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par Sara Khan - CGNEWS - publié le Jeudi 9 Septembre à 16:24

Sortez-moi de votre boîte, pour le bien de l’humanité




Islamabad – Voyager seule, en tant que femme, pakistanaise et musulmane n’est pas chose facile dans le monde de l’après 11 septembre 2001. Etre à la fois « de religion musulmane », de nationalité « pakistanaise et de « sexe féminin », cela en devient trop suspect pour une seule et même identité.



A l’époque où je faisais mes études à l’étranger, j’ai beaucoup eu affaire avec la sécurité et la police des aéroports – notamment à l’occasion de mes voyages entre le Costa Rica, les Etats-Unis et le Pakistan. Mais j’ai aussi appris, à travers ces expériences de voyage, qu’un simple acte de gentillesse peut parfois transformer du tout au tout notre vision des « autres », nous permettant ainsi de prendre conscience de la bonté intrinsèque des êtres humains.

Dans mon esprit, tous les agents de sécurité des aéroports du monde étaient rangée dans une boîte étiquetée «agents-impitoyables–protégeant-la sécurité-de leur pays ». D’ailleurs, eux aussi m’avaient sans doute mise dans une boîte étiquetée: « Elle-doit-certainement-mijoter-quelque-chose ». Mon interaction avec la police de l’aéroport était une reproduction réduite de la relation entre les Occidentaux et les musulmane à une plus grand échelle - relation en proie aux stéréotypes et à des croyances profondément ancrées, difficilement remises en question à propos de l’autre et polarisant encore davantage l’Occident et le monde musulman.

Ma boîte me dictait mon comportement face aux agents de police des aéroports. Cela consistait à : ne pas faire de bavardages inutiles, ne donner que des réponses courtes, faire ce qu’ils me disaient de faire, et prier dans mon cœur de sortir de la session de questions et de réponses saine et sauve sans se faire arrêter et se retrouver quelque part à Guantanamo. Bien que cette fameuse boîte m’aidait à contrôler mon comportement sur le moment, au fond de moi, j’éprouvais un sentiment d’amertume, de crainte, de méfiance et d’anxiété à l’idée de mettre les pieds dans tout pays qui n’était pas le mien, et surtout un pays occidental.

Cela m’incitait aussi à juger de façon négative les agents de sécurité que je rencontrais lors de mes voyages internationaux – et de les juger en tant que « l’autre ».

Puis il y a eu cette fois particulière, où j’avais éprouvé tout d’abord ce fameux sentiment. J’attendais un vol pour le Pakistan avec un transit de dix heures dans un aéroport au Royaume-Uni. Mon bagage à main ne comportait rien d’extraordinaire à l’exception d’un parapluie original qu’une amie m’avait offert lors d’une visite du musé d’art d’Harvard dans le Massachussets. Professeure à Harvard, cette amie m’avait fait visiter le campus et m’avait acheté un parapluie avec une image d’Harvard et de la rivière Charles. Ce parapluie était le symbole de son amitié, de son affection et de sa foi en moi. A mes yeux, cet objet n’était pas un simple parapluie mais un lien avec le monde du savoir que j’admirais tant et dans lequel je voulais me plonger.

De crainte de le perdre, je l’avais gardé avec mon bagage à main. En dépit du fait qu’il avait passé toutes les inspections de sécurité aux Etats-Unis, il fut déclaré « objet à risque » au Royaume-Uni. Les agents de sécurité me demandèrent de le jeter avant de monter à bord de l’avion à destination du Pakistan.

Perplexe devant ces changements aléatoires de normes de sécurité entre aéroports, j’essayai en vain de protester. Mais je n’eus pas eu le droit d’embarquer dans l’avion avec le parapluie et finis par le jeter.

Alors que je m’en allais en séchant mes larmes, j’entendis l’agent de sécurité crier : « Excusez-moi M’dame, j’ai une solution ! »

Il avait récupéré le parapluie de la poubelle, retiré un couteau suisse de sa poche et s’était mis à en couper les baleines et la tige. Ensuite, il avait retiré méticuleusement la partie en toile, l’avait soigneusement pliée pour me le tendre avec un sourire en disant : « Maintenant vous pouvez prendre ça », avait-il dit. « S’il vous plaît, faites-le réparer quand vous rentrez chez vous. »

Je ne m’attendais certainement pas à ce genre d’action de la part d’un agent de sécurité britannique. Son acte de gentillesse ne rentrait pas dans la boîte que j’avais créee pour lui. Je l’avais classé comme « l’autre ». Mais il s’était avéré différent.

Quoi que nous fassions, le contexte d’aujourd’hui nous pousse à mettre les gens dans des boîtes, à stéréotyper, à catégoriser et à juger les individus ou les groupes qui sont différents de nous. Par les temps qui courent, avoir recours aux stéréotypes est devenu le mécanisme de réponse le plus facile lorsqu’il faut gérer des problèmes de sécurité - tant pour les musulmans que pour les Occidentaux. Un tel recours aux stéréotypes élargit le fossé qui existe entre les mondes musulman et occidental. Cela limite de part et d’autre, la capacité d’ un jugement individuel et critique lorsqu’on est confronté à des situations difficiles, qui engendrent davantage de méfiance.

Cet incident m’a permis de m’apercevoir qu’il y a des moments et des endroits où nos actions individuelles peuvent affaiblir les idées reçues que nous avons les uns par rapport aux autres. Le geste dont j’ai été le témoin a laissé une impression indélébile en moi, et m’a donné un regain de confiance dans la bonté intrinsèque des êtres humains. Les actes individuels qui vont à l’encontre des stéréotypes peuvent ne pas constituer à eux seul un remède aux problèmes qui existent entre le monde musulman et l’Occident, mais ils représentent un pas en avant vers une compréhension et une harmonie meilleures.

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* Sara Khan est directrice des médias à Search for Common Ground-Pakistan. 


Tagué : cgnews

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