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Omar Alaoui - art19.ma - publié le Vendredi 30 Novembre à 22:48

Sodome et Gomorrhe 2.0




London - C'est le 30 novembre que le dénommé Mohammed Ludovic Zahel s'apprête à inaugurer la première Mosquée pour gays et lesbiennes. Une initiative étonnante, déconcertante, qui s'inscrit au lendemain du printemps des peuples arabes et à l'aube de ce que l'on appelle déjà « l'hiver islamiste ».



Sodome et Gomorrhe 2.0
    En effet, l'arrivée au pouvoir, ou du moins « aux affaires », des forces Islamistes et conservatrices au Maghreb, remet sur la table le débat houleux sur les grandes libertés. Ce débat fait particulièrement rage au Maroc et les réseaux sociaux participent à la prolifération de déclarations et d'initiatives en faveur des droits des homosexuels.

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication accentuent et accélèrent les revendications, légitimes ou non, des « homosexuels 2.0 ». On dit que ces citoyens sont souvent des marocains du monde, qui souhaitent délocaliser et adapter, à la sauce locale, le débat qui existe déjà en Europe, et plus particulièrement en France concernant le mariage homosexuel.

Au Maroc, la polémique a déjà commencé il y a quelques mois lorsque le célèbre et jeune écrivain Abdellah Taia avait été la victime d'agressions violentes par des barbus, en marge d'un colloque universitaire à El Jadida. J'avais alors défendu l'auteur au nom de la liberté d'expression et de la création artistique.

 Jugeons les auteurs sur leurs œuvres et non sur leurs vies privées ! C'était Abdellah Taia face aux gardiens du Temple de la morale et de la vertu. Mais aujourd'hui, la démarche de Zahel est totalement différente.

Interrogation legitime sur les veritables intentions+

En clamant haut et fort, vouloir concilier l'homosexualité et la foi musulmane ; nous pouvons, légitimement, nous interroger sur les véritables intentions de ce jeune homme ? En effet, le contexte actuel dans lequel vit la société marocaine n'est pas favorable à un débat sur l'homosexualité. Cela ne pourra faire que renforcer le discours et attitudes des forces obscurantistes et ultra-conservatrices... De facto, la démarche de Zahel est irresponsable.
 
Zahel, ignore t-il par hasard, le cycle de violences dans lequel s'inscrivent les Salafistes et autres extrémistes islamistes ? A t-il seulement pris en compte le risque d'appels aux meurtres, aux lynchages des homosexuels marocains de la part de quelques « Cheikhs » illuminés, adeptes de ce genre de messages ?
 
La société marocaine, inutile de le rappeler, est conservatrice. Certes, il faut faire face aux +tabous+.et ceci, est le défi de ma génération. Mais, doit-on le rappeler qu il fallait avant tout, faire preuve de prudence, de vigilance citoyenne et adopter une démarche de sensibilisation pedagogique.

 Loin des événements chocs et autres « coups de gueule », c'est sur le terrain, et uniquement sur le terrain, que la société civile et les intellectuels marocains devront faire progresser, avancer les mentalités.

Cependant, il y a une urgence, celle d'éradiquer toutes formes de violences à l'égard des homosexuels. Nous sommes « l'exception marocaine », cette Nation qui a fait du choix démocratique une Constante, et la Démocratie sous entend le respect des minorités.

 Nous sommes une terre d'accueil.Nous sommes fiers de notre ouverture sur l'Autre, de notre diversité, de notre politique de Tolérance. Mais, nous ne pouvons nous permettre de nouveaux débordements similaires aux événements de Ksar el Kebir. Cependant, avant de prôner la reconnaissance (inimaginable et inconcevable aujourd'hui) ou la tolérance de la communauté homosexuelle, il faudra passer par la case de l'indifférence.

Mettre les points sur les ''i''

Fermer les yeux sur une pratique qui peut heurter, sans pour autant l'institutionnaliser ou la normaliser. Après tout, on ne ferme t-il pas les yeux sur la consommation (massive) d'alcool ? Sur la banalisation de la prostitution ? Pourquoi établir une ligne rouge lorsqu'il s'agit d'homosexualité ! L'homosexualité a toujours existé chez nous comme ailleurs... Il faut sensibiliser sur le droit à la différence sans pour autant "défendre" l'homosexualité.

 Afin de mettre les points sur les i, si un débat prenait forme sur ce sujet +tabou+ : je me tiendrai au côté de ceux qui s'opposeraient à la reconnaissance de leurs droits cependant je défendrai, au nom des principes humanistes qui m'habitent, leurs droits à l'intégrité physique et morale et lutterai contre toutes formes d'exclusion...

 La création de cette Mosquée pour gays et lesbiennes est une provocation, comme l'a été l'association Kif-kif, bien que l'initiative de Zahel a le mérite de lancer un pavé dans la marre. Ces « coups de pubs » vont à l'encontre du combat des militantes et des militants des droits humains. Il y a, à mon sens, une hiérarchie dans les libertés individuelles.

 Pour reprendre les interrogations d'Ahmed Ghayet, un militant associatif chevronné: « Serons nous capables de débattre de ce sujet « sensible » sans nous étriper, sans nous invectiver, sans sombrer dans l'homophobie, sans heurter les sensibilités des uns et des autres et sans nous soupçonner mutuellement d'être des « débauchés » ?

 Cette question a cependant le mérite de promouvoir le débat contradictoire et, c'est bien connu, on construit dans l'opposition d'idées.pourvu qu'elles soient constructives !

* Acteur associatif et politique


Tagué : Omar Alaoui

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