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Abdallah Bouhamidi * - publié le Jeudi 29 Août à 13:41

Tentative de voyage. Le parcours du combattant d'un voyageur lambda à l'aéroport Mohamed V de Casablanca






Abdallah Bouhamidi
Abdallah Bouhamidi
Des enfants pleurent. Certains crient impressionnés par la foule qui les entoure, le bruit, les allées et venues qui leur sont étranges et qui les inquiètent. La nervosité ambiante y est pour quelque chose aussi. Ces gens qui vont et viennent, poussant des bagages, tirant ou portant des enfants, semblent désorientés et personne, absolument personne pour les aider ou les guider.

Non, nous ne sommes ni à Gaza, un jour de bombardement, ni au Mali, un jour de guerre, et encore moins à la place Tahrir du Caire. Nous sommes à l’aéroport Mohamed V de Casablanca, un jour de grande affluence. jour bien choisi pour que le système électronique tombe en rade. C’est pernicieux une installation électronique, chacun le sait bien. Ça ne tombe jamais en panne quand on n’en a pas besoin.

J’arrive au terminal 2, deux bonnes heures avant mon vol pour Madrid prévu pour 11h50. Je tente de repérer le comptoir auquel il faut que je m’adresse pour mon Check in. Un tableau électronique géant autant que central indique des vols, leurs numéros, le comptoir d’enregistrement et l’heure prévue pour le décollage. Et c’est là que quelque chose ne va pas. Le prochain vol indiqué est prévu pour … 22h 40, le suivant à 0h30 et ainsi de suite.

Une dame aussi perdue que moi et que tout le monde me demande si je pourrais lui dire où elle pourrait s’enregistrer pour Bâle. « En Suisse ? » dis-je, pour montrer ma maîtrise de la géographie. Elle confirme. Je ne lui suis d’aucune aide. Je ne sais pas moi-même où je vais. Alors… Les écrans au dessus des comptoirs n’indiquent rien d’autre qu’un message commercial autant que démenti par les faits qui se déroulent immédiatement sous son nez, pour nous dire que nous sommes très importants et que notre satisfaction est la priorité des priorités.

Je finis par lever le nez plus haut comme pour élever le débat et je tombe sur des panneaux en mélaminé blanc, accrochés assez haut pour que personne ne les voie et qui indiquent les destinations servies, écrites au feutre bleu d’une écriture nulle, par les comptoirs d’enregistrement ci-dessous.

Je finis par trouver le mien pas trop loin.
Il est 10 heures du matin. Rien n’est perdu.


D’autres candidats au voyage sont là animés par le même espoir et aussi fiers que moi d’avoir déniché le bon comptoir.. En fait, il y’en a trois un pour les Buiseness class, et deux pour la piétaille dont je fais partie. Notre impatience commence à s’animer, mon ulcère qui me fiche une paix royale depuis plusieurs mois, se réveille pour voir ce qu’il se passe quand l’un des comptoirs tombe en panne, réduisant le préposé au chômage technique et nous au retour de l’inquiétude. Bon, me dis-je pour calmer mes aigreurs d’estomac, je ne suis pas dans la même file et même parmi les premiers. Devant moi, il n’y a qu’une famille qui vient accompagner deux garçons passablement agités, des neveux certainement, pour qu’ils retournent dans leur famille en Espagne. Il faut, dans ces cas-là…. Je ne sais que très vaguement ce qu’il faut dans ces cas là, mes enfants ayant dépassé depuis des lustres, l’âge de voyager en mineurs non accompagnés.

Le problème, c’est que le préposé à l’enregistrement ne semble pas en savoir plus. Il me dira plus tard qu’il n’était là que pour « donner un coup de main » en ces temps de pointe. C’est un homme gentil, aimable et serviable, mais de manière inappropriée. Ne voilà-t-il pas qu’il se met à remplir les documents pour les gens qui me précèdent dans la file, ajoutant sa méconnaissance de la chose à la leur.

Le temps, qui n’en a rien à cirer, passe inexorablement.

Il faut, un moment pour remplir les formulaires noter l’adresse et le numéro de téléphone de la personne qui va réceptionner les enfants à l’arrivée. Pour ce qui est de l’adresse, il n’y a pas de problème, c’est celle qui figure dans les passeports des enfants. Les choses se corsent quand il s’agit du numéro de téléphone. Les enfants ne parlent qu’espagnol . La famille qui les accompagne que l’arabe, tout comme l’employé qui tente de les aider. Ils doivent dicter le numéro à ce dernier . Ce que l’ainé s’applique de faire en accompagnant chaque chiffre d’une indication avec ses doigts : Uno, sei, quatro, siete etc… Le problème c’est qu’il se trompe et que son frère n’est pas d’accord avec lui, pas plus que ses doigts avec les chiffres annoncés. Il se moque de lui ; ils se disputent… plutôt se chamaillent-ils.

Et pendant ce temps, le temps passe.

Arrivé à 10h, j’enregistre mes bagages quarante minutes plus tard. Bon, ça va, j’ai encore une demi heure avant l’embarquement et cinquante minutes avant le décollage.

Je cours acheter deux revues et une bouteille d’eau que je bois illico sachant que je ne pourrais pas lui faire passer la barrière de sécurité. Je me dirige vers l’embarquement, via les formalités de police. Il y’a foule bien avant la zone des dites formalités. Deux policiers seulement sont commis à la vérification des documents de voyage. Très rapidement, c’est le goulot d’étranglement.

On passe au compte goûte ; là aussi les enfants s’énervent et pleurent, les voyageurs s’impatientent dans toutes les langues. Le monde entier semble s’être donné rendez-vous dans cette salle. Il y’a, bien entendu des marocains qui rentrent « chez-eux », les vacances finies, des africains, et même des juifs turcs dont un rabbin qui lit sa Thora pour invoquer l’aide du créateur dans cet immense souk.

Bien entendu, je choisis la mauvaise file. Je tombe sur un flic qui fait, comme tous les autres, une grève permanente de zèle. Zèle aussi imbécile que celui auquel nous avions été confrontés quelques semaines auparavant à l’aller. Cela doit être une culture d’aéroport.

J’ai calculé, chrono en main. Le policier, celui-là en particulier a besoin de beaucoup de temps. Plus de 5 minutes par personne. Il lui est même arrivé de consacrer 7 minutes à la même personne. Je mets exactement 52 minutes pour avoir mon passeport tamponné. Après, il faut passer les formalités de sécurité, rayons pour les bagages à main et fouille au corps. 5 minutes. Il faut courir. Je courus pour arriver finalement trop tard et ce pour la première fois depuis 40 ans que je voyage en avion. On me renvoie à la compagnie qui devra me proposer un autre vol, sachant que je dois prendre une correspondance à Madrid pour aller vers ma destination finale : Vienne.

Piteusement, la rage au cœur, je rebrousse chemin. Je dois passer par la police pour faire annuler le tampon apposé quelques minutes auparavant au prix de 52 minutes d’impatience. Je songe aux personnes qui étaient derrière moi et dont l’avion était prévu de décoller vingt minutes avant le mien. De fait, je me retrouve dans une autre file d’attente de personnes partageant la même mésaventure. Je commence à fatiguer m’étant levé à 5h 30 ce matin.
Je proteste auprès d’un des policiers du zèle de ses collègues à l’origine de notre situation. Le policier me dit « Il faut dire Allah Yahssen Laawane , les gens sont là pendant des heures, sans repos, sans un moment pour se gratter la tête .»

Je commence à en avoir ma claque de tout, et par dessus tout cet art de mettre Dieu dans tout et de lui faire endosser l’inorganisation et notre culture très développée , avec zèle, de l’à peu près et de l’approximation.

Tampon. Je me dirige vers le comptoir d’Iberia dont je viens de rater le vol, à mon corps défendant. Une jeune qui s’ennuie dans sa cage en verre m’accueille avec une absence totale d’aménité. Pour elle, je suis responsable du malheur qui m’arrive et surtout du surcroit de travail que cela lui occasionne. Comme argument, elle me dit que je n’ai fait mon enregistrement qu’à 10h 40 , tard quoi. Je m’abstiens de lui raconter la recherche du comptoir, la file et le numéro de téléphone espagnol.
Elle m’explique le topo : Je dois aller récupérer ma valise au tapis n° 8 et revenir la voir pour qu’elle me trouve un autre vol, moyennant une pénalité de 885 dirhams. « Autrement ? » Ben autrement, je n’ai qu’à trouver un autre moyen pour rentrer à Vienne.

Je descends aux bagages et pour faire court, cela me demande une heure et 20 minutes. Je n’aurais pas un peu insisté auprès d’une autre jeune fille qui rigole au téléphone au lieu de s’occuper de moi, j’y serais probablement encore.

Je retourne voir la première, celle qui ne rigole pas.

Cela fait si longtemps que je suis passé devant elle qu’elle ne se souvient plus de moi ni de ce qui m’amène. Elle cherche un autre vol pour moi. Elle en trouve un à 15h55, correspondance à Madrid à 20 heures. J’aurai exactement 1h15 pour la correspondance. C’est jouable. J’accepte. Elle me dit « Vous devez payer la pénalité de 885 dirhams » Je lui réponds que je le sais. Elle me dit presque « Je veux d’abord voir votre argent » comme si je pouvais prendre le billet et refuser de payer. Je sors mon argent. Elle m’établit le billet. Je lui fais remarquer qu’un sourire et un peu d’empathie ne seraient pas de trop. Elle affiche un sourire volontairement figé, caricatural et antipathique. Je prends mon billet et je vais me faire enregistrer de nouveau, cette fois aidé par un employé d’Iberia qui me facilite les choses.

Et rebelote. Me voilà refaisant la queue devant une cage en verre où l’on a enfermé deux policiers certainement pour contenir leur haine et leur dédain des passagers. Cette fois, je me mets dans la file qui est près de celle de l’officier de tout à l’heure. Cette fois, je suis là avec 90 minutes d’avance. Avec un peu de chance, je pourrais manger quelque chose avant l’embarquement.

Devant moi, un touriste turc, s’impatiente. Son vol est dans quelques minutes et il ne voudrait pas le rater. Il exprime son inquiétude et il est aussitôt « remis à sa place » par un troisième officier ayant certainement reçu une formation sur comment contribuer à encourager les touristes à revenir chez nous. Je mets tout de même 40 minutes pour passer et 5 minutes pour repasser les formalités de sécurité.

Il ne me reste plus que 15 minutes pour l’embarquement, cette fois sur un vol de la RAM.
Je crève de faim et je passe à un restaurant où j’avale un truc, le seul que l’on servît encore à cette heure. J’embarque et prends place. L’avion finit par décoller avec beaucoup de retard qui se répercute sur l’arrivée. Je descends aussi vite que je peux et je cours pour ne pas rater ma correspondance. Les formalités de police, soit dit en passant ne prennent pas plus que quelques secondes. Ils sont fous ces espagnols.
J’arrive essoufflé à la porte d’embarquement qui n’a pas encore commencé. Victoire !!!

Quand je me présente, la dame qui me check me dit que malheureusement le vol Royal air Maroc ayant pris beaucoup de retard, ( à cause certainement du zèle dans les contrôle et de la désorganisation pathologique de l’aéroport) ma valise ne pourrait pas faire le voyage et que donc, j’étais obligé d’attendre le prochain vol pour Vienne prévu probablement pour le lendemain. Elle m’invite à me rendre au comptoir d’Iberia à quelques encablures de là. Je suis accueilli avec amabilité. Ils devraient prendre la jeune préposée de Casablanca pour quelques séances de comment sourire au voyageur en perdition.

Je dois dormir à Madrid pour prendre le vol du lendemain à 8h45. On me donne une carte d’embarquement et un ticket pour une nuit d’hôtel quatre étoile, dîner, petit déjeuner et transfert compris. Je me demande encore, tant le regard de la préposée marocaine et le sourire franchement narquois de l’officier de police étaient chargés d’accusations sur mon incompétence à voyager, ce que j’ai bien pu faire pour mériter tant d’égards. Il doit y avoir une erreur quelque part.

*Abdallah BOUHAMIDI
Retraité actif Psychologue et photographe
Wien, AUTRICHE



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