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Michael Felsen - publié le Samedi 19 Octobre à 13:19

Se servir du contexte pour comprendre le discours iranien sur l'Holocauste






Se servir du contexte pour comprendre le discours iranien sur l'Holocauste
Boston, Massachusetts – Des changements majeurs se profilent entre l'Iran et la communauté juive. Tout a commencé la veille du Nouvel An Roch Hachana, lorsque M. Hassan Rouhani, le président iranien nouvellement élu, a publié sur Tweeter : « Alors que le soleil se couche sur Téhéran, je souhaite à toute la communauté juive, et plus particulièrement aux juifs d'Iran, une heureuse fête de Roch Hachana. »

Peu de temps après, le ministre des affaires étrangères M. Javad Zarif a fait part de vœux similaires, auxquels Christine Pelosi, fille de Nancy Pelosi – la chef de file du parti démocrate américain – a répondu : « le Nouvel An serait encore plus doux si l'Iran cessait de nier l'Holocauste. » À ces propos, M. Zarif a réagi en soutenant : « l'Iran ne l'a jamais nié. L'homme qui était responsable de ce déni n'est plus présent aujourd'hui. » Dans les semaines qui ont suivi ces publications, M. Rouhani a également reconnu l'Holocauste, bien que de manière nuancée, dans le cadre d'entretiens sur la chaîne CNN.

Après huit années d'hostilité sans répit de la part de l'ancien président iranien, ces paroles augurent un changement de cap bienvenu.

La campagne présidentielle de M. Rouhani promettait aux Iraniens une relation nouvelle et plus productive avec l'Occident. Avides d'une réforme à grande échelle, fatigués de l'isolation sur la scène internationale et des sanctions d'exaction, les Iraniens ont élu leur nouveau président avec enthousiasme.

Il ne fait aucun doute que M. Rouhani cherche à créer un lien avec l'Occident – et particulièrement avec la communauté juive – avec des méthodes jusqu'ici jamais vues. Pourtant, bien qu’assisté par M. Zarif, il opère dans une réalité politique qui comporte le l’Ayatollah Khamenei, guide suprême de la révolution islamique, le corps des Gardiens de la révolution islamique, et un groupe de partisans de la tendance dure. C’est pourquoi, en explorant de nouveaux moyens de communication, le président iranien et son gouvernement naviguent avec précaution.

Lors d’un entretien pour CNN avec Christiane Amanpour, M. Rouhani a décrit l'Holocauste comme « un crime que les nazis ont commis contre les juifs » qui est « répréhensible et condamnable ». Mais il a également affirmé qu’il revenait aux historiens d'en juger « l’amplitude ». Alors que cette affirmation peut sembler neutre, pour certains observateurs indignés, elle suggère que l'horreur de l'Holocauste aurait été exagérée.

Quelques jours plus tard, sur l'émission « This Week » de la chaine ABC, M. Zarif a affirmé que l'Holocauste n'était pas un mythe et que le texte sur le site web de l’Ayatollah Khamenei indiquant le contraire n’était autre qu’une une erreur de traduction. Il a poursuivit « Nous condamnons le meurtre de personnes innocentes, que ce soit dans l'Allemagne nazi... ou en Palestine. » Le ministre des affaires étrangères a reconnu le génocide des juifs européens par les nazis, mais il a aussi fait allusion à la critique de l'Iran selon laquelle Israël s'est servi de son Histoire pour minimiser le traitement infligé aux Palestiniens. Son discours, comme celui de M. Rouhani, a été perçu par certains comme une dégradation de l'immensité de l'Holocauste.

Il importe de garder à l’esprit la toile de fond domestique sur laquelle ont lieu ces deux annonces, à savoir la présence du Guide suprême et des Gardiens révolutionnaires, qui ne sont ni l'un ni l'autre enclins à la reconnaissance de l'Holocauste.

Remettre en question l'énormité de l'Holocauste est offensif pour beaucoup de personnes, et cela continuera d'entraver les efforts de normalisation avec l'Occident. Mais l'invocation de l'Holocauste par certains dirigeants israéliens pour justifier l'occupation continuelle de la Cisjordanie – y compris, par exemple, la référence aux lignes d'avant 1967 comme étant les frontières d'Auschwitz – est tout au mieux inutile. Jusqu'à présent, en ce qui concerne la situation critique de la Palestine et la réparation des relations avec la Cisjordanie, les dirigeants iraniens ne peuvent pas mieux faire que d'accepter les efforts de l'administration du président Obama visant un accord global, qui aboutirait à deux Etats souverains, un Etat d'Israël sûr et une Palestine viable, vivant côte à côte et en paix.

Avec leurs messages pour l'Occident, M. Rouhani et M. Zarif s'engagent sur des chemins inconnus, et avec précaution. Cela se comprend car ils s'adressent à des publics multiples, chacun avec leurs intérêts propres. Alors qu'ils doivent faire face à ces pressions, nous, nous devons chercher à entendre des mots conciliants et, ce qui est plus important, à voir des actions concrètes qui les soutiennent.

Mais il ne s'agit pas d'actions à sens unique.

Il revient également aux Etats-Unis, à Israël et à la communauté internationale de parler et d'agir de manière à aider le gouvernement iranien et son peuple à s'approcher de la réconciliation avec son voisin, et avec le reste du monde. Alors que les discussions sur le programme nucléaire iranien débutent cette semaine, le moment ne pouvait être mieux choisi.

En tant que juif américain, je remercie M. Rouhani et M. Zafir de leurs voeux de Roch Hachana sur Tweeter. Et, avec l'espoir de la réconciliation et de la paix, à l'occasion de la fête d’Aïd al-Adha, je leur dit, à eux ainsi qu'au peuple iranien, Aïd Mubarak (joyeuse fête).

* Michael Felsen est juriste et président du Workmen's Circle de Boston, une organisation communale existant depuis plus de 110 années, consacrée à l'éducation juive laïque, à la culture et à la justice sociale. Article écrit pour (CGNews).


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