aux revenus pétroliers. Décidément, le train de vie de la diplomatie algérienne est très coûteuse au peuple algérien. Certains algériens se demandent jusqu'à quand leur gouvernement continuera à dilapider leur ressources pour une cause fallacieuse.

-Questions
Parmi les questions que se posent de nombreux observateurs : pourquoi Alger a choisi cette escalade par une mise en scène folklorique à Tifariti, à travers une parade militaire en grande fanfare? Alger dispose-t-elle d'un plan visant à évacuer les populations des camps de Tindouf vers Tifariti ? Pourquoi Alger veut délocaliser aujourd'hui le Polisario vers ce territoire? Est-ce un piège tendu au Maroc et qui vise à le provoquer pour signifier la fin du cessez-le-feu et entraîner ainsi la région dans une instabilité en sa faveur? Alger cherche-t-elle à perpétuer ce statut-quo de « ni guerre, ni paix », et à perdurer le conflit pour les besoins de son équilibre géostratégique et sa stabilité politique interne ? Enfin, cet acte de provocation à l'égard de son voisin de l'ouest risque-t-il de briser l'accord du cessez-le-feu et mettre le conflit dans une impasse et un enlisement total?

Certains observateurs estiment que depuis que l'opinion internationale commence à découvrir l'ingérence flagrante de l'Algérie dans la persistance du conflit du Sahara, les stratèges algériens cherchent à se débarrasser par tous les moyens de leurs invités encombrants à Tindouf pour se déculpabiliser. Ainsi, la libération récente des soldats marocains rentre dans ce cadre. En effet, les schémas stratégiques d'Alger visant à amputer le Maroc de sa continuité géographique naturelle, schémas liés à ses rêves géopolitiques nés au lendemain de son indépendance, sont aujourd'hui connus de tout le monde. De même, tout le monde sait aujourd'hui que le Polisario n'est qu'une œuvre algérienne et la cause du peuple sahraoui n'est instrumentalisée qu'à des fins géopolitiques de domination. Après 30 ans de conflit, Alger a-t-elle conclu finalement à la non-concrétisation de son projet de micro-Etat dans l'espace maghrébin?

D'autres observateurs estiment que depuis quelques temps, le Polisario est encouragé par ses parrains algériens et certains milieux espagnols à changer de stratégie et à regarder plutôt en direction de Tifariti. Cette stratégie consiste à passer des contrats fictifs avec des compagnies de prospection minière et à transférer les camps et la logistique du Polisario à Tifariti pour devenir désormais le nouveau siège du Polisario. Des institutions administratives et notamment un parlement sont prévus dans cette nouvelle stratégie; des bâtiments en chantier de construction ont été rapportés récemment par la presse. Tout cela pour mettre le Maroc et la communauté internationale devant le fait accompli.

En tout cas, on constate que dès que les tensions sur la question du Sahara s'apaisent et que le Maroc s'apprête à proposer une issue, Alger revient sur le devant avec de nouvelles manœuvres pour l'enlisement de ce conflit et dresse des obstacles devant les efforts déployés pour parvenir à une solution politique. Il apparaît que la question du Sahara n'a jamais quitté l'agenda principal de la diplomatie algérienne qui ne cesse de s'opposer à toute solution politique et d'entraver toute initiative internationale pour régler ce conflit. La proposition marocaine d'une large autonomie au Sahara semble mettre mal à l'aise Alger, car elle offre la solution jugée la plus adéquate par de nombreux pays. En résumé: plus le Maroc propose des sorties et des solutions, plus Alger s'obstine à saboter toute tentative de bonne intention pour désamorcer ce conflit.

Les dirigeants algériens ne se soucient guère des intérêts des peuples du Maghreb. Quand un pays s'approvisionne massivement en armes pour un montant de 4 milliards de dollars, et ceci seulement du marché Russe, sans les autres contrats conclus avec d'autres marchés, alors que ces indicateurs sociaux sont au rouge, on est en droit de s'interroger sur le but de ce gaspillage dans la ferraille. S'agit-il simplement d'une question de défense et de modernisation de son arsenal militaire vieilli ou bien d'une projection dans le futur proche pour une éventuelle aventure d'intimidation ou pour impressionner les voisins ?

-Réactions
Cette politique du pire et cette violation flagrante de l'accord du cessez-le-feu pourraient conduire la région à des dérapages dangereux et à un embrasement aux conséquences imprévisibles. Visiblement, le Maroc est conscient de ces risques et la retenue de son armée ne peut être interprétée comme un aveu d'impuissance. Le Maroc ne veut pas répondre à la provocation par l'escalade militaire pour ne pas tomber dans le piège tendu, à savoir une confrontation armée.

Cependant, cette agitation qui s'apparente à un coup de bluff, mérite une action diplomatique forte et une réponse ferme. L'État marocain est en droit et devoir de les rappeler à l'ordre et leur signifier que si le Maroc a accepté le cessez-le-feu, il n'est certainement pas prêt à revoir ces faiseurs de chaos revenir au-devant pour imposer un fait accompli. La diplomatie marocaine doit œuvrer pour convoquer une réunion du Conseil de Sécurité et réclamer une résolution claire qui mettra les choses à leur place, en exigeant le retrait du Polisario et donc des forces algériennes de cette zone.

La Minurso et donc l'ONU assume aussi une part de responsabilité, car sa fonction principale est de veiller au respect du cessez-le-feu en interdisant toute activité militaire dans cette zone. Dans ce cas, le devoir de la Minurso n'est pas de faire des déclarations à la presse mais d'appeler solennellement les intrus dans ce territoire, ceux-là qui se sont écartés de la légalité internationale, à respecter les accords de ce cessez-le-feu. Car par ce geste, Alger met en péril la paix déjà fragile dans cette région. La responsabilité d'Alger est entièrement engagée dans cette nouvelle tension qui menace la paix et la sécurité d'une région vitale en méditerranée.

-Conclusion
Devant les difficultés techniques de la mise en œuvre du Référendum, notamment les désaccords sur la population appelée à voter, les Nations Unies ont conclu à l'impossibilité d'organiser le référendum prévu par le plan de règlement de 1990. Beaucoup de pays actifs sur la scène internationale le jugent irréalisable. Depuis l'an 2000, l'ONU est engagée dans un processus de recherche d'une solution alternative. Pour sortir de l'impasse, le Maroc fait une concession majeure et propose une solution équilibrée: Autonomie sous souveraineté marocaine. Le Conseil de sécurité s'apprête à faire une nouvelle fois le point du dossier en avril, et il jugera de l'opportunité de proroger le coûteux mandat de la Mission de la Minurso dans la région.

Enfin, on ne peut qu'être satisfait de voir un jour Alger raisonner en politique étrangère en se basant sur les intérêts communs des peuples du Maghreb. Quoi de plus normal d'assister un peuple, mais l'utiliser pour ses schémas stratégiques, nous laisse un peu sceptique. Si vraiment Alger veut favoriser la paix et prétend défendre la légalité internationale et ses principes, il faut impérativement qu'elle mette ces ambitions et ces rêves de côté, car ils ne répondent plus aux réalités d'aujourd'hui, et ceci en s'impliquant dans un véritable processus de négociation voulu par tout le monde. 


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